vendredi 26 septembre 2014

Les bonheurs de Sophie

Sophie Guiraudon aime le travail bien fait: les caves en ordre, les vignes bien menées et le raisin à juste maturité. 0enologue de formation, ce petit bout de femme mène seule son petit domaine de Corbières. Et elle le mène au doigt et à l'oeil: Attentif, l'oeil... mais aussi sûr que la main est ferme. Il faut la voir, ce matin-là, rappeler à l'ordre ses vendangeurs
parce que le casse-dalle s'éternise.
"Allez, on y va! On y retourne... Allez!" 
La troupe se remet aussitôt en marche, sans broncher.

C'est que, cachée derrière de sages lunettes, Sophie sait ce qu'elle veut: rompre avec la tradition des raisins trop mûrs et la mode des vendanges trop précoces. Choisir ses cuvées, aussi. Comme elle l'entend. Elle fait ainsi fait le grand écart entre son vin de copains ( le souple et léger "Lolo de l'Anelh") et des cuvées plus profondes, comme "Les Dimanches". Comme elle choisit ses vins, elle choisit ses cépages: selon son inspiration. Sans se soucier du regard des autres.
"J'ai des Carignans, des Grenaches, des Syrahs et des Mourvèdres, que j'ai replantés, explique-t-elle un jour à un voisin venu lui rendre visite.   
- "Tu as replanté des mourvèdres?" insiste l'autre. 
- J'avais envie de replanter des Mourvèdres, réplique-t-elle.
- Tu es sûre?", martèle le collègue: "C'est un cépage délicat, très difficile..."
La réponse tombe de la même voix paisible mais définitive:
"J'avais envie".
Voilà. Douce mais déterminée, c'est sans doute sa première qualité. Peu encline  à se laisser impressionner, elle qui s'affiche avec défi "vigneronne depuis ZERO génération" sur la page de garde de son site internet. Et tant pis si les dents grincent... Sophie ne déviera pas. Elle poursuit son rêve:
"Pouvoir dire à mon fils qu'il peut manger tous les raisins qu'il veut... Mais aussi les mûres, les guignes, les poireaux sauvages qui auront retrouvé droit de cité tout autour de mes vignes, parce que mon éco-système l'aura emporté". 
En quatorze années de boulot acharné dans les Corbières, elle a ainsi planté près de deux-cent arbres et installé un peu partout autour de ses vignes des nichoirs à mésange (et à chauve-souris!). Elle a aussi vu, à sa grande satisfaction, ses idées gagner du terrain et des ceps "bons pour l'arrachage" retrouver une seconde vie. Le plus bel exemple, c'est ce Carignan centenaire qu'elle s'apprête à vendanger et qui, sans elle, aurait sans doute disparu depuis belle lurette:
"130 ans, tu te rends compte... Et tout ces raisins que me fait cette vigne... Formidable! On a été gâtés, c'est vraiment une belle année!" 
Les petits bonheurs de Sophie font vraiment plaisir à voir.

1 commentaire:

blog vin a dit…

Bravo pour cet implication et grande diversiter.Un gros travail de tout les jours mis qui se révéle très glorifiant.