vendredi 30 janvier 2009

Une nouvelle venue en Sorbée


Elle a quatre semaines déjà et se porte parait-il à merveille: Epiphanie (!) est la dernière née de Vouette-et-Sorbée. Comprenez la dernière venue du troupeau... Dans l'Aube, à coté des vignes et du chai, l'étable Gautherot affiche désormais complet. C'était l'idée: "du Steiner à 100%", comme dit Bertrand, fidèle adepte de
la biodynamie.
"Nous avons réussi la "petite boucle", raconte le vigneron. Faire paître des animaux autour des vignes, désherber et, grâce à eux, nourrir le sol de compost issu du même terroir. On a recréé un fil continu: de la bactérie à la plante, de la fleur à la levure et aux champignons. Du sol à la cave... La "grande boucle", ce serait de nous nourrir nous. Mais je ne suis pas sûr d'avoir la force...".
Aveu surprenant dans la bouche de ce jusque-boutiste. Sans doute l'effet des bonnes résolutions du nouvel an... En cette fin janvier pluvieuse, en tout cas, le vigneron s'est fixé un nouvel objectif :
"Ne plus croître! Harmoniser le domaine, vinifier correctement... Et devenir, petit à petit, moins indispensable..."
Steiner, biodynamie, Décroissance, tout cela passe loin au dessus du museau d'Epiphanie, l'"apparition" du 4 février. Sous peu, la petite vache devrait sortir avec ses consoeurs (à gauche, en 2007) brouter la bonne herbe de Sorbée. C'est sa seule politique. Et ce sera sa façon à elle de témoigner son soutien à la philosophie du patron.

Lire aussi à propos des Gautherot : "Bertrand dans les bras de Sorbée", Champagne Blues, ou "Comme un gamin"...

lundi 26 janvier 2009

Truffes d'Ebrescades


Elles se forment dans la terre épaisse de Cairanne, sur les racines des chênes qui bordent les vignes. C'est là, entre Grenache et Syrah, au coeur des Ebrescades, que viennent fouiner les chiens de l'ancien facteur de Seguret. L'homme est un habitué des lieux, un stratège de la truffe.
"Moi, j'ai bien tenté d'apprendre à ma chienne à les chercher, se lamente Marcel Richaud. Mais Tosca est trop gatée, elle ne veut rien savoir. Lorsqu'elle vient ici, elle se contente de courir après les papillons!" 
La règle est simple, explique le vigneron: c'est "gratte-et-partage". La part belle pour le découvreur, le reste pour le propriétaire. Et voilà comment chaque année, du début janvier jusqu'à la lune de mars, l'ami Marcel hérite de ces champignons noirs et odorants, dont il n'hésite pas à faire profiter les amis. Des truffes de vigne... A savourer sans modération.

vendredi 23 janvier 2009

Février sera chaud!


Ça chauffe dur en cette fin janvier rugueuse... Et pas seulement sur le front social. La colère gronde aussi du coté de mes amis vignerons, lassés d'être soumis à ce qu'ils appellent "l'arbitraire des commissions d'agrément" et le couperet la "typicité". Et cette fois, ils montent au front. L'orage devrait éclater le 24 février prochain à Deauville, lors de la Dive Bouteille. (couplée désormais avec le off d'Omnivore).
"Les commissions laissent de moins en moins de marge aux vignerons "alternatifs" (les adeptes du vin nature, ndla) raconte Sylvie Augereau qui organise l'affaire. En Beaujolais un Jean-Paul Brun vient de se faire refuser 300 hectolitres. Et c'est pas franchement un révolutionnaire... On a vraiment le sentiment que le rouleau compresseur est en route". 
A la tête de la fronde: Marcel Lapierre, le vénérable de Morgon. L'un des premiers à avoir renoncé (entre autre) à ces levures qui donne le goût de la plupart des vins "industriels" du Beaujolais. Depuis l'été, il sent le vent tourner et bat le rappel des troupes.
"On ne demande pas le droit de faire n'importe quoi, plaidait-il l'été dernier déjà, devant sa cave de Villié. Simplement le droit d'exister dans l'Appellation. Avec nos différences. Hors des standards et des formats. Nous refuser l'Appellation parce qu'on ne ressemble aux "goûts standards", c'est condamner les plus fragiles. Et nous condamner tous à terme. On peut dire ce qu'on veut mais un japonais préférera toujours une bouteille de "Morgon" à un Vin de Table..."
Vieille antienne, mais actualité brûlante. C'est cette année que doit entrer en vigueur la nouvelle réglementation sur les Appellations d'origine. Les vignerons qui, comme les autres, subissent les effets de la crise, n'ont pas besoin d'ajouter cette galère à celles à bord desquelles ils rament toute l'année.   


ou encore "Les caves se rebiffent" et à propos de la nouvelle réglementation "Elle te plait pas mon AOC".

lundi 19 janvier 2009

Omnivore: un bon coup de fourchette...


Je reconnais qu'écrire sur ses amis peut avoir quelques avantages.
"Ah! tu as un blog sur le vin? Viens on se fait une bouffe!"
Ce jour-là, je me retrouve donc attablé aux "Terrines" (ex-"Neuf 7"), un nouveau bistrot comme on les aime. Délicieux et pas prétentieux. Rue du Cherche-midi, ça change... En cuisine: Gérard Vié, un retraité qui en redemande. L'ancien chef du Trianon Palace mitonne ses terrines et son pâté de tête avec amour et un brin de timidité. Le tout vient d'arriver sur la table, où l'attendaient, fourchettes levées, Luc Dubanchet (Omnivore, à droite) et Sebastien Demorand (multicarte, de RTL au Parisien). La bouteille de Côtes du Jura est déjà bien entamée. Un Chardonnay/Savagnin formidable signé Tissot. Un vin fruité qui glisse sur le palais.
"Attends, dit le tôlier, un grand ancien de la Cave parisienne. Je te fais glisser un Poulsard de chez Overnoy (en fait Houillon-Overnoy, ndla). Après, je dois y aller mais je mets un truc de coté..."
Il disparaît derrière le zinc et carafe un épais jus grenat. "Pour plus tard", glisse-t-il. Privilège d'initiés (eux, pas moi...): ici on ne choisit rien. On se laisse porter.

La conversation roule frénétiquement sur le parcours de l'un et de l'autre. Les deux se sont rencontrés à Europe 1 qui ne les a pas retenu longtemps. Ils ont tenté le Gault-et-Millau et puis s'en sont allés. L'un arrose de ses hallucinantes chroniques gustatives la place de Paris. L'autre, Luc, a fini par partir à l'assaut du "nouvel esprit cuisine" et vient de mettre la dernière main à son nouveau guide (à gauche).
"On a créé Omni il y a cinq ans parce que les journalistes ne font pas toujours leur métier, explique-t-il mi-sérieux, mi-provoc. J'avais peur de voir une génération se perdre. Des types sincères qui travaillent loin des grandes écoles, des purs exercice de styles et des grands genres. Des auteurs, en fait...".
Résultat, 200 tables dénichées à travers toute la France et au-delà. Parce que le "gastro" n'a aucune raison de snober les petits villages. Ni d'être snob tout court. Et il en a plein la bouche, Luc, de ses amis. Il parle avec passion de ces chefs qu'il réunit une fois l'an à Deauville pour l'Omnivore Food Festival. Tous ces types qui défrichent des terres inattendues, loin des sentiers balisés. Et qui commencent à découvrir, à leur tour les vertus du vin.
"Il y a encore du boulot, regrette-t-il. C'est toujours pas l'osmose mais disons qu'il y a un début de mélange... Regarde par exemple Laurent Chareau ("le Chat", à Villechaud, photo ci-dessous). Celui-là partage plein de chose avec les vignerons du coin. Sa femme travaille chez Dagueneau (grand nom du vin disparu récemment, ndla), ça aide... Il y a aussi des sommeliers extra qui jettent des ponts entre les deux rives: Benoit Biasolo, le frère du chef d'une "Auberge en Gascogne", une vraie encyclopédie... Ou encore Yvon Lebailly à Bagnoles-de-l'Orne ("Le manoir du Lys"). Lui, c'est le beau-frère du chef. Un grand pote d'Elian Da Ros et d'Antoine Arena."
Une affaire de famille. Le jeu des copains, encore et toujours... Et au final des hommes qui tissent des liens.
"Ils commencent à trouver le chemin, conclut Luc avant de filer mettre la dernière main à son nouveau site internet. Mais c'est long... Il faut qu'ils apprennent à aller chercher les vins comme ils vont chercher leurs produits, le nez au vent. Ça viendra..."
Même Alain Passard, l'amoureux trois-étoiles des légumes de saison ("l'Arpège") est en passe de se laisser tenter, dit-on, par une carte de vins natures. Le réseau encore. Toujours les amis.

Sur la table, la carafe est enfin arrivée. Le vin est d'un rouge profond. Le dernier quizz commence. "Ça goûte comme un grand Languedoc", lâche l'un. Pas faux. La langue claque. On identifie facilement le Grenache et la Syrah... C'est très rond, très séduisant. J'ai bien une idée mais...
"Vous avez trouvé? rigole l'homme de cave. C'est une Ebrescade 2006..."
Un Richaud pour finir. Mes amis décidément me suivent à la trace...


On peut lire aussi les chroniques d'Omnivore et le Carnet de route, en vente le 21 janvier. Le "OFF" réunira lui cuisiniers et vignerons à Deauville les 23 et 24 février.

jeudi 15 janvier 2009

Le "Faucheur" se marre...


Fabrice Benoit rigole. Et ne boude pas son plaisir. Depuis son Domaine, au pied des Alpilles (ci-dessous), il avoue avoir trouvé "très marrant" le petit post du week-end dernier sur sa bouteille "100% anti-OGM". Les commentaires aussi, ajoute-t-il :
"Un peu à 2000, comme on dit chez nous. Surtout celui qui dit que je suis "bio-marketing". C'est pas parce que je suis solidaire des faucheurs que je suis le cousin de José Bové!".
Et il raconte l'histoire de cette drôle d'étiquette qui fait causer. Tout a commencé l'an dernier, pendant les vendanges, avec un mystérieux coup de fil:
"Le type a joué franc jeu, explique le patron du Domaine de Costebonne. Il m'a expliqué que tous les ans, les Bio-coop achètaient quelques dizaines de milliers de bouteilles qu'ils habillent en "Vin des Faucheurs". J'ai donc envoyé mes échantillons. 20.000 bouteilles, j'allais pas cracher dessus... D'autant que les Faucheurs d'OGM, je suis plutôt solidaire. L'anti-OGM, c'est comme le bio à la vigne: on ne sait pas si c'est un plus. Mais ça n'est pas un moins... Ca c'est sûr!"
Pas militant donc, mais sympathisant. Et un brin commerçant, comme il l'avoue volontier. Fidèle, en tout cas, à l'engagement pris sur ses trois Domaines depuis 1998 (avec l'agrément Ecocert, oui Monsieur...). 

Avant lui, un Touraine et un Côte du Roussillon, avaient déjà été habillés de la sorte. Bio-Coop affirme ne faire aucun bénéfice et explique que chaque bouteille achetée permet de verser un euro aux associations de défense des "Faucheurs volontaires". Une façon, aussi, pour les bio-clients de se donner bonne conscience...

Lire aussi à ce propos "To bio or not to be" et "Toxique Affaire".

dimanche 11 janvier 2009

Fauche qui peut...


In vino politicas... Ça se confirme avec la sortie de la première bouteille-tract. Ce "vin des faucheurs", "100% anti-OGM" est l'oeuvre d'un vigneron bio de Mollégès, au pied des Alpilles. Fabrice Benoit mène son Domaine en terrasse sur 30 hectares (bigre!) et affiche désormais clairement ses opinions politiques. 

Le sillon politique a déjà été largement creusé par certains vignerons du Sud comme Jean-François Nick aux "Foulards Rouges", allusion assez explicite aux héraults de la Gauche Prolétarienne. Mais si la bande de la Remise affiche volontiers ses opinions, elle n'a jamais poussé le militantisme jusqu'à transformer une étiquette en Dazibao

Cela dit, ce n'est pas la première fois que le vin est utilisé comme support de campagne. Pendant la Présidentielle 2007, de petits malins avaient ainsi détourné l'image d'une bouteille de Mouton-Rotschild pour en faire un Chateau Sarko. Sous-titre: "le vin que le candidat UMP boit avec ses amis patrons". En Italie, un vigneron-militant producteur a créé récemment le premier vin "100% Anti-Berlusconi". Il faut dire que le premier ministre italien venait lui-même de se comparer à un grand vin de toscane, le Brunello di Montalcino, estimant que lui aussi "s'améliorait avec les années". On sait que Nicolas Sarkozy, lui, boit peu. De ce coté là, on est donc à l'abri. A moins qu'un petit malin... 


vendredi 9 janvier 2009

Taille blanche


Il y a des images qui en disent plus long qu'un (long) reportage à la télé sur la vie des vignerons... C'est le cas de ce sécateur comme abandonné sur le fil d'une treille gelée. Le sol est blanc, givré, lui aussi. Le climat doit être réfrigérant et le vent glacial dans cette partie de la Malepère livrée aux courants d'air et aux coulées froides venues du Nord. 

Le vigneron, sans doute, a fait une pause après des heures de taille harassante: clic, clic, clic... A chaque hectare, il reproduit le geste plusieurs dizaines de milliers de fois. La peau du visage est rougie par le froid. Ses doigts sont gourds, malgré l'épaisse paire de gant. Cette halte, il ne l'a donc pas volée. 

Il en a profité pour faire quelques photos de cette plaine qu'il aime tant. On devine son ombre projetée sur les ceps. Plan serré, zoom arrière, plan large... Des souvenirs de cette terre qui l'héberge, l'accepte et lui donne chaque année de si beaux raisins. Les clichés, il les enverra tout à l'heure à ses amis. Il verront ce que ça peut être le sud, en hiver.

Lentement, il regarde autour de lui. A gauche le massif boisé qui remonte vers les Pyrénées toutes proches, sa Malepère. A droite, la petite route qui le ramènera tout à l'heure à Arzens, son village, à travers les Cabernets et les Chasans. Le dos lui est encore douloureux du traumatisme de l'an dernier. Mais ça va mieux. Rien à voir avec les douleurs du printemps ou de l'été... Il lui semble que le plus dur est passé. 

Une dernière fois, il regarde avec satisfaction les sarments déjà tombés. Ses jeunes Merlots nus, désormais. Prêts à repartir de plus belle dés le printemps venu... Mais assez musardé. Des ceps encore branchus attendent la main de l'homme. Clic, clic, clic... C'est qu'il est seul à travailler cette terre devenue hostile, le temps d'un hiver. Mais il n'est pas de ceux qui se plaignent à la première neige de la route devenue impraticable ou des services publics défaillants. Il n'en a pas le temps. Le travail l'attend. L'hiver, les journées sont courtes. 

Un verre d'Écume des Jours posé sur la table, dans le confort de mon appartement parisien, je regarde ces photos comme si j'y étais. "Cette histoire est vraie puisque je l'ai inventée", disait Boris Vian. Sans doute la dentelle rouge d'Edouard Laffite (Roussillon) me donne-t-elle la liberté de me glisser quelques secondes dans la peau de Frédéric Palacios pour être à ses cotés, dans les vignes, au moins par l'esprit.

Et sur la neige en Languedoc: "Snowing en Minervois".

vendredi 2 janvier 2009

Le Champ' contre-attack!


Si vous êtes surfer, vous n'y avez sans doute pas échappé. Facebook, Dailymotion... Le clip du Discobitch est partout. Même l'ami Olif a fini par y tremper les lèvres et reconnaît à cette créature perruquée une "bulle fine et vive"... La musique en tout cas fait fureur dans les discos (on dit encore comme ça?).




Alors Discobitch, késako? Une façon disons... branchée (?)... De sortir du lot. A l'origine deux DJ (Mash et Konrad) et la Maison Tarlant, "une passion vigneronne depuis 1687", comme dit le site. Le Domaine est désormais mené par le dynamique Benoit (Tarlant) et sa soeur Mélanie. Bloggers émérites et web-addicts en général, ces deux là sont convaincus qu'il y faut savoir se renouveler pour durer. Discobitch, c'était un tube. La "QV Discobitch", c'est un coup: le reveil au "marketing viral" de la belle Champenoise endormie sur son papier glacé. 

Pour le meilleur ou pour le pire...

jeudi 1 janvier 2009

Vive 2009! Et meilleurs crus!


Il y a un an tout juste, "tout commençait par une balade", dans un petit village isolé des Corbières. Depuis, le cercle de mes amis s'est élargi, ses courbes se sont croisées, ses vins mélangés. Aux vignerons se sont ajoutés des cavistes passionnés, des cuisiniers sensibles et des amateurs enthousiastes.

Au crépuscule de l'année dernière, l'un de ces précieux amis m'a adressé cette estampe signée Michel Tolmer en me "remerciant" de prêter ma plume à leur combat. C'est prendre les choses à l'envers: à toi Marcel, à vous, anciens et nouveaux vignerons, guides et apprentis, quinquas et jeunots, de recevoir mes remerciements... Ce blog doit tout à votre générosité. Au courage que vous avez de tenter l'aventure chaque année, contre vents et marées, pour faire vivre une certaine idée de la vigne, des vins et du plaisir de les partager. Merci de m'avoir initié à l'idée qu'un nectar n'est pas seulement bon mais peut aussi être juste et sincère. Et donc inimitable.   

Alors, oui: Vive vous! Vive le Vin de mes Amis... Et vive 2009!