samedi 16 janvier 2010

Un "bon vin", c'est combien?


Au moment où les amis sont tiraillés entre la taille et les salons et où la Crise aiguise la tentation de faire valser les étiquettes, il n'est pas inutile de revenir sur les résultats du petit sondage qui a accompagné ce blog depuis deux ans:
"Quel est le prix d'un bon vin?"
Intitulé vicieux, s'il en est, dans un monde où se confondent volontiers le goût et le prix, la valeur et l'étiquette. C'était une question piège. Ca n'empêche pas la réponse d'être éclairante...

Résultat sans appel: un "bon vin", pour 77% des visiteurs du blog, ça vaut moins de 15 euros... Pas radins, cependant, 67% des 700 votants estiment qu'il faut savoir ouvrir sa bourse (payer plus de 10 euros). Mais à peine 19% pensent qu'il n'y a point de salut en dessous de 15 euros (moins de 3% en dessous de 30 euros). En fait la majorité (48%) se retrouve dans ce triangle des Bermudes commercial qu'on appellera désormais le "dix-quinze".

Remarque 1 (pour les amis qui grimacent devant leur ordinateur...) : 15 euros, c'est pas mince. C'est le prix du Château "vieilli en fût de chêne" qu'on met sur la table une fois par an lors des repas de fêtes (et qui généralement n'a goût à rien). C'est 4 à 5 fois le prix moyen d'une bouteille achetée en supermarché.

Remarque 2 : ce score sans appel contredit radicalement le principe (avancé par une étude américaine) du "plus c'est cher plus c'est bon". Et ça, c'est de votre faute à vous, Auteurs de vins... C'est vous qui nous avez fait découvrir que l'argent ne fait pas forcément le bonheur des papilles. Qu'au coté des autoroutes vinicoles, il existe des chemins de traverse, des maquis odorants où la main de l'homme est redevenue maitresse du Vin. Vous nous avez éduqué. Nous y avons pris goût.

Alors de grâce, ne regardez pas de travers les petits nouveaux qui trouvent vos "vins un peu chers, non?". Racontez plutôt votre histoire. Expliquez le temps passé sous le cagnard, l'incertitude, le risque, l'aventure... La volonté de retrouver le terroir, les petites mains qui ont remplacé les machines et la chimie pour produire mieux, plus fin, plus juste. Faites de la pédagogie. Encore et encore. Parce que votre vin c'est vous, votre amour de la terre et des raisins. Et que ça n'a pas de prix.

On peut lire aussi les épisodes précédents : "Osons parler d'argent", Douloureuse et tête de pioche et "Le juste Prix". Ainsi que la fameuse étude américaine mentionnée plus haut: "comment le marketing joue sur la perception du plaisir" (en Vo, sorry).

3 commentaires:

levindevantsoi a dit…

Bonjour et bravo pour votre blog.
Je suis caviste à Avignon et c'est vrai que la guerre des prix sur le vin bat son plein. Il y a les supermarchés, ouverts au tout venant, aux circuits parallèles (j'ai trouvé à côté de chez moi du Trevallon, du Ott, voire du Château Simone) et les autres, cavistes comme nous, qui tentent de vivre correctement en appliquant une marge décente sur des vins choisis et sélectionnés avec soin (c'est du moins la définition d'un caviste rigoureux qui respecte ses clients en ne les prenant pas pour des vaches à lait(vin).
Quel est le prix d'un bon vin ? Cette question engendre un faux débat et c'est ce que nous disons à nos clients. D'abord, comme tous les goûts sont dans la nature, celui-ci se régalera avec un Côte Rôtie à 35 € tandis que celui-là, peu sensible aux charmes de la Syrah, trouvera son bonheur dans un Séguret à 10,30 € aux grenaches charnus et puissants, voire "issus de l'agriculture biologique".
Souvent, un client au porte-monnaie peu garni, stoppe devant une bouteille à l'élégante étiquette, affichant un attirant 5,95 € sur son col et nous demande avec une moue pleine de méfiance : - "C'est bon, ça ?"
- "Oui, monsieur, ne vous fiez pas au prix. Si cette bouteille est ici, c'est parce que nous l'avons dégustée et aimée. C'est parce que le vigneron travaille bien et qu'il a su nous faire partager son savoir-faire et ses convictions. Alors, allez-y les yeux fermés, ce vin saura vous contenter."
On peut donc bien se souhaiter du plaisir avec un Château des Tours à 8 € comme avec la cuvée Hommage de Beaucastel à ... Reste à choisir son vin en fonction du moment, des convives, du repas, bref, de ses envies et de ses moyens, bien sûr.
Bonnes dégustations et meilleurs vœux.

ROGERIO REBOUÇAS a dit…

Félicitations pour votre Blog. Je suis correspondent en France pour le « Jornal do Brasil on line » - Conexão Francesa (Conexion Française). Au Brésil la même question du prix du vin se pose toujours. Les vins sont très taxé et les vins du Chili et Argentine payent moins d’impôt. Mais j’ai décidé de poser les mêmes questions de prix sur mon blog aujourd’hui, parce que Bordeaux est aussi une référence de qualité. Je vous tiendrai au courant des résultats.

vinomelody a dit…

bonjour,
c'est par un des "amis' que je visite votre blog, me ralliant aux précédents commentaires, bravo pour cet espace d'échange. Bien oui le sujet est houleux, polémique, passionnant. Considérant que dans toute relation, chaque protagoniste a sa part de responsabilité (passive ou active), le sujet chahute aussi bien le consommateur, le caviste et le vigneron. Ma passion pour le vin n'a d'égal que celle d'entretenir des relations humaines enrichissantes, je veux vendre du vin a un spectre d'individus très large et non pas seulement à un ilot restreint d'amateurs. Une victoire pour moi apparait lorsque je convainc un "buveur d'étiquette", un "consommateur massif" qui n'analyse pas ses dépenses dans une globalité, un mode de vie, non pas une personne qui s'encanaille a acquérir un "vin de soif" ou "de copain" à 15,00 euro... Que je n'aurai pas d'ailleurs dans mes sélections. Un des "amis" un jour m'a tout de même sorti "ce qui est bon est cher" !
J'ai fait un bon, lui retournant aussi sec mon désaccord le plus complet avec de tels propos, qu'il était cynique de se représenter dans le rôle du vigneron ultime détenteur des secrets de la terre et enfant sauvage puis s'en aller diffuser la fougueuse vérité du vin nature de Hong Kong à New York en compagnie de ses importateurs. Bonjour le bilan carbone de ses rebelles sous les feux de la rampe ! Oui le travail de vigneron est très difficile, surtout lorsque la voie choisie est celle de ne pas tendre la main aux chimères agro-industrielles. La cohérence de la démarche doit justement interdir de se prendre pour des stars du show bizz. C'est bien parce que je ne travaille qu'avec des vignerons orientés sur des démarches respectueuses de l'environnement (social et écologique) que je suis à vif sur le sujet, d'autant que convaincre un individu lambda n'est jamais chose aisée. Mais réussir à lui faire entendre qu'il s'agit aussi d'une question de priorité, (entre un écran plasma et bien manger-bien boire à la maison c'est tout vu !). Le gros de mes ventes se situe entre 7 et 10 euro la bouteille. Mes clients (la plupart bascule en relations amicales) apprécient ma démarche et ont tous intégré que je n'étais pas là pour les enfler mais bel et bien pour leur proposer du plaisir en bouteille. Conscient que sous 5 euro, il y a soucis sur la crédibilité de la démarche. Mais au-dessus de 15,00 euro j'engage une attention plus sévère sur le rapport prix/plaisir. Payer le statut social ou la frime, il en est hors de question. Je ne vends pas de crus du Bordelais, je laisse "l'enfumade à bagouzes" à la GD, ni la petite Sibérie d'ailleurs. Certains cavistes ont évidemment une responsabilité sur le prix du flacon, j'ai vu des écarts significatifs sur des boutiques installées dans les quartiers aisées et/ou touristiques. A leurs décharges les frais d'établissement et le transport mais bien des cas sont discutables.
Enfin, j'apprécie les vignerons qui jouent le jeu du partenariat avec le caviste, afin que le tarif final soit similaire ou juste supérieur au prix domaine. Le geste est plus fréquent en Languedoc et en Roussillon que sur la vallée du Rhône par exemple. Voilou, je stoppe mon commentaire et vous salue.
Philippe Rodriguez.