vendredi 12 septembre 2014

#AprèslEffort 10: à moi, Don Papa!



Rhum Don Papa.





Je ne suis pas un amateur de boissons fortes. J'ai toujours préféré un verre de grenache gris ou de savagnin à un gin-tonic ou un rhum-coca. N'y voyez pas une preuve de faiblesse, mais plutôt le souvenir des méchants maux de crâne de ma fin d'adolescence. Avec le vin - le bon, au moins -, on peut se souvenir de l'ivresse. Avec l'alcool pur, rien n'est moins sûr.
Et pourtant, j'ai cédé... C'était en fin de repas le week-end dernier. Il flottait dans l'air carcassonnais un parfum d'été indien. La pluma* de cochon noir n'y avait pas survécu, le risotto d'asperges non plus. Dans mon assiette un baba, éventré, n'en finissait pas de mourir. Et voilà que Romain, le patron de Côté ferme, décide de porter l'estocade. Une bouteille ambrée et ventrue à la main, il annonce fièrement la couleur : "Messieurs, cadeau de la maison ! Don Papa, un rhum philippin de derrière les fagots, une merveille..." Le coup du digestif. Imparable.
Alors, j'ai fermé les yeux et j'ai porté le verre au nez. Inouï, c'est le mot. Boire ce sept ans d'âge, c'était comme croquer une poignée de fruits exotiques. D'abord, c'est la vanille qui vous monte aux papilles, douce et sucrée. Puis voilà en farandole le miel, le cédrat confit, la marmelade d'orange... Une explosion de saveurs d'une légèreté à faire se damner un saint. Une caresse à 40 degrés. 
À ce rhum, il ne manque même pas l'histoire : celle de Don Papa, l'un des pères de la révolution philippine. Don Papa était un type étrange, contremaître dans les plantations qui donne le sucre le plus doux de l'archipel, sur l'île volcanique de Negros. Mi-shaman, mi-rebelle, il chassa les Espagnols, puis retomba dans l'oubli. La bouteille précise que "Papa" s'appelait en fait Dionisio Magbuelas. Dionisio, le dieu du vin... On en apprend des choses au fond d'un verre ! Et après, on dira que boire rend idiot. 

* Pluma : petite pièce de porc en forme de plume ou de silex, particulièrement tendre et située près du filet mignon. 
Rhum Don Papa
36 euros la bouteille de 75 cl, chez les bons cavistes.
Bistrot "Côté ferme "
26 rue Chartan
11 000 Carcassonne
Tél. : 04 68 46 25 51

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vendredi 5 septembre 2014

#AprèslEffort 9: A table, les arpettes*!



Puisqu’en politique, les déclarations d’amour sont d’actualité, je vous le dis tout net : j’aime les repas de vendanges. C’est joyeux et bruyant comme une troisième mi-temps. Ça part dans tous les sens, ça blague à tout va. On s’en donne à cœur joie et pas que du gracieux. C’est un moment de relâchement après une longue journée passée à séparer le bon grain de l’ivraie. Un moment de partage aussi. Celui où l’on soigne les muscles endoloris et les esprits inquiets à grand renfort de plat roboratif et de vins de copain.

A Cairanne, comme chaque année, Marcel Richaud va dresser de longues tables sur ses éternels tréteaux branlants. Une nappe en papier au mètre, de vieux verres, des assiettes dépareillées et tout le monde se serrera là, patron et arpettes, salariés et saisonniers, rameutés par les odeurs de daube provençale. Sur la table, la gouleyante Terre d’Aigles et l’épicée Terre de Galets couleront à flotVins de circonstance. On n’est pas là pour déguster de vieux millésimes avec des airs inspirés mais pour croquer du fruit. Et du fruit, y en a: du beau, du mûr, comme les raisins qu’on vient de passer la journée à couper, porter, trier et dont le jus coule encore dans les presses.

De l’alcool, aussi direz-vous ! Pas tant que ça, en fait… 13,5° sur ces 2013. La pluie y est pour quelque chose, mais aussi le renfort des cinsaults au milieu des grenaches et du Carignan. Résultat: des arôme de cerise et d’olive noire, mais aussi une belle souplesse. C’est du gourmand. Du croquant. Et du frais. la daube en sait quelque chose, elle a eu droit à une rasade. Mais ceux qui veulent cantonner ces jus de soleil au fond de sauce, font une erreur monumentale. Qu’on se le dise : chez Richaud, tout se boit, même les petites cuvées. C’est à ça qu’on reconnaît les Grands Vignerons.

*Arpettes : les apprentis, littéralement « les petites mains ».


Domaine Richaud – Route de Rasteau, 84290 Cairanne. Tél. : 04 90 30 85 25. 10. – Terre d’Aigle, 8 euros et Terre de Galet 9,50 euros à la cave.

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vendredi 29 août 2014

AprèslEffort 8: Premier de cordée














En rentrant d'une belle virée dans le Languedoc, j'ai retrouvé hier dans ma cave une bouteille de Gilles Berlioz. La quille de chignin-bergeron m'attendait, couchée, paisible, entre deux côtes-du-rhône tonitruants. C'est pourtant elle que j'ai choisie pour fêter la rentrée : elle et son vin blond comme les blés. Je ne courrais pas grand risque : "Les Filles" 2011, c'est une des valeurs sûres du petit domaine savoyard. 
Déboucher une bouteille de Berlioz, c'est comme entamer une balade en Montagne : on se sent tout de suite mieux, régénéré, on respire... L'air des sommets sans doute. C'est vif, c'est frais et c'est précis. Dans cette gourmandise 100 % roussanne rien ne manque : ni les fameuses fleurs blanches qui font se damner les spécialistes ni la légère pointe de vanille qui signale à l'amateur un passage en barrique. C'est rond, c'est bon. Beau comme un lever de soleil sur le mont Blanc. 
Le savoyard est un virtuose, c'est aussi un courageux et ça ne gâche rien. Parce qu'il en faut des bras pour aller travailler ces quatre hectares de Chignin à la main, au bas des combes, sur des pentes parfois spectaculaires. Parce qu'il lui en a fallu pour faire d'un paysagiste (son métier d'avant), un vigneron au cordeau. Pour prendre le risque de passer, seul, en biodynamie. Et parce qu'il en fallait, des tripes, pour décider un beau jour de cultiver moins de vignes, faire moins de bouteilles et encore meilleures au risque de dévisser. 
Oui, ce Berlioz-là, c'est vraiment un premier de cordée. 

Christine et Gilles BERLIOZ
Le Viviers
73800 CHIGNIN
Tél. : 04 27 10 83 73
Cuvée "Les Filles" (75cl), à partir de 20 euros chez les bons cavistes. 

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mercredi 27 août 2014

Les croqueurs de baie


Avant les vendanges, il y a les préliminaires. Ces heures passées à sillonner les vignes, l'oeil sur les grappes, piquant un grain ici ou là pour le mettre à la bouche ou l'écraser entre le pouce et l'index. C'est le temps des "croqueurs de baie", comme disent joliment les frères Alary du coté de Cairanne.

Ce matin, les doigts poisseux de suc et la bouche tapissée de pulpe et de peau, c'était l'inspection générale pour Xavier Ledogar à Ferrals-des-Corbières. Un travail de dentelière sur dix-neuf hectares de carignan, de grenache, de mourvèdre ou de Maccabeu (photo). C'est qu'il s'agit de ne pas rater le "bon" moment. Celui où l'on donnera le signal du départ à ses brigades de vendangeurs: la juste maturité des fruits, le bon taux de sucre, du fruit, mais assez d'acidité encore pour garder au vin cette fraîcheur qui fait la différence.

Pour Xavier: les vendanges commenceront la semaine prochaine pour les blancs... Et puis elles s'étaleront, d'une vigne à l'autre, parfois d'un rang à l'autre jusqu'au 25 septembre. Si la pluie... Si le soleil... Si tout va bien.

vendredi 22 août 2014

#AprèslEffort 7: Rococo et vieil Grenache



Domaine de la Rectorie, Collioure, cuvée "Coté Mer" 2013.
Fin août, les vacances tirent à leur fin. La voiture sent encore le sable et la vigne. À Toulouse, la place du Capitole, elle, exhale ses odeurs de bitume et de pierres chaudes. Les terrasses s'allongent, les verres tintent. Avant de tourner la page de l'été, c'est l'heure de sacrifier aux classiques : direction Le Bibent, la brasserie fin XIXe de l'ami Christian Constant. Bibent, "bien boire", c'est assez indiqué, non ?
À l'intérieur, c'est baroque en diable. Rococo tendance Napoléon III. Parisien, sans l'arrogance. Les serveurs glissent avec un sourire gourmand leurs conseils du jour et, du côté des vins, on fait vite son bonheur d'une Rectorie rouge "côté mer" 2013 en se disant que ses fruits noirs feront merveille sur l'agneau de lait qu'on a repéré à la carte. La Rectorie, c'est le monument de l'appellation Collioure, une "vieille dame " de Banyuls relancée dans les années 1980 par les frères Parcé. Un rien bourgeoise, mais ça colle à l'ambiance. Du classique, on vous dit ! Et puis c'est une façon de retrouver la ville sans quitter la côte... 
À l'arrivée, l'épaule d'agneau confite dans ses petits légumes est sublime et le vin rouge, sombre, élégant, tout en grenaches avec une pointe de syrah et de carignan. De l'élevage en foudre (1), il ne reste que la bonne éducation. On ne mange pas du bois, on boit du fruit. Nuance. D'ici, on imagine les vignes sur la montagne qui descend vers la Méditerranée depuis Banyuls. En bas, Collioure étend son petit port et ses rochers. Au-dessus des Pyrénées, des nuages sombres se sont accumulés, comme souvent, pour assister au spectacle : les vendanges ne vont pas tarder à commencer. Ce sont traditionnellement les premières de France
Par chance, il reste quelques gouttes de grenache quand arrive la mousse au chocolat "façon Roselyne", un incontournable de la maison. Grenache et chocolat, c'est un mariage de rêve. Un pur régal. De quoi affronter la rentrée avec sérénité.
(1) Foudres : immenses tonneaux de bois pouvant accueillir le contenu de plusieurs barriques.
Rectorie rouge 2013 "Côté Mer"
Domaine de la Rectorie
65 avenue du Puig-del-Mas
66 650 Banyuls-sur-Mer
Tél. : 04 68 88 13 45
La bouteille, 14 euros sur place.
Café Bibent
5 place du Capitole
31 000 Toulouse
Tél. : 05 34 30 18 37
Copyright @apresleffort et leVindemesAmis, avec Le Point.fr

vendredi 15 août 2014

#AprèslEffort 6: du zen dans l'art de la bulle



Verre de Cerdon.
Il a fait chaud. Trop chaud. Dans mon Aude d'adoption, c'est jour de "marin", ce bougre de vent d'est qui apporte de la Méditerranée son humidité poisseuse. Ça agace, ça pègue, il paraît même que ça peut rendre fou. Les jours de marin, on roumègue* plus que d'ordinaire et on s'empoigne pour un rien. Pour faire retomber la pression, il faut donc jouer subtilement : allonger la sieste, raccourcir les repas et, côté verre, éviter à tout prix la surchauffe. Surtout pas de provocation. 

"C'est jour de grenadine", comme dit l'ami Pinuche, le taulier du Baratin, lorsqu'il reçoit sa cargaison de vin d'Arbois. En fait de Grenadine, après une après-midi étouffante, c'est un Cerdon de Bugey, qui s'est chargé de réconcilier tout le monde. Il me restait en cave deux exilées, des rescapées d'une cargaison made in Bottex... C'est peu dire qu'elles sont bien tombées. 

D'abord, parce que le Cerdon, c'est léger et qu'on en avait besoin ! Mais surtout parce que c'est gracieux: sa bulle fine et sucrée, ses arômes de fruits rouges, ses reflets rosés, ont apaisé les esprits. Ceux qui pensaient pouvoir dénigrer un mousseux sans finesse en ont été pour leurs frais. C'est qu'à la Cueille, chez les Bottex, comme chez l'indispensable Raphaël Bartucci, le surdoué du cru, on fait dans la dentelle. Et à toute petite échelle : six hectares pour le premier, à peine deux pour le second. Pas de grosse production. Pas de prétention. Pas d'excès. Rien que du travail (beaucoup de travail) et les fruits savoureux du Gamay et du Poulsard. 

Last but not least : ce pétillant très sage ne dépasse pas les 8 degrés. Léger et frais comme une brise d'été à l'ombre sucrée d'un figuier. De quoi vous remettre tout le monde d'aplomb. 


*Roumeguer en occitan : râler, rouspéter 
Raphaël Bartucci
Chemin du Paradis
01450 Mérignat
Tél. : 04 74 39 95 94.
À partir de 12 euros la bouteille. 
Patrick Bottex
La cueille
01450 Poncin
Tél. : 04 74 37 24 55
6,60 euros la bouteille au Domaine. 
Restaurant Le Baratin
3, rue Jouye-Rouve
75020 Paris
Tél. : 01.43.49.39.70.
Copyright @apresleffort pour @lepoint et leVindemesAmis

vendredi 8 août 2014

#AprèslEffort 5: Juste Ciel!


L’été, le soleil (quand ça veut bien!)... La plage… Le vin de plage... Encore un casse-tête!

Précision d’abord: le "vin de plage", ça n’a rien à voir avec le "vin de piscine". Le vin de piscine, c’est un rosé plein de glaçons, tant de glace d’ailleurs qu’on en perd le goût du vin pour retrouver celle de l’eau douce… D’où son nom: vin de piscine. La seule chose qu’on vous épargne c’est le chlore. 

Le vin de plage est plus exigeant: il demande d’abord un restaurant de plage, avec ses calamars à la plancha, son pêcheur qui livre directement au patron le contenu de ses filets au matin, une belle étendue de sable pas surpeuplée, le tout avec des tarifs qui ne donnent pas mal à la tête. Quand vous aurez trouvé tout ça - pour moi ça se jouera au «Zaza Club», à Torreilles, en Roussillon... -, alors vous pourrez passer à l’action et écumer la carte des vins, pleine de sable et de sel. D’où: vin de plage...

Et là, sur les supions doucement revenus et les couteaux avec juste ce qu’il faut d’ail, le bonheur du jour c’est la « Petite Baigneuse ». Cette fille du Roussillon a été dorlotée à 350 mètres au dessus du niveau de la méditerranée, sur les collines de Maury, par un vigneron-marin nommé Philippe Wies. Alsacien d'origine, amoureux du Grand large comme de ses hectares de grenache, ce type là a tout compris. Sa baigneuse est du genre à vous faire tourner la tête, sans vous laisser de maux de crâne. Rien que de bons souvenirs. Une bénédiction. 

« Juste Ciel », c’est le nom de cette jolie cuvée de grenache gris (marié exceptionnellement au maccabeu en 2013): c’est gourmand, c’est frais, un brin de citron confit sur la fin. C’est pas du brutal, même si on sent qu’elle a de la personnalité: sans doute les schistes sur lesquels elle a grandit, la garrigue qui l’entoure... Bref: cette baigneuse accompagne un déjeuner de plage avec une grâce merveilleuse. Idéale, avant de retourner à l’eau ou de s’offrir une douce sieste, à l’ombre des canisses. 


« Juste Ciel! » 2013, Domaine de la Petite Baigneuse - Philippe Wies, 4 route de l’Esquerde, 66460 Maury. Tél.: 04 68 73 83 25. 14 euros à la cave. 

« Zaza Club »Village des Sables - 66440 Torreilles - Tél.: 04 68 59 21 45


Tous les vendredis, retrouvez @apresleffort dans @lepoint