mercredi 25 février 2015

Vieilles grenaches et figues fraîches

Les vignerons ont beau dire, ce sont des artistes. Ils sont seuls à la vigne comme en cave, comme des peintres face à leurs tableaux. Quand ça râle, quand ça cale, ils ne se plaignent pas. Ils serrent les dents. Au contraire, une fois l'oeuvre accomplie et le jus sous verre, les voilà joyeux et partageurs. Ils sillonnent la ville en meute, bouteilles sous le bras. Matthieu Dumarcher et ses copains de la Nouvelle Lune sont de cette race-là : inquiets mais discrets, aussi précis que généreux.

Au moment de passer à table, tout commence par un vin rouge 2013 qui vous met illico le palais à l'heure du Rhône. Du fruit, du fruit, encore du fruit, grenaches et carignans, souples et croquants. Les petites années, c'est bien connu, font les grands vignerons. À côté, sage encore, une vieilles vignes 2012 prend l'air en attendant son heure. Pendant que vous vous régalez, les amis préparent joyeusement leurs prochaines dégustations* : après s'être installés au coeur d'une collection d'art contemporain d'Avignon, ils ont demandé cette fois à un contrebassiste d'"interpréter" leurs vins... Il n'y a pas de mal à varier les plaisirs.

Question plaisir, justement les "vieilles vignes" ont de qui tenir. Les voilà lâchées sur une côte de boeuf rouge à souhait. Les raisins mûrs de la Drome ont trouvé là un adversaire à leur taille. C'est explosif, avec de petits goûts d'anis, un brin de lavande et un parfum de figues fraîches : de ces figues-fleurs que l'on ramasse à la mi-juillet et que l'on dévore sous l'arbre, en laissant le jus vous coller les doigts.

À ce stade, on ne déguste plus, on dévore. Enfin, lorsqu'il ne reste que l'os et que la bouteille a jeté tout son jus, on relève le nez, rassasié. C'est alors que Pascal Chalon pose sur la table sa Petite Ourse 2012. Un petit chef-d'oeuvre à boire sans prise de tête. Et l'on se dit que c'est une soirée qui promet...


* Les 17 vignerons de la Nouvelle Lune font goûter leurs vins en musique le 4 mars au théâtre Golovine d'Avignon, avec le contrebassiste Claude Tchamitchian.

Domaine Matthieu Dumarcher
518 chemin des Chênes
26790 La Baume de Transit
Tél. : 06 09 86 73 22
Vin rouge 2013 et Vieilles vignes 2012, 13,50 euros à la cave

Domaine de la Grande Ourse
Pascal Chalon
1 chemin de Cherfize
26790 Tulette
Tél. : 06 75 64 56 12
La Petite Ourse, 10 euros à la cave

samedi 31 janvier 2015

Pas de Lézard!

Oui, c'est trouble. Et rosé. Non, ça ne ressemble à rien d'autre. C'est souple et fruité. Et formidablement aromatique. Ça croque, ça coule, ça réjouit les papilles : c'est du bonheur en bouteille. Eric, son vigneron est un géant, au sens littéral du terme. Souvent chaleureux, pas toujours commode. Un vrai, quoi, comme on les aime : suffisamment pudique pour ne pas se donner à tout le monde... et généreux comme dix.

Drôle, sa vocation est née dans un garage que tenait son père. Un essaim d'abeilles a déboulé sous une poutre du toit. Une vie changée. De mécano, le paternel devient apiculteur. Et le fils, vigneron... sans jamais perdre de vue le miel - on y vient. Miel en ruche, miel en bouteille. Étrange, dans son rosé, on trouve tout ce qu'on aime du Sud : les grenaches mûrs et gourmands, la souplesse du cinsault, un peu de mourvèdre pour épicer le tout, une goutte de carignan, un soupçon de clairette. Beaucoup de passion, aussi. Et de patience. Tout ça sur le fil du rasoir. Souvent. Mais toujours du bon côté.

J'ai dit Tavel, miel, gourmand. J'ajoute un lézard : l'anglore cher à Frédéric Mistral et à Pfifferling, sinueux comme le Rhône. Je glisse encore que certains prétendent qu'il s'agit du "meilleur rosé du monde". A vous de juger!


Domaine de l'Anglore
Éric Pfifferling
81 route du Vignoble - 30 126 Tavel
Tél. : 04 66 33 08 46
Tavel rosé 2013, autour de 16 euros

Sur le géant de tavel, on peut lire aussi: "Heureux qui comme Eric..."

Copyright @apresleffort pour le Point.fr et le VindemesAmis.

vendredi 16 janvier 2015

Un Bianco Gentile, sinon rien...

Il y a des jours où la mer me manque. L'air iodé, le vent qui soulève le sable, le bleu-gris à perte de vue font du bien à mes neurones assiégés. Ma mer, c'est la Méditerranée. Alors, lorsque l'envie devient trop forte, j'ouvre un Bianco Gentile de chez Arena. BG pour les initiés... 

Le vieux cépage corse, fils rebelle de Patrimonio, est un habitué de ma cave. Et aussi de mes longues semaines d'hiver.  Allez-y ! Ouvrez la longue bouteille frappée de la tête de Maure. Mais ne vous précipitez pas ! D'abord, laissez-le respirer. La Corse est méfiante, elle ne se livre jamais au premier regard. Une fois le vin habitué au verre, vous sentirez monter sa discrète odeur de maquis et ces agrumes joliment mûris au soleil de Saint-Florent. Orange, cédrat, ça se bouscule pour flatter l'odorat. Portez alors aux lèvres et vous découvrirez la richesse, la belle intensité, mais aussi la souplesse d'un grand blanc du Sud. 
Et maintenant, à vous de jouer : quelques oursins glanés au marché et que l'on dévore à la cuillère - hors de prix, je sais... hélas ! - , la complicité d'un loup grillé et de sa chair tendre, une poêlée de supions... Tout est bon. Volubile mais pas bégueule, ce Bianco Gentile n'est pas des vins qui écrasent. Il est de ceux qui subliment. C'est aussi un marin qui aime vous raconter les histoires du pays d'où il vient. Écoutez-le, laissez-vous aller. Et bon voyage.


Domaine Antoine Arena - Morta Majo, 20253 Patrimonio - Tél. : 04 95 37 08 27 - Bianco Gentile 2013, 19 euros au domaine.

PS: Antoine et Marie Arena seront de la fête les dimanche et lundi 25 et 26 janvier pour la dégustation du "Vin de mes Amis" à Verchant.
Retrouvez les coups de coeur de Laurent Bazin sur lePoint.fr et sur Twitter @apresleffort. 

mardi 13 janvier 2015

Tous à Verchant!


Le vin, c'est bien de le lire, c'est mieux de le boire! Et mieux encore avec les vignerons qui signent les jolies bouteilles dont nous parlons régulièrement ici. Après la halte parisienne début décembre, c'est à Verchant que les Amis se retrouvent pour leur traditionnel rendez-vous de janvier.

Record battu, cette fois: j'en ai compté soixante-et-neuf d'Andiran à Zernott en passant par Arena, Bordelet (l'homme de Granit), Charvin (oh les beaux Chateauneufs!), Comor, Foillard et les Lapierre, Magnon, Michon (et sa Negrette), Richaud ou les Valette. Cette année, l'alphabet ne suffit plus à les compter, les bougres! Même les jolis cartons d'invitation de Charlotte Sénat souffrent quelques points de suspension... 

Après, vous avez deux jours pour déguster. Ca ne devrait pas être de trop!


Rendez-vous au Domaine de Verchant, le dimanche 25 et le lundi 26 janvier - 
1 Boulevard Philippe Lamour, 34170 Castelnau-le-Lez.
Renseignements, Charlotte Sénat: 06 08 41 27 47.


lundi 12 janvier 2015

#Buvons !


Il y a des semaines où l'on n'a pas le coeur à boire. Ou alors trop. Et donc mal. Des semaines où le silence s'impose comme une évidence face à l'horreur. 

Et puis je suis retombé, au hasard de ma bibliothèque, sur Le Vin des rues, du journaliste Robert Giraud. Ce petit bijou est une balade dans le Paris des années 1950, le Paris intrépide et insoumis qu'incarnaient si bien, à leur manière, Cabu et Wolinski (dessin de gauche pour "les Domaines qui montent" - 2014). Un monde de bistrots, de tatoués et d'artistes qui ne lâchaient rien. Et surtout pas la Liberté.

"L'eau, Robert Giraud la laisse à la Seine et au grand ciel au-dessus des toits qui parfois s'ouvre en deux comme s'il se fendait d'un grand chagrin", écrit Philippe Claudel dans sa lumineuse préface. "Dans le monde de Giraud, ajoute-t-il, on boit parce qu'il faut bien vivre un peu, continuer, se dire quelques mots, se donner quelques regards, afin de se croire moins seuls, moins perdus." Alors, j'ai refermé le livre et j'ai ouvert une bouteille de beaujolais. Un Morgon de chez Marcel Lapierre.

Marcel, disparu il y a quatre ans, était lui aussi un bagarreur et une grande gueule. Il fut de tous les combats aux côtés de son copain Siné et du "Charlie" de la grande époque. Il avait un sacré caractère. Son morgon - que son fils Matthieu et sa femme Marie continuent à faire vivre - est aussi souple et fruité qu'il pouvait être déterminé. C'est un refuge dans la tempête, un vin de copains, de ces amis disparus et de ceux qui restent... Un nectar, que l'on boit comme nous étions des millions à défiler hier: pour se sentir "moins seuls et moins perdus". Et pour éloigner le chagrin.


Vins Marcel Lapierre - Domaine des Chênes, 69910 Villié-Morgon

Tél. : 04 74 04 23 89
Morgon 2013, autour de 16 euros au domaine.

Le Vin des rues, de Robert Giraud
Stock, collection Écrivins
15 euros

vendredi 19 décembre 2014

Foi de Riesling!


"Et avec le foie gras, on sert quoi ?
- Un vin blanc sucré, ça va de soi!"

Et vous voilà courant les cavistes ou écumant la cave à la recherche d'un sauternes ou du bon vieux monbazillac. Pourquoi ? Parce que "ça va de soi". Oui. Mais non. D'abord parce que le sucre, ça éteint les papilles ; à éviter en début de repas. Et puis parce que ce qui est chouette avec les saveurs, c'est que - justement - rien ne va de soi. Qu'il est bon d'être bousculé dans ses certitudes ! Oh, il y a bien sûr ce qui ne "va pas". Pas du tout. Mais pour le reste, il faut savoir se laisser surprendre.

Ma dernière surprise en date a été alsacienne : un riesling "Bruderbach - Clos des Frères" 2011. Il y a toute la dextérité et la finesse d'Étienne Loew dans ce vin bien élevé, floral et aromatique sans être entêtant. C'est tendre et pourtant il n'y a pas un gramme de sucre dans cette bouteille. Mieux, c'est d'une fraîcheur étonnante, discrètement mentholée et légèrement poivrée. Avec une pointe d'eucalyptus et un zeste d'orange. Sur un foie gras, c'est littéralement... dépaysant.

Ce vin, c'est mon ami Frédéric Palacios qui me l'a soufflé. Fred est vigneron dans l'Aude, et un bon. C'est un type passionné qui aime découvrir d'autres horizons. Le jour où il a ouvert ce "Clos des Frères", sa mère venait de lui déposer un foie magnifique, rosé, à laisser fondre sur la langue. L'accord des deux a été un petit miracle. D'un coup de tire-bouchon, le bougre venait de réaliser l'improbable fusion de l'Alsace et du Sud-Ouest. Et là, il n'y a eu personne pour protester.

Domaine Loew
28 rue Birris, 67 310 Westhoffen
Tél. : 03 88 50 59 19
Sylvaner Westhoffen : 6,50 euros
Riesling "Clos des Frères" : 11,20 euros. 

Copyright levindemesamis avec LePoint.fr. Retrouvez les chroniques @aprèsleffort sur twitter. 

vendredi 12 décembre 2014

Un Savagnin de Rêve...


J'ai un faible pour le savagnin. Et un gros faible pour les Clairet. L'un, parce que c'est un cépage blanc d'une grande finesse, un cousin du gewurztraminer qui a trouvé en Arbois le terroir de ses rêves. Les autres, parce qu'il ont su en tirer le meilleur avec un précieux mélange de générosité, de talent et modestie.

L'autre soir, ils étaient de sortie et le savagnin dans tous ses états. En "Fleur" pour commencer, à cueillir sans attendre pour son nez de pêche de vigne et de fleurs blanches. C'est aromatique, sans être dragueur, élégant avec une belle longueur en bouche et la fraîcheur qui fait qu'on y revient. Il paraît que les sols d'Arbois donnent au blanc la force de traverser les années... Je n'ai jamais eu la force d'attendre pour en juger.

Puis débarque le "Savagnin de voile" 2009, petit frère du fameux "Vin jaune" : trois ans de barrique et déjà les notes grillées chatouillent le palais, les épices stimulent les papilles. On approche... Enfin, avec le Comté, surgit la bouteille gironde et trapue. La botte secrète. Le flacon qui se mérite. Pour ce vin jaune, le savagnin a attendu sept ans sous son voile de levures naturelles. Ça coule épais, tout en noix et en curry. C'est sec et gracieux. Déroutant et pourtant prêt à conquérir son monde.

Ça ne fera pas un pli. Il y a des gens (et des bouteilles) qui ne vous déçoivent jamais.


Domaine de la Tournelle - Pascal et Evelyne Clairet
5, Petite Place, 39600 Arbois
Tél. : 03 84 66 25 76
"Fleur de savagnin" 2012 : 16 euros
"Savagnin de voile" 2011 (au printemps 2015) 18 euros
Vin jaune (62 cl) : 40 euros

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