mardi 31 mars 2009

Un petit quizz, pour voir...


Je suis tombé l'autre jour nez à nez avec cette vigne. Malgré son état piteux, elle m'a tapé dans l'oeil. Le temps était clément. J'ai donc pris cette photo.

Ciel azur, nuages... Pyrénéens? A moins qu'ils ne soient maritimes et alpins ? Descendent-ils la vallée du Rhone ou remontent-ils d'Italie après avoir survolé la Corse? Un accent du Sud-ouest ou un petit air varois ? Et ces ceps : sudistes, rhodaniens ou... ? A vous de deviner. 

Une chose est sûre : cette parcelle là a échappé à l'arrachage. Et une nouvelle aventure commence. Certains de mes amis espèrent que ce sera pour le meilleur... 

jeudi 26 mars 2009

Au front, vignerons!


L'affiche est volontairement austère. Un petit coté tract à peine sorti de la ronéo... Et qui sent encore l'encre fraiche. "Ensemble, désormais", lit-on... Parce qu'"ensemble on est plus fort", semble dire le carton d'invitation. Un slogan un brin révolutionnaire qu'assument parfaitement ces quinze larrons, indépendants du bio et du bon sur un territoire bousculé par la crise viticole.
"Tu veux dire, un coté  Socialisme de la Troisième? Vignerons libres de Maraussan (la première cave coopérative créée en 1902, ndla) ?", rigole Jean-Baptiste Sénat, l'un des meneurs de cette fronde audoise: "J'adhère! Mais de là à enfiler des canadiennes pour aller distribuer des tracts à la sortie des usines, il y a un pas...".
... Qu'il ne franchiront pas. D'autant que l'air se réchauffe en ce moment dans l'Aude et que ces quinze garnements ont d'autres soucis en tête. De la Malepère à la Mer et du Minervois au sud des Corbières en passant par Limoux et le Carbadés, la nature reprend ses droits. Il faut donc éviter de se faire déborder. Et mobiliser l'ensemble des forces disponibles pour ne pas perdre le tempo.
"C'est le moment de l'année où tout s'accélère...", raconte Clément Mengus, le cadet de la bande, récemment "béttanisé". "Les bourgeons sont encore dans le coton et le vigneron travaille sur tous les fronts. Il faut finir les travaux d’hiver; tailler, attacher... Et c'est déjà parti pour le travail du sol. Le week-end dernier, même ma petite femme (alias la fameuse "Demoiselle Claire", institutrice dans le civil, ndla) a été mobilisée pour rattraper la nature. L’arrivée du printemps, c’est le départ de la grande course contre la montre...".
Ces quinze-là, trouveront tout le même le temps de faire déguster leur vins, "ensemble", le 27 avril à Carcassonne (au "Jardin de la Tour"). Une première pour cette toute jeune association de talents. En espérant susciter des vocations. Et changer l'Aude en vin... Nature.


NB: les "Quinze" sont...

Cabardés - Clément Mengus (Domaine de Cazaban) 
La Clape - Christophe Bousquet (Pech Redon).
Corbières - Sophie Guiraudon&Philippe Mathias (le Clos l'Anhel), Eric Le Ho (Domaine l'Arbousier), Rémy Jaillet, Xavier Ledogar (Grand Lauze) et Maxime Magnon. 
Fitou - Mireille&Pierre Mann (Mas des Caprices). 
Limoux - Gilles Azam (Domaine des Hautes-Terres) et Pierre Fabre&Marc Bertrand (Chateau de Gaure).
Malepère - Frédéric Palacios (Le Mas de Mon Père). 
Minervois - Samuel Berger (Hegerty Chamans), Nicolas Gaignon&Alain Rochard (Vignoble du Loup Blanc), Jean-Baptiste&Charlotte Senat et Benjamin Taillandier.  

mardi 24 mars 2009

Le prix du plaisir ?


Faites une expérience: bandez vous les yeux. Devant vous, disposez cinq verres et demandez à un ami de les remplir et de vous les passez en indiquant à chaque fois le prix du vin qu'il contient. Puis dites, franchement, lequel vous avez préféré... 

Cette drôle de scène a été vécue à deux reprises à une année d'écart par les cobayes de scientifiques californiens soucieux de mesurer l'influence du prix sur le plaisir d'une dégustation. Les verres étaient remplis de vins à 5 euros, 10, puis 35, 45 et enfin 90 euros. L'activité cérébrale des vingt dégustateurs étaient suivie par IRM. Résultat? La seconde étude confirme la première: 
"la seule indication du prix affecte l'activité d'une région du cerveau qui semble enregistrer l'expérience du plaisir, conclut l'étude (ici en v.o la première étude datée de janvier 2008, ndla). Le cerveau donne instinctivement la préférence au vin présumé le plus cher".
Confirmation: pour notre cerveau moderne infiniment marketé, le plus cher, le plus chic, est forcément le meilleur. Le hic, comme le révèlent aussitôt les malicieux chercheurs, c'est que le verre à 10 euros et celui à 90 contenaient strictement le même vin. Moralité : mieux vaut déguster sans étiquette(s)... Une bonne carafe, de toute manière, ça ne fait jamais de mal à un bon vin.

Lire aussi: "Le juste prix". 

samedi 21 mars 2009

De l'Art du compromis


Et pendant ce temps, du coté de Pauillac, Jean-Michel Comme poursuit sa patiente démarche bio-dynamique à Pontet-Canet... Et sa conversion personnelle à l'équitation! Après avoir inventé le "Sulky des vignes", il a désormais décidé d'utiliser le cheval dés que possible. Disons, dés que le tracteur et le cheval se valent :
"Cette parcelle là, explique l'inventif régisseur du Château, n'est théoriquement pas dédiée aux chevaux. Jusque là, c'est le tracteur qui s'en chargeait. Mais pour ce travail là (délimitation des zones enherbées et préparation des sols, ndla), on ne peut de toute manière travailler qu'une rangée à la fois. Comme les tracteurs ne pourraient pas faire plus, le cheval et le tracteur ont la même productivité. Donc je mets le cheval. CQFD!"
Rien de folklorique, donc. Simplement un principe: à compétences égales, préférons la différence... Jolie manière de concilier les exigences de rentabilité et le respect de la terre. Même si le coût d'entretien d'un cheval n'est évidemment pas tout à fait celui d'une machine.

Mais cette fougueuse parcelle de jeunes Merlots ne s'en plaindra pas. Sous les pas léger du cheval les sols sont moins tassés, ils respirent mieux. On connaît ici la chanson...

Et puis le cheval passe partout: ailleurs, sur une dizaine d'hectares, le vigneron a d'ailleurs converti ses traitements bio-dynamique à la mode équestre (à gauche ci-dessus un traitement à la bouse de corne pour "donner de la verticalité à la vigne et au vin", Jean-Michel dixit). Il espère ainsi avoir totalement délaissé le tracteur d'ici cinq à dix ans.

Enfin, au delà de tout, un cheval au vigne c'est tout simplement beau. Non?

On peut lire aussi: "pour se réconcilier avec Bordeaux". Et à propos du cheval aux vignes : "Pégase aux vignes" et "Douloureuse et têtes de pioches", entre autres...

mardi 17 mars 2009

Au nom du Rosé


Puisque l'icône de ce blog est un verre de rosé levé au ciel (made in Pfifferling), il me fallait à mon tour mais un peu tard m'indigner de la nouvelle lubie européenne : autoriser l'assemblage du blanc et du rouge pour obtenir cette fragile couleur et "son goût à nul autre pareil" (made in Ronsard)

Rappelons-le aux néophytes : le rosé n'est ni rouge, ni blanc... Ou plutôt : il est "saignée" ou "pressée" de raisins rouges au tout début de leur macération, lorsque la peau sombre du fruit n'a pas encore eu le temps de transmettre au jus (blanc) toute l'intensité de ses couleurs et de ses tanins. Quatre heures de cuve et il sort clair, délicat, saumoné comme le "Brin de folie" de Frédéric Palacios. Vingt-quatre et il apparaît sombre et capiteux comme les Tavel d'Eric Pfifferling. Version pressée, on touche le joli fruit des "Little Garance" de Bertrand Cortellini

Le rosé, n'en déplaise à Bruxelles, ce n'est donc pas un assemblage: c'est un destin. Une volonté de vigneron.
"Le rosé, c'est le plus difficile à réussir, plaide Jean-Christophe Comor qui met toute son âme dans son "Apostrophe" (Coteaux Varois). C'est ma fierté. Un vin plein de matière, pas un rosé volatile comme on les fait souvent ici. Avec les rouges, si la matière est belle, le plus dur est fait. Mais le rosé en Provence, c'est plus exigeant. C'est toujours sur le fil..."
En France, une seule région a le droit de mélanger les genres: la Champagne. Mais droit n'est pas devoir et les puristes comme les Gautherot se garderaient bien d'un tel affront. Que ce soit dit: leur "Saignée de Sorbée" est issue exclusivement de Pinot Noir. Une façon de ne pas céder à la facilité, même si partout ailleurs elle gagne du terrain.

mardi 10 mars 2009

Luc, en son Salon...


Qui a dit que l'organisation d'une dégustation était une affaire de professionnels? A ceux qui le pensent encore, Luc Carpentier (à gauche, sur la photo) a opposé un joli démenti, le week-end dernier. Dix ans après ses premiers 
levés de coude en Languedoc, le kiné de Lille a fait carton plein pour son premier salon. Et pas seulement parce qu'il avait réuni quelques uns des meilleurs d'Arena à Valette en passant par Mosse, Richaud ou Senat... Mais aussi parce que ses amis vignerons lui avaient glissé à l'oreille quelques nouvelles adresses prometteuses. 

Joli coup de nez, par exemple, que la découverte de Thomas Pico (ci-dessus à droite). Sur deux hectares en bio, ce modeste héritier de Chablis prouve que l'on peut tracer son sillon sans céder aux sirènes de la facilité. Le Domaine porte le joli nom des "Pattes Loup", même s'il est travaillé par un agneau... Au pays où le vin est réputé "se faire tout seul", voilà une tendresse qui relève de l'exploit.

Franche réussite aussi que cette rencontre de vignerons sincères avec d'authentiques amateurs. Dégustateurs avertis pour la plupart. Mais sans tabou.
"C'était une dégustation de passionnés, raconte Jean-Baptiste Senat. Des gens qui goûtent et achètent comme ils aiment... Sans a priori, sans exclusive. C'était vraiment un beau moment"
Quelques centaines de visiteurs en deux jours, des verres et des carnets de commande remplis... Des repas mémorables et une file d'attente digne des "Chtis" pour la "baraque à frites" du dimanche (à droite). La preuve que, même en temps de crise, il reste toujours de la place pour les vins d'amis.

Avis aux amateurs...


On peut lire aussi, outre les portraits (colonne de gauche): "Un chti salon..." et "Chablis, le pays où le vin se fait tout seul".

dimanche 8 mars 2009

"LeVindemesAmis, le club" est ouvert...


C'est sans doute l'influence de Facebook... Ou bien l'euphorie du passage des 30.000 (visites), mais ce matin votre serviteur s'est mis dans la tête de compter les amis du VindemesAmis. C'est évidemment une façon de se sentir plus fort. De savoir avec qui on partage toutes ces bonnes choses. Et de se donner rendez-vous plus facilement...

Alors, voilà : vignerons, amateurs, cavistes, néophytes, exilés du bout du monde ou abonnés du coin de la rue vous trouverez dans la colonne de gauche une rubrique "Club". Si vous aimez ce blog (même avec modération...), n'hésitez pas. Il vous le rendra...

PS: vous pouvez aussi vous inscrire sur le Groupe du VdmA, ouvert sur Facebook.

jeudi 5 mars 2009

Mengus, Bettanisé!


C'est l'histoire du premier coup qui se transforme en coup de Maître. Pour son premier millésime, Clément Mengus vient de décrocher la timbale chez Bettane: "révélation de l'année" dans le guide 2010, révèle la revue Tast.
"Un premier millésime qui frappe très fort, écrivent B&D, avec des vins très purs, qui feront date en Cabardés".
Bigre! Voilà donc le jeune vigneron de 27 ans bettanisé... Mais pas tétanisé pour autant :
"C'est flatteur, concède-t-il. Ça fait plaisir et ça valorise le travail. Mais ça met aussi la pression. C'est comme une étoile. Quand on l'a on a toujours peur de la perdre. Cela dit, je fais pas du vin pour être dans le Bettane. Ce sont les clients et les cavistes qui jugeront."
Sur les hauteurs de Cazaban, Clément a pratiquement terminé la taille. Le mois prochain il mettra son rosé en bouteille et, en attendant, il regarde ses précieuses Syrahs se méler doucement aux Merlots.
"Un joli millésime, dit-il. Mais on ne sait jamais. La roue continue à tourner...".
Comme l'an dernier, sa Demoiselle Claire promet. Légère pour un vin du sud, joliment sur le fruit. C'est sans doute cette marque singulière qui a séduit les dégustateurs de Michel Bettane. 

mardi 3 mars 2009

Plaisirs minuscules


L'avantage d'avoir des copains en bio, c'est qu'ils ont jour après jour le nez sur leurs vignes et souvent une âme de poète. Pas le choix : sans la sécurité des traitements chimiques, c'est bien l'homme et son oeil averti qui font la différence. Et c'est ainsi que le vigneron, penché sur ses ceps, s'arrête parfois sur un détail qu'un autre aurait sans doute ignoré. 

Comme cette coccinelle inattendue sur un sarment de Cabernet.  
"J'en ai jamais vu autant que cette année, raconte Frédéric Palacios. Une vraie bénédiction : elles s'attaquent aux acariens et aux araignées rouges... En fait, elles protègent les feuilles qui permettront à la plante de se gorger de soleil. Tout ça c'est de la main d'oeuvre!"
C'est ce que l'homme de la Malepère appelle joliment ses "travailleurs clandestins" : cette infinie diversité de bestioles qui travaillent ses vignes à leur manière. L'aident à survivre aux agresseurs. Ou à se nourrir, tout simplement comme ce vers de terre qui se faufile et aide les sols à respirer. A eux seuls, dit-on, ils sont capables de remplacer un labour par an.

Emerveillé, Frédéric rit de bon coeur. Ici, comme ailleurs, cette fin d'hiver annonce déjà le printemps.