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vendredi 26 septembre 2014

Les bonheurs de Sophie

Sophie Guiraudon aime le travail bien fait: les caves en ordre, les vignes bien menées et le raisin à juste maturité. 0enologue de formation, ce petit bout de femme mène seule son petit domaine de Corbières. Et elle le mène au doigt et à l'oeil: Attentif, l'oeil... mais aussi sûr que la main est ferme. Il faut la voir, ce matin-là, rappeler à l'ordre ses vendangeurs
parce que le casse-dalle s'éternise.
"Allez, on y va! On y retourne... Allez!" 
La troupe se remet aussitôt en marche, sans broncher.

C'est que, cachée derrière de sages lunettes, Sophie sait ce qu'elle veut: rompre avec la tradition des raisins trop mûrs et la mode des vendanges trop précoces. Choisir ses cuvées, aussi. Comme elle l'entend. Elle fait ainsi fait le grand écart entre son vin de copains ( le souple et léger "Lolo de l'Anelh") et des cuvées plus profondes, comme "Les Dimanches". Comme elle choisit ses vins, elle choisit ses cépages: selon son inspiration. Sans se soucier du regard des autres.
"J'ai des Carignans, des Grenaches, des Syrahs et des Mourvèdres, que j'ai replantés, explique-t-elle un jour à un voisin venu lui rendre visite.   
- "Tu as replanté des mourvèdres?" insiste l'autre. 
- J'avais envie de replanter des Mourvèdres, réplique-t-elle.
- Tu es sûre?", martèle le collègue: "C'est un cépage délicat, très difficile..."
La réponse tombe de la même voix paisible mais définitive:
"J'avais envie".
Voilà. Douce mais déterminée, c'est sans doute sa première qualité. Peu encline  à se laisser impressionner, elle qui s'affiche avec défi "vigneronne depuis ZERO génération" sur la page de garde de son site internet. Et tant pis si les dents grincent... Sophie ne déviera pas. Elle poursuit son rêve:
"Pouvoir dire à mon fils qu'il peut manger tous les raisins qu'il veut... Mais aussi les mûres, les guignes, les poireaux sauvages qui auront retrouvé droit de cité tout autour de mes vignes, parce que mon éco-système l'aura emporté". 
En quatorze années de boulot acharné dans les Corbières, elle a ainsi planté près de deux-cent arbres et installé un peu partout autour de ses vignes des nichoirs à mésange (et à chauve-souris!). Elle a aussi vu, à sa grande satisfaction, ses idées gagner du terrain et des ceps "bons pour l'arrachage" retrouver une seconde vie. Le plus bel exemple, c'est ce Carignan centenaire qu'elle s'apprête à vendanger et qui, sans elle, aurait sans doute disparu depuis belle lurette:
"130 ans, tu te rends compte... Et tout ces raisins que me fait cette vigne... Formidable! On a été gâtés, c'est vraiment une belle année!" 
Les petits bonheurs de Sophie font vraiment plaisir à voir.

lundi 22 septembre 2014

Quand l'Homme répond à l'Orage...

Pour la première fois depuis de longues semaines, il y a un sourire dans la voix de Frédéric. Comme si le plaisir était revenu. Et l'espoir aussi:
Un pied d'alicante centenaire (Saint Chinian)
"Je rentre de vendanger les Carignans de Quarante. Ils sont magnifiques! Presque une tonne de raisin, beaux comme tout... C'est formidable!", se réjouit le vigneron. 
Onze longues semaines ont passé depuis le maudit orage de grêle qui a ravagé les vignes du Mas de mon Père à Arzens. Cette année, ces Carignans centenaires, parsemés d'Alicante (photo à gauche), seront donc ses seuls raisins "à lui", comme il dit avec un pincement au coeur. Sur cette toute petite parcelle de Saint Chinian, d'ailleurs, c'est comme si la vigne avait mis les bouchées doubles pour sauver le Patron: rarement les ceps centenaires auront été aussi prolifiques.

Et puis il y a la Solidarité. Cette générosité tombée du Ciel après la tornade et qui participe largement à le mettre de belle humeur. La plupart des raisins qui entreront dans ses cuves cette année seront les fruits de l'amitié. Les copains de Changez l'Aude en Vin n'ont pas fait les choses à moitié. Ils se sont tous mobilisés pour sauver le Mas de mon Père.

Frédéric avec Karine&Nicolas Gaignan au "Loup Blanc" (Minervois)
"Ce qui est beau, raconte encore Frédéric, ce sont ces collègues qui te donne du raisin, déjà! Pour te sauver. Mais le plus incroyable, c'est que j'en ai vu me donner des raisins parmi les plus beaux de leur Domaine. Prends, Karine et Nicolas du "Loup Blanc" (photo de droite): ils m'ont offert des Carignans issus de pieds sublimes, ceux de leur cuvée "mère grand"... Des vignes de 60 ans d'âge!". 
Elle va être belle, à ce rythme, la "Part de l'Orage", cette fameuse cuvée de Solidarité imaginée mi-juillet au milieu des vignes saccagées du Pépou.

Frédéric avec copains du Domaine Mamaruta (La Clape)
Songez seulement à tous les terroirs et à tous les talents qu'on y retrouvera: Des Corbières au Minervois et du Cabardés à Fitou et à la Clape (à gauche avec les copains de Mamaruta). Coté cépages: Des Syrahs, des Merlots, des Grenaches, des Carignans, mais aussi des Mourvèdres. Sans compter la patte des vignerons les plus talentueux du département.

"Le vin c'est la part que l'orage laisse à l'homme", dit Grégory Nicolas dans son livre. Avec cette cuvée, l'Amitié répond à l'Orage. Et c'est réconfortant.




mercredi 27 août 2014

Les croqueurs de baie


Avant les vendanges, il y a les préliminaires. Ces heures passées à sillonner les vignes, l'oeil sur les grappes, piquant un grain ici ou là pour le mettre à la bouche ou l'écraser entre le pouce et l'index. C'est le temps des "croqueurs de baie", comme disent joliment les frères Alary du coté de Cairanne.

Ce matin, les doigts poisseux de suc et la bouche tapissée de pulpe et de peau, c'était l'inspection générale pour Xavier Ledogar à Ferrals-des-Corbières. Un travail de dentelière sur dix-neuf hectares de carignan, de grenache, de mourvèdre ou de Maccabeu (photo). C'est qu'il s'agit de ne pas rater le "bon" moment. Celui où l'on donnera le signal du départ à ses brigades de vendangeurs: la juste maturité des fruits, le bon taux de sucre, du fruit, mais assez d'acidité encore pour garder au vin cette fraîcheur qui fait la différence.

Pour Xavier: les vendanges commenceront la semaine prochaine pour les blancs... Et puis elles s'étaleront, d'une vigne à l'autre, parfois d'un rang à l'autre jusqu'au 25 septembre. Si la pluie... Si le soleil... Si tout va bien.

mardi 31 juillet 2012

Le Barbier de ses vignes


Le spectacle parait anachronique. L'outil lui-même semble hors d'âge. Sa dernière sortie date sans doute des années 50-60, lorsqu'on désherbait encore à la force du poignet et des bras.



Longtemps, on a attelé cette "décavailloneuse" au cheval, si habile à se glisser entre les rangs serrés. Puis le tracteur a pris la relève. Puis plus rien. Ou plutôt si: la chimie. A tour de bras et sur ordonnance... Et puis, on en est revenu.Cette image singulière prise début juillet sur les coteaux de la Malepère, c'est donc celle d'un retour aux sources. Mais un retour prudent. Parce que la lame, quoique rouillée, est tranchante comme un coupe-chou et qu'en fait de retourner la terre pour étouffer l'herbe, on a vite fait de trancher une racine ou d'entailler un cep.
Il faut donc laisser le métal s'enfoncer avec délectation dans le petit bourrelet de terre qui couvre les ceps - le fameux "cavaillon" - mais en prenant soin d'éviter de blesser le client.

Et c'est ainsi, ce matin là, qu'après nombre de ses confrères adeptes du bio, Frédéric Palacios s'est fait barbier, le barbier de ses vignes... Tanguant dans les rangées, en une danse insolite qui ferait sans doute sourire les anciens. Mais tant pis pour les moqueurs et tant mieux pour ces grenaches quarantenaires: En Malepère, Figaro est de retour.


A propos de cavaillon (ou caoucel en langue d'oc), on pourra lire aussi une "une maille à l'endroit..." chez les Ledogar et l'explication technique de Jean-Baptiste Senat.

samedi 28 avril 2012

Sorbée on Ice


A première vue, on croirait un lac gelé...


Et puis, l'étonnement passé, on reconnaît les piquets de vignes. On distingue les stalactites qui courent sur les fils et recouvrent les ceps d'une gangue de glace. C'est qu'il a fait jusqu'à moins 10 degrés, certaines nuits de la semaine, sur les coteaux de Biaune et de Sorbée.
"On a réussi à protéger... Un peu...", lâche Hélène Gautherot. 
Mieux que ça, en fait. Car Bertrand, cette fois, avait prévu son affaire pour protéger ses Chardonnays et ses Pinots noirs. Refroidi par la tuile de 2004 et les pertes de 2011, le champenois a mobilisé ses troupes pour éviter le pire. Chaque fois que le gel menaçait, il à mis le réveil à minuit et scruté le thermomètre à s'en faire mal aux yeux.
"Le soir tu regardes la température et tu imagines la suite. Alors tu te lèves, t'enfiles ta parka parce que ça pique dehors... Et tu passe la nuit dans la camionnette à deux ou trois. Tu scrutes. Tu joues avec la lune blanche, qui rafraîchit l'ambiance et le nuage qui viendra la réchauffer de quelques degrés. Et quand il faut... C'est parti! On arrose!".
Le secret est là: pulvériser sur les vignes de l'eau à 4 degrés, en jet continu, pour empêcher les bourgeons et les premières feuilles d'être saisies, de griller sur le sarment. Le paradoxe veut que le glaçon qui se forme, parce qu'il reste humide, protège la plante du gel. Protection naturelle garantie, bien mieux que la chaufferette au fioul qui a longtemps obscurcie de son nuage noir les nuits champenoises.



Et voilà pourquoi, en se promenant entre les stalactites de Sorbée ce matin, les Gautherot ont le sourire. "Regardes, c'est tout beau. C'est magnifique", murmure Bertrand. Avec fierté. Et de jolies cernes sous les yeux.


A propos des Gautherot, on peut aussi lire (entre autres) : "Dans les bras de Sorbée"

mardi 25 octobre 2011

Le grand retour des "oubliés"


J'ai dans la cave un magnum que m'a glissé un beau jour l'ami Marcel. Je me souviens que c'était au cul du camion, un de ces jours de livraison où le temps presse, en plein coeur de Paris.
"Tiens, m'a-t-il dit entre deux caisses de Cairanne dûment estampillées. Tu goûteras ça! J'y tiens... C'est trop petit pour en faire une vraie cuvée, mais c'est drôlement chouette, tu verras!"
Depuis, la bouteille est restée là, anonyme ou presque, à se couvrir de poussière au fond d'un râtelier. Pas d'étiquette, pas de cire, juste quelques mots tracés à la va-vite au feutre blanc: "Counoise de chez M.Richaud, 2009".
"C'est un des petits cépages du coin, comme le Terret Noir ou le Piquepoul, explique Marcel Richaud. Un cépage qu'on a volontairement oublié au profit des grands, comme le Grenache ou la Syrah. Trop anecdotique pour tirer son épingle du jeu des Appellations. Trop rare pour peser face à la grosse cavalerie de l'AOC... Alors il disparaît, petit à petit... Mais c'est un tort! Parce que c'est un cépage qui donne de tous petits degrés d'alcool - ce qui nous arrange bien en ce moment - et un coté poivre blanc qui se marie merveilleusement avec le grenache. C'est de la complexité..."
Et il ajoute, mystérieux, qu'"il parait", qu'Henry Bonneau, l'iconoclaste alchimiste de Chateauneuf, ne manque jamais d'en "glisser une pincée dans tous ses vins". Et peut-être un brin de Muscardin ou un soupçon de Camarèse que les anciens connaissaient sur le bout des doigt et qu'il fait bon redécouvrir.

Car comme il y a les "légumes oubliés" en cuisine, il y a désormais coté vin les "cépages oubliés" ou plutôt les "Cépages modestes" comme le disent joliment les organisateurs des premières Rencontres du genre, le week-end prochain en Aveyron. Bien sûr Marcel Richaud y est annoncé. On y croisera les Plageoles venus de Gaillac plaider la cause du Mauzac et autres Verdanol (à gauche Robert, le patriarche). Mais on y parlera aussi Poulsard, Chazan, Oeillade, Persan, Fer Servadou ou encore Chouchillon. On pourrait y ajouter le Colombard cher à Dominique Andiran... La Negrette que Thierry Michon caresse avec ferveur et que le Frontonnais réapprend à travailler... La liste est longue et c'est heureux. Elle prouve qu'à coté des grosses cylindrées et des autoroutes de la viticulture de masse, il existe encore de petits paradis à redécouvrir.


Les premières Rencontres des Cépages Modestes sont organisées le samedi 29 et le dimanche 30 octobre - à Saint-Côme-d'Olt (près d'Espalion, Aveyron), Couvent de Malet. détails des conférences et dégustations sur le site. Prix d’entrée : 20 €

samedi 10 septembre 2011

Noces blanches


Jean-Baptiste s'était pourtant juré de ne pas y toucher. "Le blanc, ce n'est pas mon truc", disait-il alors d'un ton définitif. Avant d'ajouter:
"Je fais les vins que j'aime boire. Et j'avoue que je ne saurais pas faire le blanc qui me plaît. A la fois nature et précis. Je ne m'en sens pas capable."
Quatre ans après, Changement de cap. C'est l'un des paradoxes du bonhomme: il assène, mais n'hésite pas à changer d'avis. Fin août, il a donc fait de la place dans sa cave et installé cinq barriques de jus clair entre les fûts de Carignan et de Grenache qui ont fait la réputation réputation de ses rouges gourmands.
"J'avais envie d'explorer de nouveaux territoires, confie-t-il. J'en ai besoin pour avancer. Me remettre en cause, affronter de nouvelles bagarres... Ça m'excite! Mais je voulais des cépages sudistes, autochtones... Et ça, ça a été difficile parce qu'ici la plupart des vignes blanches sont en Sauvignon, en Chardonnay ou en Viognier. Moi, je voulais du grenache gris parce qu'il apporte de la matière, de la couleur... Et parce qu'il sait être moins brûlant en bouche que certains autres blancs du Sud."
Sur la pointe des pieds, il y a une semaine, grâce à des raisins bio achetés à un voisin du Minervois, il réalise donc ses premières presses blanches. Premiers pas et premier stress: le jus à peine recueilli, voilà que la foudre tombe sur Trausse... Et sur le compteur électrique de la cave! Jean-Baptiste, qui avait prévu de débourber à froid, sans sulfites, à dû opérer à température ambiante. Au risque de voir la fermentation commencer trop tôt...
"On a croisé les doigts, raconte-t-il. Mais c'est passé... Le blanc a été sage, il nous a attendu. Maintenant, c'est parti, le jus fermente lentement. La suite, on verra bien..."
Au mieux, pour ce premier millésime, les Senat sortiront 1500 bouteilles de blanc. "Rien du tout", promet Jean-Baptiste, si le vin ne lui plaît pas. En attendant de planter et d'élever lui-même les grenaches gris et les clairettes dont il rêve désormais à haute voix. Avec la fougue du converti.

lundi 29 août 2011

Clic, clic...


C'est (re)parti. Avec quelques semaines d'avance, la plupart des Amis ont retroussé les manches et sonné le rappel des arpettes pour s'atteler à la nouvelle vendange. En avance, comme chacun le sait. Mais toujours avec l'angoisse au ventre. En Malepère, en ramassant ses premiers raisins, samedi, Frédéric Palacios est ainsi tombé sur quelques "barbus", des baies attaquées par un champignon filandreux qui donne l'impression, comme son nom l'indique, que la grappe a "de la barbe". Il n'en fallait pas plus pour chatouiller les nerfs.
"On joue sur le fil, concéde-t-il... C'est parfois juste, ce ne sera pas forcément facile cette année, contrairement à ce que tout le monde veut faire croire. Alors, on croise les doigts... Mais ça y est, j'ai lancé ma première presse de blanc! 13° sur la baie, c'est beau. On croise les doigts pour qu'il ne tombe pas d'eau dans la semaine, parce qu'on va sans doute tout enchaîner. Mais ça devrait le faire..."
Il est heureux parce que deux de ses vendangeurs de l'année oeuvraient déjà pour son grand père, le bien nommé Père Bouteille, cafetier et vigneron à Arzens. "C'est un signe", veut-il croire: quand vient la vendange le vigneron devient superstitieux. Ainsi, à l'autre bout de la France, au coeur de l'Aube champenoise, Bertrand Gautherot (à gauche) se soigne-t-il à coup de facéties et de dictons:
"Ici on dit: "année en 1, année de rien", rigole-t-il pour conjurer le sort. "On a touché de gros raisins, gorgés d'eau avec des peaux fines et fragiles. Les doigts collent, le jus coule... T'as compris que je n'étais pas content de ma vendange. J'ai voulu commencer jeudi dernier, j'aurai dû attendre. Mais le temps, les menaces de pluie, m'ont forcé la main. Difficile décidément, de jongler entre la météo, les prévisions des "pros", la disponibilité des vendangeurs... Et l'impatience d'Hélène!"
Hélène, son épouse, elle, assure l'intendance. En cuisine, le moral des troupes remonte vite. D'autant que les menus des repas de vendanges sont soignés: langue de boeuf, coq au champagne, mousse au chocolat, le tout arrosé de Fidèle et ponctué de parties de Tarot endiablées, qui ne disent pas l'avenir... Mais permettent au moins de tromper l'anxiété.
"Tu sais ce qu'on dit, ajoute Bertrand, malicieux: "le vigneron se plaint au moins trois fois l'an: une fois du gel au printemps, puis de la grêle en été et enfin lorsque les vendanges sont rentrées... Il s'aperçoit qu'il n'a pas acheté assez de barriques pour tout stocker!". Bref, jamais content! Le pire c'est, qu'en plus, on n'est pas à l'abri d'une bonne surprise!".
Lucide, à défaut d'être franchement optimiste... La joie sera pour plus tard, après de longs mois de veille devant les cuves et les barriques. Car du Nord au Sud, de l'Alsace au Languedoc et de la Loire au Jura, tous ont la même boule au ventre. Et on dira après ça que le vin se fait tout seul...

lundi 3 mai 2010

Les risques du métier (2)


Au Sud comme au Nord, on fait parfois de drôles de découvertes en labourant ses vignes. A Cairanne, il n'est pas rare de tomber sur d'énormes coquilles d'huître, vestiges des temps où la mer chatouillait les pentes de Montmirail. A Chablis, le mois dernier, la pêche a été autrement plus dangereuse pour l'ami Thomas Pico:
"Regardes donc ce que j'ai trouvé après le passage de la charrue, alors que je taillais mes jeunes plants", rigole le vigneron en montrant dans sa main... Un obus de mortier. "Belle pièce, pas vrai? Elle fait la taille de mon sécateur... Au moins 18 centimètres!"
C'est qu'avant d'être classé en Chablis Premier Cru, la Côte des Beauregards faisait office de champs de tir pour l'armée américaine. On n'y a planté la vigne que plus tard. Et puis on a oublié une histoire... Qui se rappelle régulièrement au souvenir des vignerons.
"Ca fait toujours bizarre, concède Thomas. Sur le coup ça fait même un peu froid dans le dos. Mais on commence à être habitué. Il y a trois ans j'en ai déjà trouvé un. Et mon voisin de parcelle en remonte régulièrement".
Pas impressionné, donc, le jeune patron du Domaine Pattes Loup s'est contenté de déposer l'obus à coté du piquet de tête. Puis il a terminé, paisiblement, la taille de ses jeunes pousses. Et voilà comment, à Chablis, on fait du vin en slalomant entre les munitions de la dernière guerre... Qui a dit que vigneron était un métier tranquille?

On peut aussi relire la version 2008 des "risques du métier".

lundi 12 avril 2010

"Té rélachés pas, pitchot!"


Et c'est reparti pour un tour... Là-haut sur les Ebrescades, c'est l'heure des premiers labours. Le printemps est déjà bien arrosé. La "verte" pousse drue. Sur les banquettes de Cairanne, si on la laisse faire, l'herbe aura tôt fait de tutoyer les ceps.
"On retourne la terre pour étouffer l'herbe naissante, raconte Marcel Richaud. C'est notre façon à nous de "désherber". Mais ça prend du temps et des hommes. Et puis tout se bouscule en ce moment..."
A peine le temps d'admirer la vue de rêve, à l'Est sur le Ventoux, qu'il faut redescendre et rejoindre l'équipe qui s'affaire de l'autre coté du village. Au croisement de la Poste, Marcel est apostrophé par les anciens, qui le regardent passer l'air goguenard:
"Té rélachés pas, pitchot!"
Pas de risque. Le soleil est déjà haut. Et la journée du "pitchot" est loin, très loin, d'être terminée.

jeudi 21 janvier 2010

Une si jolie petite vigne...


C'est un coteau de Grenache et de Cinsault, adossé aux derniers contreforts des Pyrénées. Plantés en 69, ces ceps vénérables ont survécu à la folie "bordelaise" qui a saisi la Malepère il y a vingt ans. Et à la crise qui pousse chaque année des dizaines de vignerons à l'arrachage... Mais il s'en est fallu de peu au printemps dernier. Cette fois, ils n'ont dû leur salut qu'à la détermination de l'inévitable Palacios.
"Ça me fait plaisir que ce soit toi!", a dit l'ancien propriétaire à Frédéric, en topant-là. "En fait, je t'attendais. De toute façon, c'était ça où la vendre à un voisin qui voulait en faire une piste de moto-cross pour son fiston... Alors..."
Alors, il a vendu... Pour le prix de la terre et celui de la prime d'arrachage. Quelques milliers d'euros avec en bonus de vieux figuiers-fleur, une poignée de cerisiers, quelques chênes verts et un bout de talus enlacé de ronces.

Oui, c'est une jolie petite vigne... Et le fait qu'elle soit exposée au Nord ne gâche rien à l'affaire. Ici, lorsqu'il neige, le sol reste blanc un peu plus longtemps que chez le voisin. Et l'été, la terre est fraîche - parait-il - plus souvent qu'à son tour. Mais elle a du mal à tenir, cette terre, érodée par quatre décennies de désherbage chimique. Le sol a glissé. Les ravines se sont creusées. Ici ou là les ceps branlent. Ils ne tiennent plus qu'à un fil. Ténu. Un vrai casse-tête.
"Il faudrait ramener de la terre, grimace Frédéric en se grattant le crâne. Mais c'est un travail de titan. Il faudra ramener de l'herbe. Ramener de la vie en fait... C'est ça! On va la laisser vivre un peu... Laisser le sol retrouver des forces. Ne pas stresser la bête. Tant pis si la prochaine vendange est maigre. Elle a besoin de respirer un peu cette vigne. Il ne faut pas la stresser...".
Sitôt signé, Frédéric a donc été remplir les papiers de la conversion en bio. Et puis il s'est mis à l'oeuvre. Tout doucement. Mi-janvier, le vigneron d'Arzens a taillé ses vieux ceps. En gobelet, comme il se doit. Et après? "on verra", comme il dit... A chaque mois suffit sa peine. Une vigne ne renaît pas en un jour.

On peut aussi lire "l'incontournable de la Malepère" et se souvenir d'un petit quizz où vous aviez déjà entrevu cette fameuse vigne...

PS : Frédéric cherche un nom pour sa future cuvée Grenache/Cinsault... A votre bon coeur, m'sieurs-dames!

lundi 2 novembre 2009

Du Zen dans l'Art de la Chaussette


Aujourd'hui, Gilles Azam est coincé à la cave. Là-haut, au dessus de Limoux, il s'est mis en tête de refaire de l'"Ancestrale à l'ancienne", comme il dit drôlement. Voilà pourquoi sous ses précieuses barriques de Chenin, de Mauzac et de Chardonnay, il a garé un beau matin de novembre ce curieux attelage de cônes inversés. Des chaussettes géantes... Des "manches", corrige-t-il avec son bel accent de la Haute Vallée.

C'est dans ces grands cônes de tissu que les vieux arrêtaient la fermentation de leur future blanquette. Goutte-à-goutte.
"J'ai une barrique longue à passer, soupire le vigneron de Roquetaillade, son éternel sourire au lèvres. 300 litres, à peu près... Résultat: j'y suis depuis 7 heures ce matin. Et j'en suis quitte pour quatre jours (et nuit) de filtration... Si tout va bien! Mais je n'avais vraiment pas envie de refaire de l'Ancestrale comme on la fait aujourd'hui: avec filtration industrielle, pasteurisation et levures exogènes. Je voulais la jouer tradition. Sans mentir."
Tradition oblige, le jus qui s'écoule c'est du Mauzac pur. Un jus épais et sucré qui marque la "manche" de son empreinte. Ici, pour une fois, pas d'assemblage. C'est le principe de base, héritier du temps où ce vieux cépage régnait en maître à Limoux. Pas de vieillissement sur lies, au contraire du crémant. Peu d'alcool: une "ancestrale" vous emmène coté dessert sur 7 degrés maxi.

Mais attention, avant de vous agiter les papilles: la partie n'est jamais gagnée avant la mise. Théoriquement à la vieille lune de mars.
"Ça c'est le plus rude, le plus incertain, rigole Gilles Azam... Comme on ne chaptalise pas, les bouteilles font avec leur sucre. Avec celui du raisin. Il y a celles qui ne repartent pas (en fermentation, ndla) et donc ne font pas de bulles. Et puis il y a celles qui repartent tellement fort qu'elle explosent et tapissent la cave!"
C'est pour maîtriser la mise en bouteille et réduire la casse que les Ancestrales "modernes" recourent aux raccourcis de l'oenologie. Et c'est par amour de l'Art que Gilles prend le chemin inverse... A ses risques et périls. Verdict au printemps.


On peut aussi retrouver le "Sieur" Azam sur le site du Domaine des Hautes Terres.

samedi 26 septembre 2009

Vendanges sucrées


Le cliquetis des sécateurs. Les doigts qui collent sur le raisin. Le sourire gourmand des amis. Le soulagement, aussi: en bio, rien n'est jamais gagné... Mais cette fois encore, Thomas Pico et ses copains vendangeurs peuvent avoir la "banane". En Bourgogne, les Chardonnays ont rarement été aussi fruités:
"A Chablis, on a eu un beau printemps et surtout un été très chaud et très sec, raconte le jeune vigneron. Le résultat est là: quand on les écrase dans la main, les baies sont poisseuses. On a de beaux raisins très sains. Très sucrés. Avec une acidité inférieure à celle 2008. C 'est une belle récompense..."
Déjà, les peaux éclatent au pressoir. Premiers jus. Les cuves attendent les "Villages", les Premiers crus, eux, iront s'arrondir une quinzaine de mois dans de vieilles barriques. Thomas a les yeux qui brillent: après trois années de conversion, 2009 sera son premier millésime certifié "bio". Un millésime prometteur, à marquer d'une pierre blanche.

mardi 25 août 2009

Senat, la relève?


Une nouvelle frimousse cet été à l'embouteillage des Arbalètes 2008: celle de Balthazar, le premier fils de Charlotte et Jean-Baptiste Senat. Très concentré autour de cette jolie cuvée à dominante Carignan, le gamin de neuf ans aligne les bouteilles avec efficacité, sous le regard attendri de son père.

La relève? Pas si sûr. Chez les Senat, c'est bien connu, on suit rarement le chemin tracé... Après avoir tâté du rugby, le cadet des jumeaux fait maintenant merveille sur les parquets de danse classique et espère se frayer un chemin jusqu'à l'Opéra de Paris.

En attendant, ce sont les vignes du Minervois qui font son bonheur...

(Crédit photo: L.Carpentier)

lundi 22 juin 2009

Vaillant champenois


Après les épaules, les cuisses! En descente, ça tire un peu, bien sûr. Mais pour la bonne cause... On l'aura deviné: pas question ici de body-building, mais bien de bricolage viticole. Dans ses vignes du Fonnet, ce jour-là, Bertrand Gautherot teste sa dernière invention : le "sulky des cimes". Le prototype du premier "écimeur" certifié bio. Idéal pour raboter la liane indocile de quelques centimètres, au dessus du dernier fil de fer.
"Avant, on faisait ça à la cisaille à main, raconte Bertrand. Aujourd'hui, dans 99% des cas, on passe la machine et le tracteur. Résultat on tasse les sols, on fait un bruit d'enfer et on stresse une plante qui n'a pas besoin de ça... Là, rien de tout ça: un petit moteur de 200 watts, une scie lente, de la récup, quelques soudures et c'est le bonheur!".
Avant d'y attacher le cheval attitré de Vouette-et-Sorbée, encore fallait-il essayer l'engin. Et voilà comment s'explique la fameuse séance de musculation de la semaine dernière. Depuis, tout est rentré dans l'ordre: l'écimeur a eu droit à un coup de peinture et c'est le puissant Pégase qui a pris la relève...
"Il était temps, ajoute le vigneron. En cette saison, la liane prend facilement dix centimètres en 24 heures! On a beau la palisser, l'attacher et la re-attacher, elle a vite fait de dépasser le dernier fil... Au premier coup de vent, à la moindre pluie, c'est la dégringolade... l'enchevêtrement inextricable... Bref, la jungle!"
A peine Pégase a-t-il fini dans les vignes de Biaune (les parcelles de Chardonnay qui donneront son "Blanc d'Argile"), que déjà le champenois est passé à l'oeuvre suivante: la greffe de 35 ares supplémentaires. Puis il se précipite à la cave où les fameuses "malos" viennent de démarrer.

Déjà, il faut songer à préparer les première mises en bouteilles, prévue pour la fin du mois. Sportif, décidément...

Episode précédent : "Mystère en Sorbée".
On peut lire aussi "Pégase aux vignes" et "Bertrand dans les bras de Sorbée", entre autres...

vendredi 19 juin 2009

Mystère en Sorbée


Mais à quoi donc joue Bertrand Gautherot à pied dans ses vignes avec ce drôle d'harnachement?


Le Mac Gyver champenois (il avait déjà créé le pulvérisateur à base de cannes à pêche) teste-t-il là sa dernière invention? Se prend-t-il pour son cheval préféré? Ou a-t-il inventé un moyen révolutionnaire pour se refaire les abdos avant l'été?
"Mystère", dit-il dans son petit message.
Et la suite au prochain numéro.
 

lundi 15 juin 2009

Une maille à l'endroit...


Une maille à l'envers, une autre à l'endroit... Le labour chez les Ledogar, c'est comme un bon tricot. Acte 1: on "décavaillonne" en famille. Au pied des ceps, le sol aride des Corbières est basculé cul-par-dessus-tête. L'herbe se retrouve racines en l'air. Elle s'étouffe naturellement. Adieu le désherbant... Et bonjour les tisanes en tout genre, de la prèle à l'ortie, pour fortifier la vigne. Sans oublier l'argile et le soufre contre le mildiou et l'oïdium.

Un mois passe et c'est l'acte 2 (photo ci-dessus et dessous à gauche): toujours derrière le cheval, le seul capable de passer entre les pieds noueux, Xavier vient "buter" le sol sous le regard des derniers coquelicots. Autrement dit: il reconstitue le fameux cavaillon qui borde la rangée de vignes. La terre, parfaitement aérée désormais, va laisser filer l'eau rare jusqu'au sous-sol. L'argile rouge de Ferrals-les-Corbières, jouera l'éponge et fera le reste. 

Dans quelques mois, juste après les vendanges, le fruit de ces vignes et de ces soins "natures" viendra rejoindre ceux de vénérables grenache gris et de Maccabeu dans les fût de fermentation du Grand Lauze. A elles trois, les parcelles afficheront une moyenne d'âge de 70 ans. Et le jus, dans un an, 14° beaux degrés. Un Carignan de Corbières, on ne l'attend pas à moins...

On peut lire aussi: "Une affaire de famille" et retrouver d'autres histoires de chevaux dans: "Pégase aux vignes" ou "Douloureuse et tête de pioche"...

vendredi 15 mai 2009

Une affaire de famille


La vigne, chez les Ledogar, c'est une histoire de famille. Ce jour-là, à Ferral-les-Corbières, trois générations sont donc rassemblées pour l'événement: le retour du cheval au milieu des Carignans blancs. Sous les amandiers en fleurs, les frangins Xavier et Matthieu débarrassent les souches mortes. Tandis que leur père André et Pierre, le grand-père, assistent au spectacle. 
"Mon grand-père est incroyable, s'émerveille Xavier. Il ne résiste jamais à l'envie de nous aider. A 94 ans, il faut le voir tourner autour des ceps. La souche, c'est son obsession. Il aime la former, la tailler. Encore aujourd'hui, il a l'oeil juste et le geste sûr. C'est lui qui m'a transmis le respect de la plante et l'amour de la nature".
A l'époque de ce vétéran de Boutenac, pratiquement chaque vigneron avait son cheval. On imagine mal - et il n'en dira rien... - l'émotion qui a saisi le vieil homme lorsque l'attelage est revenu pour la première fois dans ces vignes. Au milieu de ces vénérables carignans qui sont les seigneurs du Grand Lauze... Même si travail est réalisé par un laboureur du Minervois, Pierre a de la fierté à voir les petits-fils retrouver ces chemins délaissés.
"On a labouré en mars, explique Xavier. Maintenant on "décavaillonne" (on retourne la terre sur le rang, entre les ceps, pour désherber "naturellement", ndla). Ces carignans méritent bien ça. D'autant qu'on leur demande beaucoup. Ici, le climat est méditerranéen. Sec. Assez rude. Le sol est peu fertile. Ça favorise l'expression du cépage, bien sûr. Mais à condition de laisser la terre respirer."
Le père Ledogar, lui mesure le chemin parcouru depuis qu'il a laissé les rênes à ses fils, il y a dix ans. Et se souvient sans doute de ses réticences à voir les deux "jeunes" entrer dans les vignes avec leurs "drôles d'idées".
"C'était pas une sinécure, rigole le vigneron en adressant un regard au paternel. Mon père faisait du raisin, pas du vin. Il ne comprenait pas pourquoi on réduisait autant les rendements. 15, 30 et même 40 hecto-hectares sur des carignans, ça lui semblait ridicule. Forcément... Lui vendait des raisins au kilo. Le résultat final, la qualité du vin, c'était pas son soucis. Ca, il a fallu l'imposer, on peut le dire..."
Depuis les trois générations besognent main dans la main. Et le résultat est là. Des vins expressifs, charnus, généreux... Mais exigeants. Ainsi, une fois l'oeuvre du cheval accomplie, il faut attendre que la Tramontane vienne sécher le sol et les ceps. D'ici là, les Ledogar s'interdiront de venir "buter" (refermer la terre sur le rang) les jours humides ou en matinée. Ils risqueraient de favoriser la dispersion du mildiou ou d'un oïdium de plus en plus féroce. Au Grand Lauze, pas question de transiger sur les principes. Ce qui, on l'a compris, n'est pas pour déplaire au grand-père.

On peut retrouver la "saga" des Ledogar sur leur site: Domaine du Grand Lauzes.

lundi 11 mai 2009

Coup de "foudres" à Cairanne


Le chai des Richaud est paisible. Le rideau est tiré. L'endroit désert. Curieusement silencieux après l'agitation de l'automne. En ce début mai, Marcel passe la plupart de son temps à la vigne. C'est l'heure des derniers traitements de "bouse de corne" (fortifiant) et des premières pulvérisations de soufre (protection contre les maladies).
Dans la semi-obscurité du chai, les futures Terres d'Aygues prennent leurs aises. Les cuves, remplies à ras-bord laissent déborder un filet d'un rouge grenache. La trace claque sur le ciment gris. 
"Ici, je stocke le vin que j'embouteillerai d'ici un mois ou deux, explique Marcel en soulevant le couvercle bordeaux. Les terres limoneuses qui bordent la rivière ont plutôt bien donné cette année. 2008, tu sais, c'est une année légère. On a eu beaucoup d'eau. Et ça rend plutôt pas mal"
Et il joint le geste à la parole en plongeant deux petites bouteilles au coeur de la cuve. Pas écrasée de soleil, c'est sûr, ces Terres d'Aygues. Sans lourdeur et joliment parfumées dans le verre. De ces notes de fruits rouges qui sont la signature des vins de Marcel.
"C'est pas immense, mais c'est joli", commente le vigneron, heureux du résultat.
Déjà nous voilà dans l'escalier de bois qui descend vers l'immense cave, creusée par le vigneron et son père dans la  terre de Cairanne. C'est que l'artiste tient à montrer ses dernières merveilles, ses "bijoux", comme il dit : deux énormes foudres dédiés à la patine des Ebrescades. Le jus prélevé est complexe, déjà, mais à peine marqué par le bois.
"C'est ce qui est formidable avec ces foudres, commente Richaud, des étoiles dans les yeux. Ils sont fabriqués avec un chêne merveilleux, d'un très beau grain. Pour moi qui ai commencé à vinifier dans des vieux foudres à bière, presque des passoires, c'est un luxe formidable. Le vin respire. Il s'oxygène doucement, sans manipulation, sans brutalité. En fait, le foudre fonctionne comme un poumon. Tu vois, on dit souvent que le bois "masque", "brutalise"... Mais quand on n'en abuse pas, c'est aussi un révélateur d'excellence!".
Démonstration quelques mètres plus loin, autour d'un demi-muids rempli de Cairanne 2007. Alors que ses petites soeurs sont déjà en bouteille (le 2007 est en vente depuis quelques mois), ce jus-là s'est vu offrir une rallonge. La matière y a gagné en souplesse. La bouche en fruit. Sur cette cuvée à 15 degrés, le bois joue les modérateurs.
"Cette barrique là fera exclusivement des magnums, confie Marcel. C'est une belle manière de continuer à offrir de l'espace au vin. Pour lui permettre de s'accomplir."  
A la surface, Marco s'agite. L'incontournable bras droit de Marcel a hâte de repartir. Le vigneron opine. Il faut terminer les derniers traitements de "corne" avant la pluie. En bio, la vigne n'attend pas. 

vendredi 10 avril 2009

Premier bourgeon


C'est le premier bourgeon de l'année, saisi au vol par l'ami Marcel du coté de Cairanne. Oui, cette petite chose minuscule qui pointe le bout du nez au creux du cep... C'est le premier cadeau du printemps aux vignerons.

Départ de sarment, promesse de fleur? Les deux.

Les plus perspicaces auront peut-être reconnu le Bourboulenc, ce cépage fameux du coté de Chateauneuf que l'on appelle aussi "Malvoisie" ou "grosse Clairette" en Languedoc. De cette vigne ancienne, le vigneron fait un Côte-du-Rhone blanc aux étonnantes odeurs de garrigue.

La vendange est tardive mais la fleur précoce. Voilà pourquoi, dans quelques semaines , Marcel, heureux homme, aura la chance de travailler entouré de minuscules boutons blancs et de feuilles vert tendre.

Les autres pour la plupart devront attendre fin mai.   


On peut lire aussi "fleur de vigne", version 2008.