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lundi 22 août 2011

Les "filles" au balcon


Pour se mettre de belle humeur, en cette fin d'été: l'une des étiquettes de l'année. Cette bouteille de Chignin-Bergeron est signée Gilles Berlioz, premier de cordée bio sur les pentes des Alpes. On connaissait l'artiste taiseux pour ses blancs remarquables (en l'occurrence 100% Roussane) et son Art de la "vendange pentue" (à 83° sur certains coteaux), on découvre ses talents de photographe.

Pour l'anecdote, ces jambes galbées comme une quille de Savoie "appartiennent" toutes au Domaine, puisque les modèles ne sont autres que les deux assistantes et la femme du vigneron. Et dire qu'il y en a qui paient des fortunes pour les conseils de graphistes parisiens!


samedi 16 janvier 2010

Un "bon vin", c'est combien?


Au moment où les amis sont tiraillés entre la taille et les salons et où la Crise aiguise la tentation de faire valser les étiquettes, il n'est pas inutile de revenir sur les résultats du petit sondage qui a accompagné ce blog depuis deux ans:
"Quel est le prix d'un bon vin?"
Intitulé vicieux, s'il en est, dans un monde où se confondent volontiers le goût et le prix, la valeur et l'étiquette. C'était une question piège. Ca n'empêche pas la réponse d'être éclairante...

Résultat sans appel: un "bon vin", pour 77% des visiteurs du blog, ça vaut moins de 15 euros... Pas radins, cependant, 67% des 700 votants estiment qu'il faut savoir ouvrir sa bourse (payer plus de 10 euros). Mais à peine 19% pensent qu'il n'y a point de salut en dessous de 15 euros (moins de 3% en dessous de 30 euros). En fait la majorité (48%) se retrouve dans ce triangle des Bermudes commercial qu'on appellera désormais le "dix-quinze".

Remarque 1 (pour les amis qui grimacent devant leur ordinateur...) : 15 euros, c'est pas mince. C'est le prix du Château "vieilli en fût de chêne" qu'on met sur la table une fois par an lors des repas de fêtes (et qui généralement n'a goût à rien). C'est 4 à 5 fois le prix moyen d'une bouteille achetée en supermarché.

Remarque 2 : ce score sans appel contredit radicalement le principe (avancé par une étude américaine) du "plus c'est cher plus c'est bon". Et ça, c'est de votre faute à vous, Auteurs de vins... C'est vous qui nous avez fait découvrir que l'argent ne fait pas forcément le bonheur des papilles. Qu'au coté des autoroutes vinicoles, il existe des chemins de traverse, des maquis odorants où la main de l'homme est redevenue maitresse du Vin. Vous nous avez éduqué. Nous y avons pris goût.

Alors de grâce, ne regardez pas de travers les petits nouveaux qui trouvent vos "vins un peu chers, non?". Racontez plutôt votre histoire. Expliquez le temps passé sous le cagnard, l'incertitude, le risque, l'aventure... La volonté de retrouver le terroir, les petites mains qui ont remplacé les machines et la chimie pour produire mieux, plus fin, plus juste. Faites de la pédagogie. Encore et encore. Parce que votre vin c'est vous, votre amour de la terre et des raisins. Et que ça n'a pas de prix.

On peut lire aussi les épisodes précédents : "Osons parler d'argent", Douloureuse et tête de pioche et "Le juste Prix". Ainsi que la fameuse étude américaine mentionnée plus haut: "comment le marketing joue sur la perception du plaisir" (en Vo, sorry).

vendredi 17 avril 2009

Que mille dégustations fleurissent...


Le printemps, c'est aussi le temps des dégustations. La taille finie, les mises faites, entre un "décavaillonage" et un labour, les amis vigneron(nes) trouvent encore la force de faire goûter leurs vins. Pour le plaisir de la découverte, voici donc quatre moments à venir : deux à la "Capitale", deux en Régions.

Honneur aux dames d'abord et à ces "Maîtresses de Chais", réunies en plein Paris, derrière le Marché des Enfants Rouges, le dernier week-end d'avril. Versant Vins a eu la bonne idée d'inviter quelques-unes des vigneronnes les plus douées du Sud et de la Vallée du Rhone. Une jolie balade de Bergerac à Saint Chinian et des Coteaux d'Aix à Rasteau où officie la très talentueuse Elodie Balme (en photo ci-dessus). La jeune femme a été formée par Marcel Richaud, à Cairanne, avant de reprendre les vignes familiales, de l'autre coté de la colline. Ses vins ont hérité de son charme.

Marcel justement... Il sera évidemment présent le lendemain, 27 avril, pour l'incontournable dégustation des "Toqués des Dentelles" (de Montmirail, comme il se doit...). Les treize amis du Rhone Sud se sont encore une fois donnés rendez-vous derrière les Halles. Cette dégustation-là, c'est toujours un grand moment. Richaud donc, mais aussi l'inimitable Jean David, Bertrand Cortellini, Christian Vache et les autres, n'ont pas leur pareil pour vous faire voyager sans quitter Paris. Les blancs des frères Alary sont inouïs, leurs rouges épicés à souhait et vous y croiserez peut-être, qui sait, quelques vedettes...

Mais attention ce lundi là, sauf à avoir le don d'ubiquité, il faudra choisir... 

Le même jour à Carcassonne, on "Changera l'Aude en vin"... Gilles Azam, Palacios, Senat, Mengus et leurs onze copains investissent la cité de Carcassonne. Sous les murs médiévaux, vous découvrirez des passionnés de terroir bien décidés à défendre leurs morceaux de terre. Si Paris vous fatigue et que vous aimer le Sud généreux et nature, c'est là qu'il faudra être. Sans hésitation.

Et puis aussi le week-end suivant (2 et 3 mai), à Courgis, à quelques encablures de Chablis... Changement de climat bien-sûr, pour ce petit coin d'Yonne. La table est dressée à la bonne franquette par les De Moor et Thomas Pico, ce jeune vigneron de Chablis qui a épaté son monde, il y a quelques semaines à Lille. Autour de lui, les Chaussard et leur Jasnières, Oustric et ses épaix Gamay d'Ardèche, le Sancerre très mûr et légèrement oxydatif de Sébastien Riffault ou encore :  Jean-Christophe Comor, les Breton, les Aubery-Laurent et Emile Heredia... Un festival de Grenache et de Syrah, de Pinot noir ou d'Aunis, de Chardonnay et de Chenin. 

Ca vous plait? N'hésitez pas à vous recommandez sur place du VindemesAmis. Et à laisser sur le blog vos propres rendez-vous! 


Samedi et dimanche 25/26 avril - "Maitresses de Chais", au Versant Vins - Marché des Enfants Rouges, 39 rue de Bretagne (Paris 3ème) - 10 euros.

Lundi 27 avril : 
- "Les toqués des Dentelles", au Pharamond - 24 rue de la Grande Truanderie, Paris 1er - Sur recommandation du VdmA.
- "Changer l'Aude en vin", "Jardins de la cité"- Dans la Cité de Carcassonne (Aude) - Sur recommandation du VdmA.

Les samedi 2 et dimanche 3 mai - "Dégustation à Cougis" (Yonne), 17 rue Jacques Ferrand 89800 Courgis (Yonne) - 3 euros.

mercredi 8 avril 2009

Rosé, cause perdue ?


Il y a en politique des batailles que l'on renonce à mener. Ce matin, sur itélé, Michel Barnier semblait ainsi avoir bien peu d'espoir de sauver le rosé "à la française".
"La France est trop isolée, concède le futur ex-ministre de l'Agriculture (il est tête de liste aux européennes, ndla). Mais la France a une voix, nous nous battrons jusqu'au bout..."
Voilà pour la version officielle. Hors antenne, cependant, le ministre-candidat se fait peu d'illusion et lâche cette confidence édifiante :
"A vrai dire, même les producteurs français sont divisés sur la question. La plupart de mes interlocuteurs me disent finalement que si les autres le font, il serait dommage de s'en priver..."
Dommage en effet de laisser filer un marché de rosé de table industriel, susceptible de permettre à la France d'écouler ses invendus de rouge et de blanc sans odeur ni saveur. Vive le "coupage", donc... Et tant pis si c'est de la piquette estivale. Le business a parfois ses raisons, que la passion ignore. 

Lire aussi "Au nom du rosé" et les derniers niouzes sur Le Monde.fr 

mardi 24 mars 2009

Le prix du plaisir ?


Faites une expérience: bandez vous les yeux. Devant vous, disposez cinq verres et demandez à un ami de les remplir et de vous les passez en indiquant à chaque fois le prix du vin qu'il contient. Puis dites, franchement, lequel vous avez préféré... 

Cette drôle de scène a été vécue à deux reprises à une année d'écart par les cobayes de scientifiques californiens soucieux de mesurer l'influence du prix sur le plaisir d'une dégustation. Les verres étaient remplis de vins à 5 euros, 10, puis 35, 45 et enfin 90 euros. L'activité cérébrale des vingt dégustateurs étaient suivie par IRM. Résultat? La seconde étude confirme la première: 
"la seule indication du prix affecte l'activité d'une région du cerveau qui semble enregistrer l'expérience du plaisir, conclut l'étude (ici en v.o la première étude datée de janvier 2008, ndla). Le cerveau donne instinctivement la préférence au vin présumé le plus cher".
Confirmation: pour notre cerveau moderne infiniment marketé, le plus cher, le plus chic, est forcément le meilleur. Le hic, comme le révèlent aussitôt les malicieux chercheurs, c'est que le verre à 10 euros et celui à 90 contenaient strictement le même vin. Moralité : mieux vaut déguster sans étiquette(s)... Une bonne carafe, de toute manière, ça ne fait jamais de mal à un bon vin.

Lire aussi: "Le juste prix". 

jeudi 15 janvier 2009

Le "Faucheur" se marre...


Fabrice Benoit rigole. Et ne boude pas son plaisir. Depuis son Domaine, au pied des Alpilles (ci-dessous), il avoue avoir trouvé "très marrant" le petit post du week-end dernier sur sa bouteille "100% anti-OGM". Les commentaires aussi, ajoute-t-il :
"Un peu à 2000, comme on dit chez nous. Surtout celui qui dit que je suis "bio-marketing". C'est pas parce que je suis solidaire des faucheurs que je suis le cousin de José Bové!".
Et il raconte l'histoire de cette drôle d'étiquette qui fait causer. Tout a commencé l'an dernier, pendant les vendanges, avec un mystérieux coup de fil:
"Le type a joué franc jeu, explique le patron du Domaine de Costebonne. Il m'a expliqué que tous les ans, les Bio-coop achètaient quelques dizaines de milliers de bouteilles qu'ils habillent en "Vin des Faucheurs". J'ai donc envoyé mes échantillons. 20.000 bouteilles, j'allais pas cracher dessus... D'autant que les Faucheurs d'OGM, je suis plutôt solidaire. L'anti-OGM, c'est comme le bio à la vigne: on ne sait pas si c'est un plus. Mais ça n'est pas un moins... Ca c'est sûr!"
Pas militant donc, mais sympathisant. Et un brin commerçant, comme il l'avoue volontier. Fidèle, en tout cas, à l'engagement pris sur ses trois Domaines depuis 1998 (avec l'agrément Ecocert, oui Monsieur...). 

Avant lui, un Touraine et un Côte du Roussillon, avaient déjà été habillés de la sorte. Bio-Coop affirme ne faire aucun bénéfice et explique que chaque bouteille achetée permet de verser un euro aux associations de défense des "Faucheurs volontaires". Une façon, aussi, pour les bio-clients de se donner bonne conscience...

Lire aussi à ce propos "To bio or not to be" et "Toxique Affaire".

vendredi 2 janvier 2009

Le Champ' contre-attack!


Si vous êtes surfer, vous n'y avez sans doute pas échappé. Facebook, Dailymotion... Le clip du Discobitch est partout. Même l'ami Olif a fini par y tremper les lèvres et reconnaît à cette créature perruquée une "bulle fine et vive"... La musique en tout cas fait fureur dans les discos (on dit encore comme ça?).




Alors Discobitch, késako? Une façon disons... branchée (?)... De sortir du lot. A l'origine deux DJ (Mash et Konrad) et la Maison Tarlant, "une passion vigneronne depuis 1687", comme dit le site. Le Domaine est désormais mené par le dynamique Benoit (Tarlant) et sa soeur Mélanie. Bloggers émérites et web-addicts en général, ces deux là sont convaincus qu'il y faut savoir se renouveler pour durer. Discobitch, c'était un tube. La "QV Discobitch", c'est un coup: le reveil au "marketing viral" de la belle Champenoise endormie sur son papier glacé. 

Pour le meilleur ou pour le pire...

mercredi 24 décembre 2008

Joyeux Noël chez Saint-Gobain


Il y a des coïncidences qui font mal. Le 27 novembre, Saint Gobain était condamné pour entente illicite avec quatre de ses "concurrents". Une amende record de 134 millions pour le verrier français. Moins de dix jours plus tard, les vignerons reçoivent cette douloureuse:
"Depuis quelques années, explique le patron de la branche conditionnement, nous sommes confrontés à une augmentation importante des coûts liés à notre industrie (sic). Dans le même temps Saint Gobain poursuit sa démarche d'investissement (...) au niveau du respect de l'environnement. Pour cette raison, nous vous informons d'une hausse du tarif de base".
Et voilà comment Saint Gobain, du haut de ses 3,4 milliards de chiffre d'affaire (26 milliards de bouteilles vendues chaque année dans le monde), justifie une nouvelle hausse de quelques centimes par bouteille. Modique, sans doute. Mais la calculette a vite fait de mesurer les dégâts sur une trésorerie déjà fragile.
"Depuis trois ans, on a pris près de 20% d'augmentation raconte Frédéric Palacios. Ce sont plusieurs centaines d'euros envolés sur un budget déjà lourd: le verre c'est le quart du prix d'une bouteille étiquetée, capsulée et emballée. Là où ils ont du toupet, tout de même, c'est de raconter qu'ils nous font payer leurs efforts pour le développement durable!"
Quand aux vignerons, ils sont coincés: deux fournisseurs possibles, des prix quasi-identiques. Et l'impossibilité d'aller trouver son bonheur ailleurs: ceux qui se sont essayés au verre espagnol en ont été pour leur frais: les bouteilles avaient, parait-il, un petit goût... 

Une bouteille pourtant, c'est toujours du sable, du calcaire et de la soude, non? 

Si, explique-t-on animation à l'appui sur le site de Saint Gobain. Mais l'argumentaire est implacable: l'an dernier c'était la hausse faramineuse du prix de l'énergie. Aujourd'hui le pétrole baisse (la "surcharge énergie" est donc ramenée "à titre exceptionnel" de 9 à 6,5%), c'est donc la vertueuse politique écologique du groupe qui provoque l'augmentation. Et demain, l'impact de l'Accord Européen sur les permis de polluer... La mise en oeuvre de "nouvelles techniques innovantes"? En matière de facturation, non plus, on n'arrête pas le progrès.

lundi 8 décembre 2008

Quand la "belle province" fait la difficile...


Longtemps l'exportation a été le ballon d'oxygène des vins natures. Face à un marché français boudeur, les vignerons avaient trouvé à l'étranger des bras accueillants. Des clients fidèles. Mais crise oblige, l'étau se resserre.
"Chaque année, les japonais à eux seuls nous prenaient au moins 3 palettes (1800 bouteilles, ndla), raconte un vigneron de Bourgogne. Il y a un an, notre nouvel importateur américain nous promettait monts et merveilles. Et puis la crise est arrivée... Et les réponses sont devenues évasives... Puis négatives. Là, franchement, on tire la langue".
Et lorsqu'ils ouvrent la porte, les importateurs "se couvrent". Ainsi Jean-Baptiste Senat vient-il de voir sa Nine échouer aux portes de la très officielle SAQ, la société d'Etat qui détient le monopole des vins vendus au Québec. Motif: pas assez de "notoriété produit".
"C'est le jeu, on le sait, mais là, c'est le pompon! explique le languedocien. Nous ne sommes pas refusés parce que le vin n'est pas bon (30,18/45). Ni parce qu'il est trop cher. Nous décrochons même le meilleur rapport qualité-prix du lot avec un score de 23,45/25... Non, nous sommes refusés à cause "d'une déficience presse du produit"." 
En clair: pour vendre un vin, il faut qu'il soit déjà star et couvert d'articles.Un concept très favorable aux Grands Crus et aux grosses cavaleries. Un peu moins aux indépendants. Mais alors ce n'est plus la bouteille qu'on juge... C'est l'attachée de presse?

Le résultat est là, en tout cas: pas assez de notoriété, pas d'importation SAQ. Pas d'import officiel, pas de vente en magasin. Donc aucune chance de faire découvrir ses vins. Donc pas de notoriété... La boucle est bouclée. Aux Amériques, on appelle ça un "catch 22"

A propos des marchés étrangers, lire aussi "Asian connection".
Et sur le vin au Quebec le blog de Matthieu Turbide


mercredi 3 décembre 2008

Trop "classique", Valette?


Surprise de Cécile et Philippe Valette lors d'un Salon des vins naturels, le week-end dernier à Caen. Une cliente, visiblement adepte, goûte les blancs du couple. "Ça c'est bon!", s'exclame-t-elle avant d'ajouter en confidence:
"Moi, j'adore les vins natures. Même si c'est pas toujours... Enfin vous voyez... D'habitude, j'aime pas les vins classiques comme les vôtres. Mais des comme ça, j'en boirais tous les jours!"
Être catalogués "classique", après des années de bagarre contre les pesticides et les sulfites, Cécile et Philippe n'en sont pas revenus. Car, inutile de le préciser, les vins des Valette sont bel et bien vinifiés de manière naturelle à partir de raisins plus bios que bios (voir "Philippe et les herbes folles").
"Visiblement, elle cherchait le défaut, explique Cécile. Comme si c'était une marque de fabrique... En fait, nos vins étaient trop droits pour l'idée qu'elle se fait des vins naturels!"
Drôle de raccourci tout de même qui rapproche en une phrase les militants du vin nature et leurs ennemis les plus farouches. Flou, approximatif = bio. Droit, précis = classique. Comme si les vins bios devaient se mériter et déranger (un peu) le palais. 

L'histoire me fait penser à une autre: il y a quelques semaines, de larges affiches en 4 par 3 vantaient sur les murs de France les vertus d'un café équitable en ces termes: "Ne m'achetez pas parce que je vous donne bonne conscience. Achetez-moi parce que je suis bon". Ce qui vaut pour le café, doit aussi valoir pour le vin, non?

jeudi 6 novembre 2008

Richaud, reçu!


Il n'en revient pas Marcel. Après des millésimes de bagarre avec la commission AOC et de grosses colères (dont quelques-unes ici) contre le "système" des agréments, il vient de voir son primeur accepté du premier coup par ces mêmes experts qui l'ont retoqué trois fois l'an dernier. 
"C'est quand même étonnant, rigole le vigneron de Cairanne. Moi qui me suis fait traiter de "cave à problème", moi dont certains vins ne sont, parait-il, pas assez "typiques" pour être acceptés en Côtes-du-Rhone... Me voilà adoubé pour un vin de copain!".
Et il ajoute avec malice... Et un brin de provoc:
"Du coup j'en viens à me demander s'il est vraiment bon mon nouveau primeur?!!"
Le primeur de la Maison Richaud sera donc cet année officiellement étiqueté "Côte du Rhone". Mais malin (et échaudé), Marcel avait de toute manière préparé ses arrières. Pour se prémunir d'un éventuel nouveau refus, l'étiquette (signée Michel Duport, à gauche) ne porte aucune mention de la fameuse appellation. Quand aux contre-étiquettes portant les mentions légales, on attendait le verdict de la Commission pour les imprimer. Chez les Richaud, on ne tenait pas à revivre le cauchemar de 2007, lorsque faute d'agrément, il avait fallu in extremis rappeler plusieurs camions en route pour le Japon... Et ré-étiqueter à la main plus de 5000 bouteilles! 

mercredi 29 octobre 2008

Asian Connection


Attention, cet homme pèse 1 million et demi de bouteilles. Yoshio Ito, littéralement "l'homme qui donne espoir", est à la tête d'Oeno Connexion. Son métier: agent d'artistes. Artistes en vin...
"Le vin, explique ce converti, c'est la joie, le partage, le bonheur. J'ai démarré avec le Bordeaux et puis j'ai rencontré Dard et Ribo, Pacalet et Lapierre. J'ai retrouvé dans ces vins que l'on dit "natures" la philosophie des arts martiaux. Il y a dans ces vins, le ki, le souffle, l'énergie invisible mais puissante que l'on tire du ciel et de la terre".
Aujourd'hui, l'ancien professeur de karaté compte dans son carnet d'adresse quelques-uns des vignerons les plus doués de l'hexagone. Senat, Gauby, Elian Da Ros, Lassaigne, Souhaut font partie de ses protégés.
"C'est un malin, témoigne Jean-Baptiste Senat. Très ouvert. Toujours prêt à aller goûter un nouveau vigneron. Quand un japonais arrive à la cave, il y a de l'attention, de l'intérêt. Mais c'est aussi un homme d'affaire."
15 ans après ses débuts, Yoshio Ito peut avoir le sourire... Il a fait de sa passion un business florissant. Au pays du saké, le vin reste bien sûr marginal. Mais sur les 60 millions de bouteilles tricolores importées chaque année, il est parvenu à faire une jolie place aux vins bio. Exploitant admirablement le goût des japonais pour la nature et leur intolérance au soufre (SO2), il cornaque ainsi une centaine de vignerons et emmène régulièrement son petit monde en tournée au Pays du Soleil Levant. Grand Hotel à Osaka et Tokyo. Kimono (photo de "Senatsan", à droite). Dégustation de koshu, le cépage local. Sushis et saké. Le grand jeu pour tout le monde et apparemment, ça marche...

Mais les places sont chères. Et la barre très haute, explique Frédéric Palacios, qui a vu débarquer cet été Monsieur Ito et l'un de ses clients importateur:
"Ils veulent tout voir et tout savoir: vignes, chai, vinification. Ils posent des questions extrêmement techniques sur les terroirs, les malos, si je "pige" ou non... Avec eux, j'avais l'impression de repasser mon BTS! Avant de signer, il faut remplir un questionnaire, faire analyser les vins pour vérifier le taux de soufre et le degré d'alcool. Je vends en Belgique, en Irlande et aux Pays-Bas. On ne m'avait jamais rien demandé de pareil."
Le jeu, apparemment, en vaut la chandelle. D'un claquement de doigts, les japonais sont repartis avec une palette de Degustez-moi 2005 (600 bouteilles).
"C'est vrai qu'ils accrochent au coup de coeur, raconte de son coté Dominique Andiran. Sur des goûts parfois très déroutants. Je me rappelle d'un coréen qui était tombé amoureux de mon Ruminant. Ils en voulait 600 tout de suite... J'ai eu un mal de chien à lui faire comprendre qu'il ne m'en restait même pas 100 en cave. Finalement il est reparti avec 96 quilles à 15 euros l'unité... Avant de me demander si je ne pouvais pas lui vendre aussi 20.000 bouteilles de blanc à un euro pièce!"
On l'a compris, le marché asiatique ce n'est pas l'Eldorado. Parfois, comme partout, les commandes vont et viennent au gré du Nikkei. Surtout en ce moment... Il y a une constante pourtant: c'est largement dans les petites appellations, celles qui souffrent le plus, que chassent ces rabatteurs hors pair. Pas de secret: s'ils s'intéressent à la Malepère, aux Coteaux du Marmandais ou aux Côtes de Gascogne, c'est qu'on y trouve des vins de terroir à des prix plus doux qu'ailleurs.

Sans doute fallait-il venir de l'autre bout du Monde pour accepter de se rendre à cette évidence.

mercredi 22 octobre 2008

Sous le manteau


C'est une invitation que l'on vous glisse comme ça, presque à la sauvette. Pour tomber dessus, il faut avoir l'oeil... Ou faire partie du "réseau". Ce jour-là, les cartons presque anodins étaient jetés en vrac sur le comptoir du Baratin, entre un journal déjà fatigué et le bon de livraison d'un grand nom du vin naturel. Il s'en est fallu de peu que je les rate...
"Amis Buvons", est-il écrit en lettres blanches sur fond noir.
On aurait dit un tract des années soixante-dix, ronéotypé, tracé à la hâte avec un gros feutre noir. De ceux que "Pinuche", le patron, avoue volontiers n'avoir jamais cessé d'aimer. Expo de peinture? Flyers décalé pour artiste underground? Rien de tout ça. Une invitation au voyage, en fait: l'occasion pour les parisiens de venir déguster Pffiferling, Roure ou le déjà fameux Roussillon primeur (si!) des "Foulards Rouges"... Bref: les copains de la Remise, en route pour Paris. 

Rendez-vous est fixé. Dimanche prochain, de 10 à 19 heures, 129 rue Parmentier, dans le 11ème arrondissement. Au "Chateaubriand", autre lieu de rendez-vous parisien de ces artistes vinicoles. "Mais chut, semble vous dire cette invitation furieusement décalée: "Ne le répétez pas...". 

Alors vous la pliez, bien sûr... Et vous la glissez très vite dans votre poche. Comme un secret. Une petite confidence entre amis. 



lundi 20 octobre 2008

Les japonais et la Mémé


C'est toujours un drôle de spectacle que de voir débarquer dans les vignes un groupe de japonais. Ils sont d'abord aussi silencieux que charmants. On les croirait sur la pointe des pieds. Et puis, ce qui ne gâche rien, il sont connaisseurs. Ce jour-là, à Gramenon, c'est un restaurateur de Nagasaki qui invite ses fournisseurs de saké. Le groupe s'apprête à boucler un tour de France des vins. Quatre jours montre en main, le Louvre et la Tour Eiffel compris.
"Ils ont réservé il y a quatre mois, raconte Michèle Aubéry. Ils viennent ici comme si on leur faisait une grâce. J'aime beaucoup ces gens. J'aime leur culture. Ils sont curieux, discrets, presque émerveillés d'être là."
Dans la foulée de Michèle, qui avance jupe au vent, le groupe s'est mis en route. Les japonais ont peu de temps. Chaque mot est aussitôt traduit, chaque information saluée par des hochements de tête graves et concentrés. Âge des vignes, cépage, bio-dynamie, le guide veut tout savoir... Et tout transmettre. 
- Et là, dit-il dans un français impeccable, de quelle vigne s'agit-il? 
- Ce sont les vignes de la Mémé, répond la vigneronne.
Stupeur du guide, qui traduit aussitôt avec une excitation visible. Lui qui parlait d'une voix douce a presque crié le nom de la cuvée vedette de Gramenon. Aussitôt, un incroyable frisson parcourt l'assemblée. 
"Mémésan... Mémé... Lâ Mémé..."
Et tout à coup, le groupe paisible se métamorphose. Ce ne sont plus de sages japonais en goguette mais une bande de fans en folie. On court, on se bouscule. Sur les chemins caillouteux de la Drome, une femme trop pressée en casse son talon. Dans un même geste, chacun a dégainé son appareil photo. Et mitraille à tout-va.

Il faut dire qu'au Japon, pour les amateurs, la Mémé est une institution. C'est que les japonais ont découvert très tôt ces vins natures. Ils ont la réputation de ne pas supporter le SO2, ce soufre qui leur collerait d'insupportables migraines et dont les adeptes des vins naturels ont précisément appris à limiter les doses, voir à se passer. Depuis, au Japon, le succès de ces "vins vivants" ne s'est jamais démenti.

Tout de même Michèle Aubery ne s'attendait pas à ça! Elle regarde la scène, bras croisé, partagée entre l'amusement et l'incrédulité.
"Ils sont tout de même étonnants, non? glisse-t-elle.
Le mot est faible. C'est tout simplement surréaliste. Les hommes sont à genoux dans les vignes, l'objectif collé aux grappes de grenaches. Cherchant le meilleur angle, la meilleure photo. Tandis que, depuis le bord du chemin, les femmes, elles, photographient leurs maris... Photographiant les vignes. Ce ne sont plus des plantes que l'on immortalise, c'est la Joconde... Le plafond de la Chapelle Sixtine... "La" Mémé.

Et puis la frénésie retombe, doucement. Et les japonais échangent des regards silencieux. Le guide se tourne alors vers la vigneronne.
"Excusez-moi, mais ils aimeraient vous prendre en photo avec eux, c'est possible?"
Michèle s'avance entre les ceps, persuadée qu'une dernière photo de groupe terminera cette incroyable séance de dévotion. Mais non. C'est chaque japonais qui veut maintenant se faire immortaliser à ses cotés. Seul puis en couple, puis en groupe. Au Japon, la vigneronne, est elle aussi une star...  

Du coup, le reste de la visite s'effectue au pas de charge. La cave taillée dans le rocher, les fûts, les cuves, le dynamiseur. Et enfin la dégustation, presque trop polie après l'émotion des vignes. Pour l'occasion Michèle a sorti une Mémé 97, un monument. Une merveille. Les japonais lui offriront en échange un tablier de saké et une bouteille de leur meilleur alcool de riz. 

Remerciements, sourires, salutations. Re-sourires... Tout ce petit monde s'enfourne ensuite dans les minibus. Et disparaît, comme il est venu.

jeudi 16 octobre 2008

Introuvables, mes amis?


A bien y réfléchir, il y a une phrase prononcée mardi sur France Inter qui mérite qu'on s'y arrête plus d'une minute. "Pourquoi les nouveaux vignerons doivent-ils se contenter de strapontins dans les média?", demandent en choeur Colombe Schneck et Nicolas Demorand.
"Ils sont difficiles à vendre à nos rédacteurs en chef, parce qu'ils n'ont plus rien à vendre eux-même, répond alors le critique Sébastien Lapaque. L'un des meilleurs Champagnes, "Substance" de Selosse, fait à peine 2000 bouteilles. Pareil, si je vous dis que le Tavel de Pfifferling est un vin génial... Vous allez arriver chez lui et il n'aura plus une bouteille à vendre. C'est l'inverse d'un livre ou un film qui est "reproductible". Le vin est forcément limité."
C'est peut-être vrai pour Sélosse. Mais faux pour Eric Pffiferling. Son vin est non seulement génial (sans doute le rosé du sud le plus original qu'il m'ait été donné de goûter), il est aussi disponible.
"Ma cave est pleine!" proteste le géant de Tavel.
Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux réputations... Ni aux journalistes parisiens (dont je suis). Vérification faite, à Trausse, chez les Senat, on "a des bouteilles dispos" mais on 
reconnaît être régulièrement "en rupture de stock". Chez d'autres, en revanche, la pénurie est presque revendiquée.
"Moi, j'ai la chance de ne pas courir après les commandes, raconte le champenois Bertrand Gautherot. Aujourd'hui, c'est vrai, je refuse des clients. Je ne veux pas grandir plus. Je veux garder une exploitation à ma main. A taille humaine...".
Alors, oui. Ces caves-là peuvent manquer de bouteilles. Mais cela ne veut pas dire qu'elles sont introuvables! C'est chez les cavistes militants que l'on trouvera du Pfifferling, du Gautherot, de l'Ostertag ou de l'Overnoy. Un peu partout en France et à des tarifs très abordables, puisqu'ils dépassent rarement de 10 à 15% le prix particulier au départ de la cave. 

Et puis rien ne dit que vous n'aurez pas, en arrivant au Domaine, la chance de tomber sur une cuvée tout juste mise en bouteille...
"Du vin, je vais en avoir d'ici deux ou trois mois, prévient Michèle Aubery, la patronne de Gramenon. Une cuvée qui n'avait pas fini ses "malos" et qui est enfin prête. Quand à ceux qui se plaignent que nos caves sont vides, je leur dis: "prenez votre sac à dos et vadrouillez un peu!". Il y en a du vin! Pas forcément du médiatique. Pas toujours dans les appellations tonitruantes. Mais après tout, faut se mouiller un peu, non?".
Avis aux routards... Même s'il ne faut rien exagérer de la hardiesse nécessaire aux vrais amateurs. Une courte série de coups de fil m'a suffit à mesurer combien sont rares et privilégiés ceux qui "n'ont rien à vendre", comme dit Lapaque.

Au hasard, il reste ainsi 400 Rouge Garance 2006 chez Cortellini (photo à droite). Et les 2007 arrivent... Andiran (Gascogne) a encore 2000 quilles de son délicieux Soyeux d'hiver, autant de Dégustez-moi ou de Partez pour le rêve chez Palacios (Malepère). Sachez aussi, parmi les plus connus, que Richaud (60% des ventes au Domaine) mais aussi Lapierre ou Foillard s'arrangent toujours pour garder quelques caisses de coté.
"Faut pas faire les seigneurs, commente le Jean de Morgon. Ni raconter d'histoires. Surtout avec la crise que traverse le métier. Il peut y avoir des ruptures, mais du vin on en a toujours...".
Et si ce jour-là, ils n'ont à vous offrir qu'une balade dans les vignes et quelques verres de leur cru, prenez tout de même. Conseil d'ami.

jeudi 4 septembre 2008

Qui connait Gary Vaynerchuk ?


Gary Vaynerchuk est un fou furieux. Un dingue de vin doublé d'un petit génie des affaires. Ce caviste iconoclaste, immigré aux Etats Unis à l'age de 3 ans, a crée en 2006 sa propre télé sur le net. C'est là, avec son air de copain de promo,
un mélange d'exaltation et d'anti-conformisme, qu'il a commencé a prêcher - à sa manière, inimitable - la cause de la dive bouteille. 

A l'heure où le patron de TF1 rêve de créer une émission de télé sur le vin (dans la RVF ce mois-ci), voilà un style qui pourrait trouver sa place. Qu'on en juge... 

L'idée de son blog, le "Wine Library tv" (littérallement: "Oenothèque télé"), est simple: pour faire aimer le vin, il faut le rendre accessible. Pas question donc de jouer les Parker cravatés, le coté vieux cuir bostonien ou les expressions codés. La dégustation n'est plus une affaire d'expert. Elle est, dit-il, "à la portée du premier venu".

Dans un décor qui évoque ces "Fraternités" masculines dont regorgent les campus US, Gary, assis derrière une table de coach, joue donc les initiateurs. Ici, on recrache dans un vieux casque de football, le Bourgogne du Domaine Bertagna sent "le cornichon russe" et "les baies sauvages", avec "pour vous dire la vérité une petite odeur d'engrais" (!). Le Pinot Californien est "punchy". Quand au Gigondas (prononcez "Dji gone dasseu", épisode 505), "il fait retentir le tonnerre". C'est tellement efficace que ça se passe de traduction. 

Démonstration...


Avec des bouteilles de Bourgogne et de vin Californien à 40 dollars pièce, il fallait oser!

Mais au fait, lui demande un soir Conan O'Brien la star du talk show nocturne de NBC, qu'est-ce qu'un
vin qui "fait retentir le tonnerre"?
"C'est simple, répond du tact au tact Gary. C'est un vin énorme, qui a le goût d'une bouteille à 30 "bucks" (dollars en argot, ndla), alors qu'elle n'en coûte que 7!"
Au pays de l'Oncle Sam, la franchise et surtout le toupet paient.

Résultat: le petit commerce en vin des Vaynerchuk ne s'est jamais aussi bien porté. De la "Liquor Store" paternelle du New Jersey, Gary a fait un réseau national qui engrange chaque année 45 millions de dollars de chiffre d'affaire. Consacré à la Une du Wall Street Journal, invité régulier des grands shows télévisés, le fils prodigue vient de publier son premier livre. A 32 ans, il propose désormais des séminaires, vend ses conseils business aux audacieux et organise même au printemps prochain une croisière de dégustation dans les Caraïbes naturellement baptisée "Thundercruise" (la croisière du Tonnerre).

Comme dit si bien Gary à la fin de sa chronique quotidienne:
"Nous allons changer le Monde du Vin... Que ça leur plaise ou non!"
Pendant quelques semaines - et plus si affinités - le VdmA hébergera donc Gary. Vous trouverez désormais ses cinq chroniques hebdomadaires en colonne de gauche. C'est rarement 100% bio, mais toujours 100% décapant.

lundi 25 août 2008

Mes vignes.com


On trouve tout sur internet. Et même, désormais... Des vignes! 

C'est la trouvaille de deux garçons dans le vent, amoureux de vins et de niches marketing. Le principe est simple: vous surfez sur leur site baptisé mesvignes.com. Vous choisissez le Domaine qui vous inspire... Par exemple cette jolie maison dans le Roussillon, baptisée Chateau Montana et par ailleurs spécialisée dans l'"oeno-tourisme"... Vous donnez votre numéro de carte et vous voilà "web vigneron" (sic):
"'Pendant un millésime, peut-on y lire, vous disposez d’une micro parcelle de 12 ou 24 pieds de vignes, composés de Carignan, de Grenache Noir et de Syrah, qui sont confiés (pas fous..., ndla) au soin du vigneron du domaine."
En fait vous ne disposez de rien du tout. Mais c'est le service qui fait la différence:
"Toute l'année, précise le site, vous pourrez suivre en direct l'élaboration de votre vin, assister à des journées "Découverte, Vendanges et Assemblage"... 
Et, last but not least, vous voir gratifier de 12 ou 24 bouteilles d'une cuvée spéciale "mesvignes" étiquetées à votre nom. Finauds, les créateurs précisent qu'on peut aussi "offrir" des vignes: "Un cadeau idéal pour un mariage, retraite, anniversaire, fête des pères"... On en passe et des meilleures.

Coût de l'opération, selon la formule: à partir de 195 euros les 12 pieds pour un Côte du Roussillon rouge, 265 pour un Sancerre, 305 pour un Bandol et 365 pour un Champagne. Évidemment pour 12 malheureuses bouteilles, ça peut sembler cher... Mais pour un petit bout de rêve devenu réalité par la magie d'internet, que ne ferait-on! 

Bien sûr, ce n'est pas autre chose qu'une sorte de vente en primeur habillée avec talent de quelques gadgets informatiques. Et on ne trouve sur le site aucune indication sur la philosophie du Domaine, le travail des terres, le recours ou non à la chimie, etc... Mais à l'heure où la viticulture française est sévèrement bousculée, tout semble devenu bon pour assurer un peu de trésorerie. 

Et au passage quelques commissions bien senties aux petits malins qui savent en profiter...  

jeudi 29 mai 2008

Le Juste Prix


Les lecteurs assidus du blog connaissent mon obsession pour le prix du vin. Le juste prix. Je me rassure ce soir en jetant un petit coup d'oeil au sondage qui ouvre la colonne de gauche: je ne suis pas le seul. A cette heure, 72% des visiteurs estiment à moins de 15 euros "le prix d'un bon vin". Avec la fourchette idéale entre 10 et 15 euros (55%).

Résumé: d'accord pour payer mais pas trop cher. 

Paradoxe: quelques-uns des vignerons cités ici - et pas des moindres - sortent nettement de ces clous là. Le Reynard d'un Thierry Allemand (Cornas), le Monsieur Noly d'un Philippe Valette (Pouilly), le Gewurtz tardif d'un Ostertag (Alsace), la D18 d'Olivier Pithon (Roussillon), flirtent allègrement avec la barre des 40 euros. Et que dire des Champagnes d'un Anselme Selosse... C'est un débat que l'on a déjà eu ici et et auquel mes amis ont trouvé la parade:
"C'est le travail qu'il faut voir, rétorque Maxime Magnon lorsqu'on lui parle du prix ces bouteilles réputées. C'est cher, mais c'est fabuleux. A Cornas, Thierry, c'est à la pioche qu'il attaque ses coteaux, avec des pentes de 45°! C'est le bagne! Et le Mr Noly de Valette, c'est juste une merveille."
Répétons donc, à l'unisson, que le soucis de ne pas céder aux sirènes de la chimie, la bio voire la bio-dynamie, le retour à des techniques plus saines, plus "manuelles", ont un prix. Ajoutons qu'il s'agit de petites exploitations, fragiles, moins facilement rentables. Que tout ça, donc, "se paie"

L'info, c'est que les amateurs l'ont compris. 

Personne ne réclament des vins à 2,85 euros ou des promos de supermarchés. Comme lorsqu'ils choisissent des jouets en bois, plutôt qu'en plastique (ou pas...), les consommateurs savent bien que la main de l'homme est passée plus souvent que la machine. Que chaque centime supplémentaire est un coup de pioche dans un sol dur et pentu, sous un soleil de plomb,
 un cep égrappé amoureusement et au bon moment (à gauche chez Richaud à Cairanne, mi-mai), un raisin vendangé à la main.

Mais attention aux dérapages et aux effets de mode... Le prix ne doit jamais rendre cet effort "éthique" trop amer. Et comme dit Eric Pfifferling, dans le langage volontiers militant qui est le sien:
"Moi je ne veut pas vendre mes vins plus cher que ce que j'aurai pu m'offrir à 21 ans. Je ne cherche pas à plaire à tout le monde. Mais mon but c'est clairement de séduire une minorité suffisamment puissante pour, petit à petit, faire changer les choses. Pour ça il faut être accessible."
Eric, dont les bouteilles sont sagement cantonnées au dessous de 12 euros, n'oublie pas que si le vins d'auteur a besoin de mécènes et de combattants, il a aussi besoin de clients. Qui seront demain autant de prescripteurs. Les ambassadeurs d'une autre manière de faire.

Un conseil, enfin, pour les consommateurs qui, comme le Figaro, doutent encore que ces vins d'auteurs "en vaillent le coût"... Il est donné par Jean-Robert Pitte, géographe et défenseur de tous les "terroir" (la RVF, mai 2008):
"Si les vins français ont la réputation d'être chers, trop chers (...), le commun des mortels n'est pas condamné pour autant à la médiocrité, explique l'ancien patron de la Sorbonne. Dans toutes les régions, il est possible de dénicher de talentueuses bouteilles à des prix doux. Il suffit de viser les appellations génériques chez les bons vignerons. Si le premier vin est bon, c'est que le reste est exceptionnel."
Génériques, "petites" appellations, premiers vins... Chez Valette tentez donc le Macon-Villages (10 euros), inimitable. Chez Ostertag, régalez-vous du Sylvaner vieilles vignes (10 euros), d'une fraîcheur inouïe. Et ainsi de suite... Chez Senat on goûtera une "Arpettes" (9 euros), une "Poignée de raisin" chez Michèle Aubery-Laurent du Domaine Gramenon (10 euros, sur la photo à gauche), un "Little Garance" chez Cortellini (5 euros) ou encore "Terre d'Aigues", le premier Côte du Rhone de chez Richaud (5,50 euros)...

Après si le coeur (ou le portefeuille) vous en dit, vous pourrez toujours pousser le bouchon... Un peu plus loin.


dimanche 11 mai 2008

Un manga, sinon rien...


Adieu Parker, Dussert-Gerber, Bettane&Dessauve... Adieu Guide Hachette, RVF et LPV... Qu'on se le dise, ce qui fait vendre le vin: c'est la BD! Plus précisément le mangavino, l'une des dernières trouvailles de l'empire du Soleil Levant pour initier des millions de japonais aux charmes discrets de l'oenologie. 

Terminés donc les "guides des vins de France", après "Sommelier", qui avait fait un tabac il y a dix ans, voici les "Gouttes de Dieu", signées Tadashi Agi et Shu Okimoto. Quinze épisodes parus et près de deux millions d'exemplaires déjà vendus au Japon (le premier vient de sortir en France).

Sur l'Archipel, l' engouement est tel que l'on voit de plus en plus de nippons venir déguster avec leur manga sous le bras, recherchant en cave les vins préférés de leurs héros. Et quels vins! Au cours du premier tome de la bagarre des deux jumeaux pour conquérir l'héritage de leur père oenologue (c'est le "pitch", comme on dit), on goûte un Richebourg de la Romanée Conti 90, Un Vosne-Romanée les Jachées 2000 du Maître Bizot (désormais l'un des must japonais), et l'on compare les vertus des Pommard Rugiens-Bas 99 et 2000, avant d'ouvrir, selon le rituel, un Mouton-Rotschild 82. 

Les auteurs, malins, profitent même de leur succès pour initier les japonais aux fondamentaux du vin: millésimes, appellations, décantation, tout y passe. Jusqu'à des notes de dégustation... Sans concession. 

Il faut dire que le Manga fait vendre. 

Son apparition dans le troisième épisode a valu aux bordelais du Chateau Mont-Pérat 2001 (Côtes de Blaye) une rupture de stock permanente chez les cavistes japonais. A Taïwan, raconte Le Point et Business Week, les ventes du Colli di Conegliano Rosso, Contrada di Concenigo ont augmenté de 30% après que le héros de la série en ait dégusté un verre. L'importateur Mercian, leader du vin au Japon, a augmenté ses ventes de Beaujolais Nouveau de 18% grâce à des étiquettes inspirées des "Gouttes de Dieu", tandis qu'en Corée, la publication des aventures de Shizuku faisait exploser les ventes de Bourgogne. 

Bigre! On attend avec impatience un Mangavino sur les vins d'auteurs...