dimanche 20 janvier 2013

A la Vôtre!


Il y a des noms qui vous feront venir sans barguiner, on le sait. Des noms qui tintent à l'oreille des amateurs comme des pros. Ceux qu'on ne présente plus, les pionniers, les ouvreurs, les animateurs du club des vignerons sincères.
Oui, soyez tranquilles, cette année encore "Ils" seront à Verchant pour la Dégust en Sud du Vin demesAmis. Oui, du Bois des Merveilles, du Bianco Gentile, de l'Ebrescade, de la Côte du Py, il y aura!

Mais pour une fois, tiens, venez pour les autres!

Venez goûter ceux qui nous ont rejoint: la negrette vendéenne de Thierry Michon, la belle simplicité des Cabardés d'Edouard Fortin, les Larzac souples du Pas de l'Escalette, les Saint Romain de Sarnain et Berrux, sans oublier le retour en force du Sud-Ouest, Gascogne et Bearn en tête, avec Andiran le revenant, les Madiran profonds de Christine Dupuy ou les
fantastiques Jurançons blancs du vigoureux Jean-Marc Grussaute (photo à gauche).

Voilà... Stars et jeunes vignes, vous trouvez tous les noms sur la liste ci-dessous. Et à Verchant, le 28 janvier, 55 vignerons fiers de mélanger leurs accents et leur passion. Un soucis? Charlotte Senat, grande Prêtresse de l'organisation. Une petite faim? Fabien Lefebvre de l'Octopus et Michel Animat de la Maison Cabrié. What Else... ?


La dégust en Sud du VdmA c'est le lundi 28/01 au Domaine de Verchant, 1 Bd Philippe Lamour, 34170 Castelnau-le-Lez. Prix: 10 euros, un verre Italesse offert.



Ah si! Puisque vous y serez... A 3 kilomètres de Verchant, les Affranchis, vignerons "nature" en diable, tiennent eux aussi dégustation. C'est au Chateau de Flaubergues, 1744 Avenue Albert Einstein - Quartier Millenaire à Montpellier. On y retrouvera d'autres Amis comme Thierry Puzelat, René Mosse, Emile Heredia, Jo Pithon ou les Bretons. Parce que l'Union fait la force... :-)

Les affranchis: Dimanche 27 de 15h à 19h et lundi toute la journée, Chateau de Flaubergues, 1744 Avenue Albert Einstein - Quartier Millénaire à Montpellier. Entrée: 7 euros. 

dimanche 4 novembre 2012

Le retour des Amis

Avec l'automne, revient la dégustation parisienne du Vin de mes Amis. Et comme chaque année, c'est recomposition de ligue dissoute...

D'Arena (Patrimonio) à Valette (Macon),  des Breton (Loire) aux Sénat (Minervois) et des Clairet (Jura) aux Gautherot (Champagne) en passant par la Côte de Py de l'incontournable Jean Foillard (Morgon), trente-trois copains retrouvent le 26 novembre le chemin de la Cartonnerie.

Comme l'an dernier, les amis de Fulgurances joueront de la casserole. Et comme chaque année, la liste complète des vignerons, bouilleurs, alambics et verrier est consultable ici ou là... A bon entendeur! :-)

Dégustation de 10h à 19h, à la Cartonnerie, 12 rue Deguerry, 75011 Paris. Entrée (avec un verre italesse offert): 8 euros.  

samedi 27 octobre 2012

Rituel


C'est un rayon de soleil. Une éclaircie. Un bras d'honneur à la grisaille et à la pluie. Le blanc du vendredi, c'est une revanche. Mais c'est aussi un rituel. Une fête de la Libération. Une action de Grâce.
Le moment où, la tâche accomplie, on s'aventure enfin dans la cave à la recherche de la récompense: la bouteille de raisin doré dont on a rêvé pendant quatre longues journées.

A cet instant, plus de stress, plus de contrainte. Plus d'ascèse, non plus. Le geste est gourmand. On sait que le plaisir ne se fera plus attendre longtemps. Mais pas trop vite... Il faut prendre le temps de choisir son voyage. Et laisser l'Elue rafraîchir doucement. Perdre quelques degrés. Juste ce qu'il faut. Alors viendra le moment d'en faire sauter les derniers remparts, d'extirper le bouchon et de regarder le flot jaune, libéré à son tour, couler jusque dans le verre.

Un instant encore... Pour le nez. Car ce blanc du vendredi, a l'odeur de l'été perdu et retrouvé. Il a l'odeur de l'ombrageux figuier des Sénat (photo) ou celle, voluptueuse, du maquis corse que l'on a parcouru dans les pas d'Antoine Arena.

Un voyage, on vous dit!

Selon les semaines, on empruntera ainsi les chemins pierreux des Corbières à la recherche d'un grenache gris résolument Magnon ou les pentes du Jura à la rencontre d'un Savagnin made in Clairet. On ira se régaler du Macon mûr et tendu des Valette ou des chenins amoureux de l'ami René Mosse... A moins que l'on ne craque pour le magistral Cairanne blanc des Frères Alary. Au gré des envies... De l'inspiration... Des souvenirs.

Parfois, la bouteille accompagnera jusqu'au dimanche un bar ou un mulet rencontré au marché. Parfois, elle n'aura pas même survécu au Premier jour. Car il en est ainsi du blanc du vendredi: son destin n'est jamais fixé d'avance. Et ça en fait tout le goût.


Chaque semaine, retrouvez le "verre du vendredi" sur twitter, #AprèslEffort...

mercredi 15 août 2012

Supers Mann


C'est un endroit magique, comme on en trouve encore en Méditerrannée. Un territoire sans bâtisses, fait de murets en pierres sèches, de vignes et d'amandiers. Pour rejoindre Malagaïto depuis Leucate et sa plage, il faut tourner le dos aux villas et monter par les ruelles du vieux-village jusque sur la falaise. Là, le sentier bordé de friches et de vignes abandonnées, se fait vite caillouteux et étroit. Puis on arrive au paradis...


Malagaïto. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'endroit porte mal son nom. En occitan on pourrait le traduire littéralement par "mauvaise vue". Alors que c'est tout le contraire: des hectares de sable éolien avec vue imprenable sur la mer. Un balcon sur la Grande Bleue.

"Cet endroit a une énergie inouïe", s'émerveille Mireille Mann en parcourant ses Grenaches au soleil couchant. "Ce n'est pas seulement la vue, mais le lieu... C'est habité. En contrebas, dans les grottes, on a trouvé des objets étrusques. Et puis cette "grenachière", elle a une histoire! Ici, les anciens faisaient pousser indifféremment le blanc, le gris et le rouge. Mélés. Ensemble. On essaie de faire revivre ça, sur les parcelles que nous avons défrichées et replantées. C'est de la dentelle, un vrai casse-tête. Mais à vivre, c'est un bonheur. Ici, je peux rester des heures, assise à regarder la mer."
Les Mann sont arrivés à Leucate au milieu des années 2000. Comme beaucoup d'exilés, ils ont repris les vignes dont les locaux ne voulaient plus. Ici au pays du Rivesaltes, c'est le vin doux et les vignes à plat de la Prade qui paient le mieux. Pas le sable éolien et les chemins sinueux de la falaise. L'abandon des uns faisant le bonheur des autres, le couple travaille aujourd'hui quatorze hectares, éclatés en trente parcelles, à cheval sur cinq appellations, de Fitou aux Corbières en passant par le Grenat ou Rivesaltes, justement. Mais ça n'arrête pas Pierre.
"Ici, confie-t-il, on est libres. Et ça, ça n'a pas de prix."
Libre de faire à son goût et à sa sauce. Libre, par exemple, de travailler seize hectolitres de vin dans un oeuf en béton, parce que, dit-il, "ça recréé un mouvement brownien qui maintient les lies fines en suspensions". Il affirme que la méthode, certes peu orthodoxe, "révèle la souplesse et le fruité du raisin". Cette drôle de cuve donne un "Blanc de l'oeuf" (grenache gris, maccabeu et "deux seaux" de muscat) aussi surprenant que bien nommé. De Grenache en Mourvedre ou en Carignan, des Rouges A Siroter (R.A.S, grenache et carignan) à des Fitou plus puissants, des blancs "Gris-Gris" à leur rosé ("Ozé") et à des vins doux surprenants, les Mann baladent ainsi sans complexe des convictions bien trempées et un humour à toute épreuve. Pas du luxe, lorsqu'on vient d'ailleurs...
"C'est sûr qu'ils se foutaient bien de nous au début avec nos idées bio-dynamistes!", rigole Mireille. "Surtout qu'aussitôt passé en bio, on a subi une grosse attaque d'oïdium. Ils nous regardaient nous échiner en rigolant sous cape. Ils m'avaient même trouvé un surnom: il m'appelaient Bio-Woman! Moi, je trouvais ça plutôt joli...".
Sept ans plus tard, au Mas des Caprices, Mireille et Pierre ont mis les rieurs de leur coté. Signe des temps, la coopérative vient de se décider à convertir une dizaine d'hectares en bio. Et les hauts de Malagaïto commencent à revivre: à coté du Sémaphore de Leucate, un berger (breton) vient de s'installer avec ses deux-cent brebis. Mais il faut dire que la vue y est, vraiment, à couper le souffle...

mardi 31 juillet 2012

Le Barbier de ses vignes


Le spectacle parait anachronique. L'outil lui-même semble hors d'âge. Sa dernière sortie date sans doute des années 50-60, lorsqu'on désherbait encore à la force du poignet et des bras.



Longtemps, on a attelé cette "décavailloneuse" au cheval, si habile à se glisser entre les rangs serrés. Puis le tracteur a pris la relève. Puis plus rien. Ou plutôt si: la chimie. A tour de bras et sur ordonnance... Et puis, on en est revenu.Cette image singulière prise début juillet sur les coteaux de la Malepère, c'est donc celle d'un retour aux sources. Mais un retour prudent. Parce que la lame, quoique rouillée, est tranchante comme un coupe-chou et qu'en fait de retourner la terre pour étouffer l'herbe, on a vite fait de trancher une racine ou d'entailler un cep.
Il faut donc laisser le métal s'enfoncer avec délectation dans le petit bourrelet de terre qui couvre les ceps - le fameux "cavaillon" - mais en prenant soin d'éviter de blesser le client.

Et c'est ainsi, ce matin là, qu'après nombre de ses confrères adeptes du bio, Frédéric Palacios s'est fait barbier, le barbier de ses vignes... Tanguant dans les rangées, en une danse insolite qui ferait sans doute sourire les anciens. Mais tant pis pour les moqueurs et tant mieux pour ces grenaches quarantenaires: En Malepère, Figaro est de retour.


A propos de cavaillon (ou caoucel en langue d'oc), on pourra lire aussi une "une maille à l'endroit..." chez les Ledogar et l'explication technique de Jean-Baptiste Senat.

vendredi 8 juin 2012

LES INCONTOURNABLES DU VDMA


Aux premières chaleurs, l'esprit ramène vers le Sud. On descendra alors avec bonheur la vallée du Rhone jusqu'à Tavel et ses vins réputés faciles. C'est là, au coeur d'un cirque de terre chaude et de pierres blanches, qu'Eric Pfifferling cultive son amour inconditionnel des vins natures.


HEUREUX QUI COMME ERIC...

On m'avait promis un vigneron rugueux. Un géant intransigeant et taiseux. A peine si je n'allais pas rencontrer le Cerbère du vin nature, le gourou d'une mystérieuse secte bio-bio. Rien de tout ça. Pour peu qu'on aille le chercher chez lui, à Tavel, en laissant ses certitudes à la porte, Eric vous paraîtra même tout l'inverse: puissant certes, économe de ses mots sans doute... Et pourtant heureux de les partager. Tout miel en fait. Rien d'illogique pour un ancien apiculteur. 
"Les abeilles, c'est une école de calme et de concentration, raconte-t-il. Lorsqu'on travaille avec les abeilles on travaille du vivant. Avec elles, tout joue: le climat, l'humeur, le ressenti... Chaque jour est différent. Les abeilles ça ne se "maîtrise" pas. Ça s'accompagne... C'est un apprentissage d'humilité. C'est comme la vigne, d'une certaine manière: on peut "prendre part" mais on ne "dirige" pas. Et puis le travail avec les abeilles, c'est une école pour le vin aussi: sur les arômes... Les intensités... Ca fait 30 ans que le miel et le parfum des fleurs ne me quittent plus."
Pas de hasard donc, si l'on retrouve ces parfums et ces arômes dans les vins d'Eric Pfifferling. Au coeur d'une appellation réputée pour ses rosés faciles et ses rouges trapus, il élève ses grenaches en douceur, avec finesse et même, pour certaines de ces cuvées, un flirt assumé du coté des Pinots et de la Bourgogne. Terres d'Ombre, Pierre Chaude, le Chemin de la Brune, les Traverses... Ses cuvées sont le "Miel de Tavel", a écrit Sylvie Augereau, dans un de ces raccourcis saisissants dont elle a le secret. "Comme des Beaujolais du Sud" renchérit un critique avisé. Pour une fois, Eric accepte le compliment.
"La première fois que j'ai bu les Morgon de Marcel Lapierre, raconte-t-il, j'ai été bouleversé. Lui et Jean (Foillard, ndla), sont des génies. J'aime pas beaucoup l'idée du disciple et du Maître, mon truc à moi c'est plutôt ni Dieu ni Maître..." 
Il sourit puis ajoute, gourmand: "Mais oui... Cette filiation, là, elle me fait plaisir."

Cela fait 20 ans maintenant qu'Eric a repris les 4 hectares de vignes que possédait sa grand-mère au coeur du cirque de Tavel. Il y a ajouté 3 hectares, pas un de plus. Pour le raisin d'abord, puis pour la coopérative. Cette année, il signera, le dizième millésime du Domaine de l'Anglore ("Lézard", en occitan). 
"On a commencé en 98 avec Jean-François Nicq, des Foulards Rouges (Roussillon, ndla). On a passé des soirées, des nuits, à discuter de politique et de nos vins, de la façon de les faire. A tenter de faire émerger une nouvelle génération de vignerons, là où il n'y avait que deux ou trois moutons à cinq pattes. On était avec des gars comme Loïck Roure, Edouard Laffite, Gérald Oustric (Domaine du Possible et Domaine du bout du monde en Roussillon et Domaine du Mazel en Ardèche, ndla)... Ensemble, on a appris à faire du vin autrement."
Ne lui parlez pas de réglementation. Eric s'en fiche pas mal qui boude les commissions d'agrément et sort la plupart de ses cuvées en Vin de Table. Rebelle, passionné, utopiste? Tout ça mélangé. Il assume.
"Gosse j'ai été renvoyé trois fois de l'école. A 20 ans, j'ai eu une période, disons, un peu radicale... Et c'est vrai qu'on a un coté "gang de la gauche prolétarienne", comme tu dis. Mais ma vérité, c'est plutôt que j'ai jamais bien supporté l'autorité".
Insoumis, c'est le mot. A part, bien sûr à ses vignes. Là, le militant de la cause redevient un guide patient, concentré, paisible. A l'heure d'ébourgeonner ("la belle oeuvre", comme disait le père de sa femme, Marie), ou de partir piocher les trois hectares qui lui restent à travailler avant la fin juin, le vigneron se souvient des leçons de l'apiculteur.
"Tu ne peux pas forcer la nature. Il n'y a pas un millésime qui ressemble à un autre. D'une année sur l'autre, je peux tout perdre, je le sais. Ça a failli m'arriver en 2002, l'année ou nous avons perdu les abeilles et les trois-quarts de la récolte dans les inondations. Ça aussi, c'est une leçon d'humilité."
Un silence et puis il ajoute:
"Pour moi la révolution, tu vois, ça n'est plus tout raser. Mais plutôt trouver l'équilibre... Transmettre. A 50 ans, je peux dire que je suis heureux, ouais... Je changerais pas ma vie. Mes fils ont grandi ici. Donner ça à mes enfants, cette nature, c'est une chance inouïe."
Faut-il croire que c'est ce bonheur tranquille que l'on sent dans ses vins?

samedi 28 avril 2012

Sorbée on Ice


A première vue, on croirait un lac gelé...


Et puis, l'étonnement passé, on reconnaît les piquets de vignes. On distingue les stalactites qui courent sur les fils et recouvrent les ceps d'une gangue de glace. C'est qu'il a fait jusqu'à moins 10 degrés, certaines nuits de la semaine, sur les coteaux de Biaune et de Sorbée.
"On a réussi à protéger... Un peu...", lâche Hélène Gautherot. 
Mieux que ça, en fait. Car Bertrand, cette fois, avait prévu son affaire pour protéger ses Chardonnays et ses Pinots noirs. Refroidi par la tuile de 2004 et les pertes de 2011, le champenois a mobilisé ses troupes pour éviter le pire. Chaque fois que le gel menaçait, il à mis le réveil à minuit et scruté le thermomètre à s'en faire mal aux yeux.
"Le soir tu regardes la température et tu imagines la suite. Alors tu te lèves, t'enfiles ta parka parce que ça pique dehors... Et tu passe la nuit dans la camionnette à deux ou trois. Tu scrutes. Tu joues avec la lune blanche, qui rafraîchit l'ambiance et le nuage qui viendra la réchauffer de quelques degrés. Et quand il faut... C'est parti! On arrose!".
Le secret est là: pulvériser sur les vignes de l'eau à 4 degrés, en jet continu, pour empêcher les bourgeons et les premières feuilles d'être saisies, de griller sur le sarment. Le paradoxe veut que le glaçon qui se forme, parce qu'il reste humide, protège la plante du gel. Protection naturelle garantie, bien mieux que la chaufferette au fioul qui a longtemps obscurcie de son nuage noir les nuits champenoises.



Et voilà pourquoi, en se promenant entre les stalactites de Sorbée ce matin, les Gautherot ont le sourire. "Regardes, c'est tout beau. C'est magnifique", murmure Bertrand. Avec fierté. Et de jolies cernes sous les yeux.


A propos des Gautherot, on peut aussi lire (entre autres) : "Dans les bras de Sorbée"