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lundi 30 mars 2015

Complètement Chaintré

Il y a des vins arrogants. Des nectars qui vous écrasent de leur réputation - et de leur prix... - sans jamais vous surprendre. C'est particulièrement vrai en Bourgogne, pays où l'appellation n'est pas toujours raison et où le sublime côtoie le standard, voire le médiocre. 
Et puis il y a les modestes. Ceux qui ne la ramènent pas, mais qui, au verre, ne vous déçoivent jamais.

Prenez un Valette, par exemple, et allez vous promener du côté de ses petites appellations. Ouvrez son mâcon-chaintré, sans façon. C'est un blanc rond et aromatique qui vous enchante aussitôt le palais. Le chardonnay y chante son bonheur d'avoir été cajolé, mûri à souhait et attendu en cave, sans jamais céder à l'urgence de vendre. Un vin de patience, aussi séducteur que son vigneron est discret.

Le plus merveilleux, c'est que les vins de Philippe, parce qu'ils ont pris le temps de venir, savent aussi se faire oublier. Hier, j'ai retrouvé dans ma cave un 2004. Une décennie après, c'est encore un vin de danseuse, d'une fraîcheur étonnante et d'un fruit craquant. Sans prétention, vous dit-on, mais avec un charme fou.

Domaine Valette
Les Buissonnats
71 570 Chaintré
Tél. : 03 85 85 36 59
Macon-chaintré 2011 : 16,50 euros

mercredi 11 mars 2015

A moi Sainte Baume!

C'est un rouge souple. Pas du genre qui emporte la bouche ou vous oblige à mâcher. Du style qui coule de source. Un vin reposant et pourtant plein de fruits et des beaux : du carignan pur de la Sainte-Baume, Monsieur. Des raisins bien élevés - pas trop dociles tout de même - et d'une fraîcheur à se damner : la rançon d'un combat acharné mené à quatre cents mètres d'altitude contre une invasion de chênes sauvages, de genêts et d'arbousiers. Ça valait le jus, comme on dit. Ce rouge-là est un provençal, fier comme un type qui revient de loin et s'est fait tout seul. Et pourtant, il chante au palais comme les cigales.

C'est encore plus marrant quand on connaît l'histoire de son vigneron : un universitaire broyé par les contradictions de la politique et recraché un jour, comme Jonas, sur les rivages de la méditerranée, un vague brevet agricole en poche. C'est drôle, la vie. Le gaillard est aussi complexe que son vin est simple, net et limpide. Plus il sue sang et eau, plus c'est dur, plus le nectar est facile, charmant et tendre.

Le nom de cette bouteille fameuse ? L'Antidote. Et de médicament, c'en est un... Contre ces vins prétentieux que l'on vous vend parfois, ici, à prix d'or, contre le virus du "tous pareils" et aussi la tentation de jeter l'éponge. C'est fou, le courage qu'on peut trouver au fond d'un verre !

Domaine des Terres promises
Jean-Christophe Comor
Fioussac, Chemin de la persévérance
83 136 La Roquebrussanne
Tél. : 06 81 93 64 11
L'Antidote 2013, IGP Sainte-Baume, 10 euros

mercredi 25 février 2015

Vieilles grenaches et figues fraîches

Les vignerons ont beau dire, ce sont des artistes. Ils sont seuls à la vigne comme en cave, comme des peintres face à leurs tableaux. Quand ça râle, quand ça cale, ils ne se plaignent pas. Ils serrent les dents. Au contraire, une fois l'oeuvre accomplie et le jus sous verre, les voilà joyeux et partageurs. Ils sillonnent la ville en meute, bouteilles sous le bras. Matthieu Dumarcher et ses copains de la Nouvelle Lune sont de cette race-là : inquiets mais discrets, aussi précis que généreux.

Au moment de passer à table, tout commence par un vin rouge 2013 qui vous met illico le palais à l'heure du Rhône. Du fruit, du fruit, encore du fruit, grenaches et carignans, souples et croquants. Les petites années, c'est bien connu, font les grands vignerons. À côté, sage encore, une vieilles vignes 2012 prend l'air en attendant son heure. Pendant que vous vous régalez, les amis préparent joyeusement leurs prochaines dégustations* : après s'être installés au coeur d'une collection d'art contemporain d'Avignon, ils ont demandé cette fois à un contrebassiste d'"interpréter" leurs vins... Il n'y a pas de mal à varier les plaisirs.

Question plaisir, justement les "vieilles vignes" ont de qui tenir. Les voilà lâchées sur une côte de boeuf rouge à souhait. Les raisins mûrs de la Drome ont trouvé là un adversaire à leur taille. C'est explosif, avec de petits goûts d'anis, un brin de lavande et un parfum de figues fraîches : de ces figues-fleurs que l'on ramasse à la mi-juillet et que l'on dévore sous l'arbre, en laissant le jus vous coller les doigts.

À ce stade, on ne déguste plus, on dévore. Enfin, lorsqu'il ne reste que l'os et que la bouteille a jeté tout son jus, on relève le nez, rassasié. C'est alors que Pascal Chalon pose sur la table sa Petite Ourse 2012. Un petit chef-d'oeuvre à boire sans prise de tête. Et l'on se dit que c'est une soirée qui promet...


* Les 17 vignerons de la Nouvelle Lune font goûter leurs vins en musique le 4 mars au théâtre Golovine d'Avignon, avec le contrebassiste Claude Tchamitchian.

Domaine Matthieu Dumarcher
518 chemin des Chênes
26790 La Baume de Transit
Tél. : 06 09 86 73 22
Vin rouge 2013 et Vieilles vignes 2012, 13,50 euros à la cave

Domaine de la Grande Ourse
Pascal Chalon
1 chemin de Cherfize
26790 Tulette
Tél. : 06 75 64 56 12
La Petite Ourse, 10 euros à la cave

samedi 31 janvier 2015

Pas de Lézard!

Oui, c'est trouble. Et rosé. Non, ça ne ressemble à rien d'autre. C'est souple et fruité. Et formidablement aromatique. Ça croque, ça coule, ça réjouit les papilles : c'est du bonheur en bouteille. Eric, son vigneron est un géant, au sens littéral du terme. Souvent chaleureux, pas toujours commode. Un vrai, quoi, comme on les aime : suffisamment pudique pour ne pas se donner à tout le monde... et généreux comme dix.

Drôle, sa vocation est née dans un garage que tenait son père. Un essaim d'abeilles a déboulé sous une poutre du toit. Une vie changée. De mécano, le paternel devient apiculteur. Et le fils, vigneron... sans jamais perdre de vue le miel - on y vient. Miel en ruche, miel en bouteille. Étrange, dans son rosé, on trouve tout ce qu'on aime du Sud : les grenaches mûrs et gourmands, la souplesse du cinsault, un peu de mourvèdre pour épicer le tout, une goutte de carignan, un soupçon de clairette. Beaucoup de passion, aussi. Et de patience. Tout ça sur le fil du rasoir. Souvent. Mais toujours du bon côté.

J'ai dit Tavel, miel, gourmand. J'ajoute un lézard : l'anglore cher à Frédéric Mistral et à Pfifferling, sinueux comme le Rhône. Je glisse encore que certains prétendent qu'il s'agit du "meilleur rosé du monde". A vous de juger!


Domaine de l'Anglore
Éric Pfifferling
81 route du Vignoble - 30 126 Tavel
Tél. : 04 66 33 08 46
Tavel rosé 2013, autour de 16 euros

Sur le géant de tavel, on peut lire aussi: "Heureux qui comme Eric..."

Copyright @apresleffort pour le Point.fr et le VindemesAmis.

vendredi 16 janvier 2015

Un Bianco Gentile, sinon rien...

Il y a des jours où la mer me manque. L'air iodé, le vent qui soulève le sable, le bleu-gris à perte de vue font du bien à mes neurones assiégés. Ma mer, c'est la Méditerranée. Alors, lorsque l'envie devient trop forte, j'ouvre un Bianco Gentile de chez Arena. BG pour les initiés... 

Le vieux cépage corse, fils rebelle de Patrimonio, est un habitué de ma cave. Et aussi de mes longues semaines d'hiver.  Allez-y ! Ouvrez la longue bouteille frappée de la tête de Maure. Mais ne vous précipitez pas ! D'abord, laissez-le respirer. La Corse est méfiante, elle ne se livre jamais au premier regard. Une fois le vin habitué au verre, vous sentirez monter sa discrète odeur de maquis et ces agrumes joliment mûris au soleil de Saint-Florent. Orange, cédrat, ça se bouscule pour flatter l'odorat. Portez alors aux lèvres et vous découvrirez la richesse, la belle intensité, mais aussi la souplesse d'un grand blanc du Sud. 
Et maintenant, à vous de jouer : quelques oursins glanés au marché et que l'on dévore à la cuillère - hors de prix, je sais... hélas ! - , la complicité d'un loup grillé et de sa chair tendre, une poêlée de supions... Tout est bon. Volubile mais pas bégueule, ce Bianco Gentile n'est pas des vins qui écrasent. Il est de ceux qui subliment. C'est aussi un marin qui aime vous raconter les histoires du pays d'où il vient. Écoutez-le, laissez-vous aller. Et bon voyage.


Domaine Antoine Arena - Morta Majo, 20253 Patrimonio - Tél. : 04 95 37 08 27 - Bianco Gentile 2013, 19 euros au domaine.

PS: Antoine et Marie Arena seront de la fête les dimanche et lundi 25 et 26 janvier pour la dégustation du "Vin de mes Amis" à Verchant.
Retrouvez les coups de coeur de Laurent Bazin sur lePoint.fr et sur Twitter @apresleffort. 

vendredi 19 décembre 2014

Foi de Riesling!


"Et avec le foie gras, on sert quoi ?
- Un vin blanc sucré, ça va de soi!"

Et vous voilà courant les cavistes ou écumant la cave à la recherche d'un sauternes ou du bon vieux monbazillac. Pourquoi ? Parce que "ça va de soi". Oui. Mais non. D'abord parce que le sucre, ça éteint les papilles ; à éviter en début de repas. Et puis parce que ce qui est chouette avec les saveurs, c'est que - justement - rien ne va de soi. Qu'il est bon d'être bousculé dans ses certitudes ! Oh, il y a bien sûr ce qui ne "va pas". Pas du tout. Mais pour le reste, il faut savoir se laisser surprendre.

Ma dernière surprise en date a été alsacienne : un riesling "Bruderbach - Clos des Frères" 2011. Il y a toute la dextérité et la finesse d'Étienne Loew dans ce vin bien élevé, floral et aromatique sans être entêtant. C'est tendre et pourtant il n'y a pas un gramme de sucre dans cette bouteille. Mieux, c'est d'une fraîcheur étonnante, discrètement mentholée et légèrement poivrée. Avec une pointe d'eucalyptus et un zeste d'orange. Sur un foie gras, c'est littéralement... dépaysant.

Ce vin, c'est mon ami Frédéric Palacios qui me l'a soufflé. Fred est vigneron dans l'Aude, et un bon. C'est un type passionné qui aime découvrir d'autres horizons. Le jour où il a ouvert ce "Clos des Frères", sa mère venait de lui déposer un foie magnifique, rosé, à laisser fondre sur la langue. L'accord des deux a été un petit miracle. D'un coup de tire-bouchon, le bougre venait de réaliser l'improbable fusion de l'Alsace et du Sud-Ouest. Et là, il n'y a eu personne pour protester.

Domaine Loew
28 rue Birris, 67 310 Westhoffen
Tél. : 03 88 50 59 19
Sylvaner Westhoffen : 6,50 euros
Riesling "Clos des Frères" : 11,20 euros. 

Copyright levindemesamis avec LePoint.fr. Retrouvez les chroniques @aprèsleffort sur twitter. 

vendredi 12 décembre 2014

Un Savagnin de Rêve...


J'ai un faible pour le savagnin. Et un gros faible pour les Clairet. L'un, parce que c'est un cépage blanc d'une grande finesse, un cousin du gewurztraminer qui a trouvé en Arbois le terroir de ses rêves. Les autres, parce qu'il ont su en tirer le meilleur avec un précieux mélange de générosité, de talent et modestie.

L'autre soir, ils étaient de sortie et le savagnin dans tous ses états. En "Fleur" pour commencer, à cueillir sans attendre pour son nez de pêche de vigne et de fleurs blanches. C'est aromatique, sans être dragueur, élégant avec une belle longueur en bouche et la fraîcheur qui fait qu'on y revient. Il paraît que les sols d'Arbois donnent au blanc la force de traverser les années... Je n'ai jamais eu la force d'attendre pour en juger.

Puis débarque le "Savagnin de voile" 2009, petit frère du fameux "Vin jaune" : trois ans de barrique et déjà les notes grillées chatouillent le palais, les épices stimulent les papilles. On approche... Enfin, avec le Comté, surgit la bouteille gironde et trapue. La botte secrète. Le flacon qui se mérite. Pour ce vin jaune, le savagnin a attendu sept ans sous son voile de levures naturelles. Ça coule épais, tout en noix et en curry. C'est sec et gracieux. Déroutant et pourtant prêt à conquérir son monde.

Ça ne fera pas un pli. Il y a des gens (et des bouteilles) qui ne vous déçoivent jamais.


Domaine de la Tournelle - Pascal et Evelyne Clairet
5, Petite Place, 39600 Arbois
Tél. : 03 84 66 25 76
"Fleur de savagnin" 2012 : 16 euros
"Savagnin de voile" 2011 (au printemps 2015) 18 euros
Vin jaune (62 cl) : 40 euros

Copyright leVindemesAmis avec Le Point. Retrouvez @apresleffort tous les vendredis sur Le Point.fr!

vendredi 5 décembre 2014

La Loire est dure... Mais c'est la Loire!



Un jour, un ami vigneron m'a dit en posant sur la table une bouteille de cabernet-franc : " Goûte-moi ça, tu vas voir : la Loire est dure... mais c'est la Loire !" C'est une plaisanterie rituelle chez ceux qui relèvent tous les ans le défi dans ce pays humide et injustement méprisé, à mi-chemin entre la Bourgogne et Bordeaux. Oui, la Loire est dure, mais elle peut aussi couler droit. Mieux : elle sait se faire gracieuse, enjouée et gourmande.
Les Terres chaudes de Thierry Germain sont devenues en quelques années un classique du genre. Saumur-Champigny 2007, dit l'étiquette de celle que je ramène de la cave. Oups... L'appellation n'a pas la réputation de savoir passer le temps ! Voilà pourtant que coule un rouge parfait, équilibré, très cabernet, mais pas végétal pour deux sous (je le précise parce que c'est le grand reproche qu'on fait à ce cépage : son nez de poivron vert). Dans ce nectar rubis et charnu, il n'y a que le plaisir d'un raisin mûr et généreux, vieilles vignes charmantes couvées par le tuffeau et arrondies par le temps.
Il faut être juste : ça n'est pas une surprise. Fréquenter les Terres chaudes, c'est à chaque fois un bonheur. Jeunes, elles explosent d'un fruit chatoyant et vif, épicé, coloré, mais sans artifice. Très nature. Patinées par les années, elles se font gracieuses comme une valse dans l'un des châteaux qui bordent le fleuve. Inoxydables. Pas de doute, se dit-on en finissant sans mal cette jolie bouteille, pour peu qu'on la respecte et qu'elle soit bien accompagnée, la Loire sait y faire.

Domaine des Roches neuves
56 boulevard Saint-Vincent, 49400 Varrains
Tél. : 02 41 52 94 02. Saumur-Champigny "Domaine" 2013 : 12 euros, Saumur-Champigny "Terres chaudes" 2013 : 19 euros.
Copyright Le VindemesAmis avec LePoint.fr. 

vendredi 3 octobre 2014

Au bois des Merveilles



Être l'invité d'un vigneron juste après les vendanges, c'est d'abord se frayer un chemin dans une cave encombrée de tuyaux et d'échelles, s'emplir les narines de l'odeur entêtante des raisins juste pressés, tendre l'oreille pour écouter le jus fermenter, à petit bouillon, dans les cuves... Et enfin tendre le verre lorsque s'écoule du robinet le liquide épais et sucré qu'est un vin en devenir. 

Être l'invité d'un vigneron, c'est suivre le magicien de l'autre côté du miroir et l'écouter envisager le futur au conditionnel. Avec appréhension. Car ici rien n'est acquis, tout tourne vite, c'est si fragile... 
Bien malin qui pourrait lire l'avenir dans un jus de huit jours ! 

Et puis, après avoir tout goûté consciencieusement, on passe à table, la bouche pleine de sucs, et on ouvre quelques-unes de ces bouteilles qui ont survécu à l'épreuve de la cave. Les cuvées défilent, fraîches et fruitées, de plus en plus amples, d'Arbalètes et de la Nine 2013 au "Bois" 2012, avec sa robe rouge et sombre. Ah, ce Bois, quelle merveille ! Tout est là, à s'en pourlécher les babines : l'étoffe fruitée des carignans qui dominent le bal, la rondeur du grenache et cette pointe de poivre, cette note d'épice, qui signe le mourvèdre. On sent bien que le vin a respiré en barrique, qu'il s'est nourri de son passage en muids, et pourtant impossible d'y trouver la marque du bois. En revanche, de la profondeur, oui. Et la complexité d'un grand du Languedoc. Mais avec la légèreté et la souplesse d'une ballerine. 

Alors, on s'émerveille de la maîtrise du vigneron. Du chemin parcouru depuis ses premiers coups de sécateur dans le Minervois. On s'étonne qu'un type, né à Paris, au coin du boulevard Saint-Germain, puisse avoir tracé un tel sillon. On lui trouve soudain fière allure avec sa toute nouvelle barbe à la Jaurès... Et, pour tout dire, puisque le vin l'emporte: on est fier de l'avoir pour ami.

Domaine Charlotte et Jean-Baptiste Sénat - 12 rue de l'Argent-Double, 11 160 Trausse-Minervois - Tél. : 04 68 78 38 17 / Arbalètes&Coquelicots: 9 euros, La Nine: 12 euros, Le Bois des merveilles: 20 euros.

vendredi 26 septembre 2014

Le droit Chenin

Dehors, il fait encore beau. Pourtant, dans les assiettes, l'automne règne déjà en maître : sans attendre la pluie, les quenelles de brochet et le boudin noir ont fait leur grand retour en cuisine. La tomate se fait rare et la patate en paillasson, omniprésente.

À Paris, on est tellement habitué à basculer vers l'hiver et la grisaille dès la mi-septembre que chaque jour sans pluie semble un jour de répit. 

À la carte, seul le vin, finalement, garde le parfum de l'été. Et au Petit Sommelier, en vin on s'y connaît. OEil malicieux et sourire gourmand, le fils du patron peut vous parler des heures de ses dernières trouvailles : ce côte-du-rhône blanc " frais comme un bourgogne", ce Nuits-Saint-Georges "phénoménal mais qu'il faudra attendre" ou encore ce Chenin "dont vous me direz des nouvelles". 

Un chenin ? Vendu ! 

Et le voilà au verre, cet Anjou 2011, jeune et plein de fougue. Il est affûté comme une lame, sec et explosif. Tranchant, c'est le mot (entre amateurs, on a souvent tendance à se payer de mots). La joyeuse tonicité de blanc-là emporte tout sur son passage... Sauf la bouche, bien entendu, qui n'y trouve que le bel équilibre de ces chenins bien en chair. 

Aussitôt dans la veine de Rabelais, qui raffolait de ces "beaulx raisins chenins"*, on tire son chapeau au jeune vigneron qui a su le mener si bien : "À peine trente ans, vraiment ?" À peine, assure le sommelier, avec déjà sous les talons la terre du Médoc et de Bourgogne, où il a appris le métier avant de s'installer à Savenières. Son nom ? Thibaud Boudignon. Retenez-le bien ! Ce garçon est assurément sur le bon chemin.

* in Gargantua


Thibaud Boudignon - 49 170 Savennières - Tél. : 06 63 41 65 87
Anjou blanc 2011 : 18 euros. Anjou blanc "à François(e)" 2011 : 25 euros

vendredi 5 septembre 2014

A table, les arpettes*!

Puisqu’en politique, les déclarations d’amour sont d’actualité, je vous le dis tout net : j’aime les repas de vendanges. C’est joyeux et bruyant comme une troisième mi-temps. Ça part dans tous les sens, ça blague à tout va. On s’en donne à cœur joie et pas que du gracieux. C’est un moment de relâchement après une longue journée passée à séparer le bon grain de l’ivraie. Un moment de partage aussi. Celui où l’on soigne les muscles endoloris et les esprits inquiets à grand renfort de plat roboratif et de vins de copain.

A Cairanne, comme chaque année, Marcel Richaud va dresser de longues tables sur ses éternels tréteaux branlants. Une nappe en papier au mètre, de vieux verres, des assiettes dépareillées et tout le monde se serrera là, patron et arpettes, salariés et saisonniers, rameutés par les odeurs de daube provençale. Sur la table, la gouleyante Terre d’Aigles et l’épicée Terre de Galets couleront à flotVins de circonstance. On n’est pas là pour déguster de vieux millésimes avec des airs inspirés mais pour croquer du fruit. Et du fruit, y en a: du beau, du mûr, comme les raisins qu’on vient de passer la journée à couper, porter, trier et dont le jus coule encore dans les presses.

De l’alcool, aussi direz-vous ! Pas tant que ça, en fait… 13,5° sur ces 2013. La pluie y est pour quelque chose, mais aussi le renfort des cinsaults au milieu des grenaches et du Carignan. Résultat: des arôme de cerise et d’olive noire, mais aussi une belle souplesse. C’est du gourmand. Du croquant. Et du frais. la daube en sait quelque chose, elle a eu droit à une rasade. Mais ceux qui veulent cantonner ces jus de soleil au fond de sauce, font une erreur monumentale. Qu’on se le dise : chez Richaud, tout se boit, même les petites cuvées. C’est à ça qu’on reconnaît les Grands Vignerons.

*Arpettes : les apprentis, littéralement « les petites mains ».


Domaine Richaud – Route de Rasteau, 84290 Cairanne. Tél. : 04 90 30 85 25. 10. – Terre d’Aigle, 8 euros et Terre de Galet 9,50 euros à la cave.

Copyright @apresleffort et leVindemesAmis avec Le Point.

vendredi 29 août 2014

Premier de cordée

En rentrant d'une belle virée dans le Languedoc, j'ai retrouvé hier dans ma cave une bouteille de Gilles Berlioz. La quille de chignin-bergeron m'attendait, couchée, paisible, entre deux côtes-du-rhône tonitruants. C'est pourtant elle que j'ai choisie pour fêter la rentrée : elle et son vin blond comme les blés. Je ne courrais pas grand risque : "Les Filles" 2011, c'est une des valeurs sûres du petit domaine savoyard.

Déboucher une bouteille de Berlioz, c'est comme entamer une balade en Montagne : on se sent tout de suite mieux, régénéré, on respire... L'air des sommets sans doute. C'est vif, c'est frais et c'est précis. Dans cette gourmandise 100 % roussanne rien ne manque : ni les fameuses fleurs blanches qui font se damner les spécialistes ni la légère pointe de vanille qui signale à l'amateur un passage en barrique. C'est rond, c'est bon. Beau comme un lever de soleil sur le mont Blanc. 

Le savoyard est un virtuose, c'est aussi un courageux et ça ne gâche rien. Parce qu'il en faut des bras pour aller travailler ces quatre hectares de Chignin à la main, au bas des combes, sur des pentes parfois spectaculaires. Parce qu'il lui en a fallu pour faire d'un paysagiste (son métier d'avant), un vigneron au cordeau. Pour prendre le risque de passer, seul, en biodynamie. Et parce qu'il en fallait, des tripes, pour décider un beau jour de cultiver moins de vignes, faire moins de bouteilles et encore meilleures au risque de dévisser. 
Oui, ce Berlioz-là, c'est vraiment un premier de cordée. 

Christine et Gilles BERLIOZ

Le Viviers
73800 CHIGNIN
Tél. : 04 27 10 83 73
Cuvée "Les Filles" (75cl), à partir de 20 euros chez les bons cavistes. 


vendredi 22 août 2014

Rococo et vieil Grenache

Fin août, les vacances tirent à leur fin. La voiture sent encore le sable et la vigne. À Toulouse, la place du Capitole, elle, exhale ses odeurs de bitume et de pierres chaudes. Les terrasses s'allongent, les verres tintent. Avant de tourner la page de l'été, c'est l'heure de sacrifier aux classiques : direction Le Bibent, la brasserie fin XIXe de l'ami Christian Constant. Bibent, "bien boire", c'est assez indiqué, non ?


À l'intérieur, c'est baroque en diable. Rococo tendance Napoléon III. Parisien, sans l'arrogance. Les serveurs glissent avec un sourire gourmand leurs conseils du jour et, du côté des vins, on fait vite son bonheur d'une Rectorie rouge "côté mer" 2013 en se disant que ses fruits noirs feront merveille sur l'agneau de lait qu'on a repéré à la carte. La Rectorie, c'est le monument de l'appellation Collioure, une "vieille dame " de Banyuls relancée dans les années 1980 par les frères Parcé. Un rien bourgeoise, mais ça colle à l'ambiance. Du classique, on vous dit ! Et puis c'est une façon de retrouver la ville sans quitter la côte... 

À l'arrivée, l'épaule d'agneau confite dans ses petits légumes est sublime et le vin rouge, sombre, élégant, tout en grenaches avec une pointe de syrah et de carignan. De l'élevage en foudre (1), il ne reste que la bonne éducation. On ne mange pas du bois, on boit du fruit. Nuance. D'ici, on imagine les vignes sur la montagne qui descend vers la Méditerranée depuis Banyuls. En bas, Collioure étend son petit port et ses rochers. Au-dessus des Pyrénées, des nuages sombres se sont accumulés, comme souvent, pour assister au spectacle : les vendanges ne vont pas tarder à commencer. Ce sont traditionnellement les premières de France
Par chance, il reste quelques gouttes de grenache quand arrive la mousse au chocolat "façon Roselyne", un incontournable de la maison. Grenache et chocolat, c'est un mariage de rêve. Un pur régal. De quoi affronter la rentrée avec sérénité.
(1) Foudres : immenses tonneaux de bois pouvant accueillir le contenu de plusieurs barriques.
Rectorie rouge 2013 "Côté Mer"
Domaine de la Rectorie
65 avenue du Puig-del-Mas
66 650 Banyuls-sur-Mer
Tél. : 04 68 88 13 45
La bouteille, 14 euros sur place.
Café Bibent
5 place du Capitole
31 000 Toulouse
Tél. : 05 34 30 18 37
Copyright @apresleffort et leVindemesAmis, avec Le Point.fr

vendredi 15 août 2014

Du zen dans l'art de la bulle



Il a fait chaud. Trop chaud. Dans mon Aude d'adoption, c'est jour de "marin", ce bougre de vent d'est qui apporte de la Méditerranée son humidité poisseuse. Ça agace, ça pègue, il paraît même que ça peut rendre fou. Les jours de marin, on roumègue* plus que d'ordinaire et on s'empoigne pour un rien. Pour faire retomber la pression, il faut donc jouer subtilement : allonger la sieste, raccourcir les repas et, côté verre, éviter à tout prix la surchauffe. Surtout pas de provocation. 

"C'est jour de grenadine", comme dit l'ami Pinuche, le taulier du Baratin, lorsqu'il reçoit sa cargaison de vin d'Arbois. En fait de Grenadine, après une après-midi étouffante, c'est un Cerdon de Bugey, qui s'est chargé de réconcilier tout le monde. Il me restait en cave deux exilées, des rescapées d'une cargaison made in Bottex... C'est peu dire qu'elles sont bien tombées. 

D'abord, parce que le Cerdon, c'est léger et qu'on en avait besoin ! Mais surtout parce que c'est gracieux: sa bulle fine et sucrée, ses arômes de fruits rouges, ses reflets rosés, ont apaisé les esprits. Ceux qui pensaient pouvoir dénigrer un mousseux sans finesse en ont été pour leurs frais. C'est qu'à la Cueille, chez les Bottex, comme chez l'indispensable Raphaël Bartucci, le surdoué du cru, on fait dans la dentelle. Et à toute petite échelle : six hectares pour le premier, à peine deux pour le second. Pas de grosse production. Pas de prétention. Pas d'excès. Rien que du travail (beaucoup de travail) et les fruits savoureux du Gamay et du Poulsard. 

Last but not least : ce pétillant très sage ne dépasse pas les 8 degrés. Léger et frais comme une brise d'été à l'ombre sucrée d'un figuier. De quoi vous remettre tout le monde d'aplomb. 


*Roumeguer en occitan : râler, rouspéter 


Raphaël Bartucci
Chemin du Paradis
01450 Mérignat
Tél. : 04 74 39 95 94.
À partir de 12 euros la bouteille. 

Patrick Bottex
La cueille
01450 Poncin
Tél. : 04 74 37 24 55
6,60 euros la bouteille au Domaine. 

Restaurant Le Baratin
3, rue Jouye-Rouve
75020 Paris
Tél. : 01.43.49.39.70.
Copyright @apresleffort pour @lepoint et leVindemesAmis

vendredi 8 août 2014

Juste Ciel!


L’été, le soleil (quand ça veut bien!)... La plage… Le vin de plage... Encore un casse-tête!

Précision d’abord: le "vin de plage", ça n’a rien à voir avec le "vin de piscine". Le vin de piscine, c’est un rosé plein de glaçons, tant de glace d’ailleurs qu’on en perd le goût du vin pour retrouver celle de l’eau douce… D’où son nom: vin de piscine. La seule chose qu’on vous épargne c’est le chlore. 

Le vin de plage est plus exigeant: il demande d’abord un restaurant de plage, avec ses calamars à la plancha, son pêcheur qui livre directement au patron le contenu de ses filets au matin, une belle étendue de sable pas surpeuplée, le tout avec des tarifs qui ne donnent pas mal à la tête. Quand vous aurez trouvé tout ça - pour moi ça se jouera au «Zaza Club», à Torreilles, en Roussillon... -, alors vous pourrez passer à l’action et écumer la carte des vins, pleine de sable et de sel. D’où: vin de plage...

Et là, sur les supions doucement revenus et les couteaux avec juste ce qu’il faut d’ail, le bonheur du jour c’est la « Petite Baigneuse ». Cette fille du Roussillon a été dorlotée à 350 mètres au dessus du niveau de la méditerranée, sur les collines de Maury, par un vigneron-marin nommé Philippe Wies. Alsacien d'origine, amoureux du Grand large comme de ses hectares de grenache, ce type là a tout compris. Sa baigneuse est du genre à vous faire tourner la tête, sans vous laisser de maux de crâne. Rien que de bons souvenirs. Une bénédiction. 

« Juste Ciel », c’est le nom de cette jolie cuvée de grenache gris (marié exceptionnellement au maccabeu en 2013): c’est gourmand, c’est frais, un brin de citron confit sur la fin. C’est pas du brutal, même si on sent qu’elle a de la personnalité: sans doute les schistes sur lesquels elle a grandit, la garrigue qui l’entoure... Bref: cette baigneuse accompagne un déjeuner de plage avec une grâce merveilleuse. Idéale, avant de retourner à l’eau ou de s’offrir une douce sieste, à l’ombre des canisses. 


« Juste Ciel! » 2013, Domaine de la Petite Baigneuse - Philippe Wies, 4 route de l’Esquerde, 66460 Maury. Tél.: 04 68 73 83 25. 14 euros à la cave. 

« Zaza Club »Village des Sables - 66440 Torreilles - Tél.: 04 68 59 21 45


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vendredi 1 août 2014

Un doigt de Porto?



Du porto, j'avoue mon ignorance. Pour tout dire, j'en étais resté à l'apéritif trop sucré et rouge dont raffolait ma grand-mère. Pour ne pas mourir idiot, j'ai donc pris le chemin de Porto (la ville) et j'ai remonté le fleuve depuis l'océan jusqu'aux collines verdoyantes du Douro, 80 kilomètres plus à l'est. À Porto : les touristes et les longues bâtisses floquées au nom des négociants anglais qui ont fait fortune avec le "vihno do Porto", le vin du Port... Au Douro : les vignes à perte de vue et les Quintas, ces domaines viticoles dont les noms, scandés sur la céramique, rythment le voyage.

Un paradis de vignerons. Ici, tout le monde fait son vin, y compris José, l'avisé barman de Castas E Pratos. Cette cave à vin, c'est sans doute l'endroit le plus étonnant de Peso da Regua : l'impressionnante vinothèque est construite dans d'anciens hangars revisités qui donnent directement... sur la voie ferrée ! Au bout des quais de la petite gare de la ville.

Comme je lui confiais mon inculture (et mes a priori), José a pris un air malicieux. Il a filé derrière le bar et il en est revenu avec à la main un vin ambré, qu'il a fait jouer dans le soleil de la fin d'après-midi. Magnifique. Le nectar était si frais que le verre s'est mis à perler. Méfiant, je m'attendais à y trouver du bois, de la barrique, du sucre... Rien de tout ça ! C'était sec et orange amère. Ça sentait la noix et les amandes avec une très jolie d'oxydation. C'était comme si le Jura avait pris de longues vacances ensoleillées le long des rives du fleuve et qu'il en était revenu transformé. Muté.

Devant ma surprise, José a ri, et m'a expliqué dans un français patiné d'accent Bruxellois - José a beaucoup voyagé - que les vrais amateurs de porto le dégustent comme ça : "Seco". Dry. Et de préférence "Vintage", avec dix, vingt, trente ans de vieillissement en barrique... La bouteille qu'il a sortie pour nous était un Niepoort Branco "Dry". Six ans d'âge. Pas une folie. Juste le début d'une initiation. Et la promesse d'une belle soirée sur la terrasse à refaire le monde.


Niepoort Branco Seco ou "Dry White"
À partir de 16 euros chez les cavistes spécialisés.

Castas e Pratos
Rua Jose Vasques Osorio
S/N, Peso Da Regua
Portugal
Tél. : +351 254 323 290

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vendredi 25 juillet 2014

L'or d'Irouleguy




Si je vous dis Irouleguy, vous me dites ? Sans hésiter : rouge... Et vous ajouterez avec une petite moue : "Un peu rugueux, non ?" Car si le nom roule sous la langue jusqu'à la mer, le vin, lui, garde une modeste réputation : de ces vins sombres et trapus, ces "vins d'hommes" censés réconforter les pèlerins, le soir, après une longue journée de marche sur la route de Compostelle. Bref : tout ce qu'on s'empresse d'éviter en plein été sur un poisson grillé à peine sorti de l'eau...

Oubliez les idées reçues ! Montez plutôt voir Thérèse et Michel à Irouleguy. Les Riouspeyrous vous ouvriront, entre deux rouges surprenants, une de ces bouteilles magiques qui font voir le Pays basque en blanc. "Xuri" en basque... D'où le nom de ce magnifique Hegoxuri, littéralement "blanc du Sud". C'est le joyau d'Arretxea, ce beau domaine de terrasses et de coteaux replantés en totalité par ces deux amoureux à la fin des années 1980. Tout en bio, puis biodynamie. Tout en finesse.

Un pur régal : équilibré et pourtant complexe, exotique avec des notes d'agrumes, généreux comme sont les Basques quand ils vous ont adopté. Et frais aussi ! Si frais qu'on a envie d'y revenir... Si prometteur qu'on a envie de l'attendre quelques années encore... 

Las, je n'ai pas eu la patience : face à la mer, sur la plage d'Erromardie, j'ai ouvert la bouteille dérobée à ces précieux vignerons sur le poisson grillé que je m'étais promis. C'est beau, l'océan, vous ne trouvez pas ?


Domaine Arretxea
Thérèse et Michel Riouspeyrous
64 220 Irouleguy
Chez les bons cavistes : autour de 23 euros.

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vendredi 18 juillet 2014

Un Sauvignon boute-en-train


Touraine, domaine de la Grange-Tiphaine.

C'est le casse-tête d'un bon repas d'été : "Par quel vin on commence ? T'as une idée, toi ?" On le rêve surprenant mais pas bavard, frais... mais pas glacé, non. Aromatique, mais pas trop complexe, pour laisser les papilles s'éveiller doucement. Le premier verre, c'est une mise en bouche. C'est le boute-en-train, celui qui amuse les sens mais ne déflore pas la suite. C'est le premier pas, la première impression. Ce verre, avec Aziz, le patron toulousain des P'tits Fayots, c'est notre rituel. Du côté de midi, avant le coup de feu, chacun de nous joue à trouver la première note. Cette fois, le jeune chef a son idée. Une trouvaille de son nouveau complice. L'affaire est réglée d'un regard entre les deux hommes : "Trinqu'âmes?..." Hochement de tête de l'intéressé : "Allez, Trinqu'âmes!". 

Et nous voilà partis pour conjuguer le sauvignon, pleine Loire. Belle rencontre, cette bouteille toute simple née des influences conjuguées de Coralie et Damien Delecheneau, les quatre mains du domaine de la Grange-Tiphaine. Ce 2013 est sec à souhait, sauvignon en diable - très fleurs blanches, disent les connaisseurs. Cette bouteille, ça n'est pas le sommet de la gamme, c'est l'entrée. La première note, toute en mesure. C'est vif mais pas tranchant, minéral sans qu'on s'y coupe, parfumé sans exubérance. Parfait pour ouvrir le bal.. Et plus si affinités. 





Ah, un détail encore: ça se sert autour de 10, 12 degrés, pas plus mais - de grâce ! - pas moins: ce serait gâcher le travail au cordeau de ce vinificateur nature et exigeant. Et, ça, c'est péché.



Domaine de la Grange-Tiphaine
Coralie et Damien Delecheneau
37400 Amboise
02 47 30 53 80
6,60 euros sur place, autour de 8 euros chez le caviste.

Les P'tits Fayots
8 Rue de l'Esquille
31000 Toulouse
05 61 23 20 71 

©levindemesamis avec Le Point.fr

vendredi 11 juillet 2014

Sol y Corbières

Carignan blanc, domaine Ledogar.

Il y a des jours à boire pour oublier... Quand un orage de grêle emporte tous les espoirs de vendanges, le plus cuirassé des vignerons de l'Aude peut avoir son moment d'abattement. Et puis arrivent les messages de soutien. La solidarité, les copains qui ouvrent leur coeur et parfois leur cave. "Le vin, c'est ce que la part de l'orage laisse à l'homme", écrit Grégory Nicolas. Puisque l'orage a pris sa part, il faut donc boire, pour célébrer ce qu'il nous a laissé. 

Alors on boit, entre amis, dans une petite cave à vin de Carcassonne au nom prédestiné : Lâche pas la grappe. On boit, mais pas pour oublier... Pour se retrouver. Et pour faire la nique au mauvais sort, sur la table, il y a du soleil en bouteille : un carignan blanc 2012 signé Ledogar. 



À le voir doré, comme ça, tout sage dans sa carafe, on imagine mal les efforts des deux frères dans leurs vignes puis dans le chai de Ferrals. Cette couleur, bon Dieu, c'est du bonheur en stock ! Et puis on le goutte, et voilà que par magie on change de climat, de saison : on oublie la mitraille, les billes de glace, pour succomber au charme d'un raisin mûr, lentement arrondi dans de vieilles barriques. C'est chaud comme un après-midi à l'ombre d'un figuier, frais comme une pluie d'été. Et fruité... Comme ces baies qu'on écrase entre deux doigts avant les vendanges et qui pèguent juste ce qu'il faut.

Du soleil, on vous dit ! Un arc-en-ciel après l'orage. De quoi se regonfler le moral et repartir à l'assaut, le coeur vaillant.

Mathieu et Xavier Ledogar
11 200 Ferrals-les-Corbières
06 81 06 14 51
Carignan blanc 2012
15 euros au domaine

Lâche pas la grappe
55 rue du Pont-Vieux
11 000 Carcassonne
04 68 26 39 63

©levindemesamis avec Le Point.fr