samedi 28 février 2009

Un "chti" Salon qui vaut le détour...


C'est l'histoire d'un lillois qui a pris l'habitude de passer ses vacances plein sud, au coeur du Minervois. Forcément, en bas, on boit plus de Grenache et de Syrah que de houblon. Mais il s'y est fait. Le choc thermique passé, Luc Carpentier a même commencé à y prendre goût. Sérieusement. Avec la passion des convertis. Résultat : après dix ans de locations saisonnières et de dégustations itinérantes, ce kiné vient d'acheter une maison à retaper du coté de Caunes-Minervois... Et monte le week-end prochain aux portes de Lille son premier salon.

Au programme : 42 vignerons parmi lesquels bon nombre de mes amis venus du Languedoc (Senat, Magnon, Palacios) mais aussi d'Alsace (Meyer), du Beaujolais (Valette, Foillard, Lapierre), des Montagnes (Clairet et Berlioz), de Provence et de Corse (Arena, Comor), du Sud-Ouest (Andiran, Plageoles), du Rhone (Richaud, Cortellini) ou de la Loire (Mosse, Breton, Jousset)...

Luc est comme ça. Il ne fait jamais rien à moitié.

La dégustation commence à 10 heures le samedi 7 au matin, elle dure jusqu'au lendemain et elle est ouverte à tous pour une poignée d'euros (5)... Tant que Roselyne nous laisse faire, autant en profiter ! 


Renseignements et liste complète des vignerons présents: luc.carpentier@nordnet.fr. La dégustation a lieu à Seclin au Domaine Napoléon.

jeudi 26 février 2009

Pégase aux vignes


C'était samedi dernier en Champagne, loin des polémiques stériles et de l'agitation parisienne. Sur un coteau surplombant le petit village de Buxières-sur-Arse, Bertrand Gautherot était venu voir travailler Pégase, le cheval de son ami Thierry. Temps brumeux, terrain lourd, rien qui puisse décourager un Ardennais... Derrière la charrue, son heureux propriétaire s'émerveille:
"Regardes comme ça va bien, maintenant. En montée il envoie, il te tire. Tu n'as qu'à mettre le poids de ton corps sur les lames. En descente, il se repose. Ca va tout seul. Et toi tu regardes la terre s'ouvrir devant toi. Tu vois ton terroir à l'oeil nu. C'est fantastique!"
Bénéfice net: le cheval, mené de main de maître par Alain (ci-dessous à gauche de dos), se glisse sans tasser les sols entre les rangées étroites de Champagne. Lentement, il soulève la terre et la retourne. Désherbage nature et spectacle garanti. Au cul de la bête, Bertrand, curieux de tout, ne tient plus en place.
"Trois ans que Thierry et Alain travaillent Pégase, raconte-t-il. Ça a été rude, parce qu'il était très indocile. Et puis il s'est assagi. Ensuite, il a fallu trouver le bon soc. Un casse-tête parce que les vignes sont plantées serrées et les travées font parfois moins d'un mètre de large. Il a fini par trouver ces lames réglables. Si tout va bien cette année, on devrait pouvoir faire une bonne partie des labours au cheval. Un vieux rêve de bio..."
En fait, devant le beau comportement de Pégase, à peine fatigué après une heure de ce régime, Bertrand n'y tient plus. Cette semaine, pour la première fois, il sortira le cheval dans Sorbée, la reine de ses parcelles. Si tout va bien, il attaquera ensuite Chatel, les Bas-de-Biaune et la rude montée de Vouette. 

Chez les Gautherot, n'en déplaise au calendrier chinois, 2009 devrait être l'année du cheval. 


Lire aussi à propos des Gautherot : "Bertrand dans les bras de Sorbée", Une nouvelle venue...", "Champagne Blues", ou "Comme un gamin"

dimanche 22 février 2009

Nota Bene...


Attention: l'émission prévue sur la "Guerre du Vin" est reportée à mardi. Le duel opposera sur itéléDenis Saverot de la RVF (co-auteur de l'excellent In vino Satanas) et le Docteur Eric Hispard, addictologue à l'ANPAA et opposé, notamment, à la dégustation gratuite.

C'est à suivre à 11 heures 10 en direct. Rediffusions (sauf actu brûlante, of course...) : 14 heures 10 et 16 heures 10. Je dis ça, je dis rien...


A ce sujet, on peut lire aussi "In vino Satanas?" et "Attention, ce blog est illégal".

vendredi 20 février 2009

In Vino Satanas ?


Alors on ne peut plus partir en vacances, tranquille ? Vendredi dernier, en bouclant mes valises pour prendre le chemin du Languedoc, je pensais pourtant laisser un Monde à peu près en place. Et là, patatra... 

J'apprends que la ministre de Santé a confirmé son désir d'interdire les dégustations gratuites de vin. Aussitôt après, on me dis qu'un amendement qui devait permettre de faire exister légalement les vignerons sur internet a été vidé de sa substance en Commission des lois (ce blog restera donc illégal...). Et comme si cela ne suffisait pas, le ministère de la Santé publie une brochure affirmant qu'un verre de vin par jour augmente les risques de cancer

Alors là, c'est trop. Et je le redis : il y a une marge entre un cafetier de Valenciennes qui joue à saouler son client à coup de bière et d'alcools durs, des mômes qui joue à s'acheter de l'alcool au mètre dans les fêtes de village et un vigneron indépendant qui fait découvrir ses vins dans des verres de dégustation. Il y aussi un monde entre la grosse machine commerciale des alcooliers et un artisan qui tente sur quelques hectares de faire vivre son terroir contre vents et marées, si possible loin des sirènes de la chimie. 

Quand au verre de vin journalier, j'invoque l'esprit de Jeanne Calment qui nous quitta à 122 ans en n'ayant jamais cessé de sacrifier à la dégustation de son verre de Bordeaux quotidien. 

Pour ma part, je me souviens avoir vu Roselyne Bachelot assez joyeuse au buffet, un verre à la main, commentant les SMS cochons de ses anciens collègues ministres. On savait s'amuser en ce temps-là dans les cocktails et les dîners en ville... Mais il est vrai qu'elle n'était pas encore Ministre de la Santé.


Lire aussi "Attention ce blog est illégal" et l'excellent livre de Denis Saverot auquel j'ai sauvagement emprunté le titre de ce post : "In vino Satanas" 

dimanche 8 février 2009

Le "Chet" de Seguret


C'était un soir très doux. Nous nous étions serrés à quatre autour d'une table étroite, dans une rue étrangement calme de Vaison-la-Romaine. L'endroit portait un nom prédestiné: "Le Bonheur suit son Cours". Un mélange de cave à vin nature et de bistrot de terroir. Il y a avait là Marcel (Richaud) et Frédéric (Alary). Jean, venait de nous rejoindre, sa casquette vissée sur le crâne et les doigts encore tachés de terre et de raisins.

Jean David a une gueule à la Chet Baker. Un visage tanné, creusé de profonds sillons, marqué par les vents et la vie (photo Vinogusto). Des mains épaisses et sèches. Comme le "Chet", le vigneron de Séguret porte souvent un pantalon de cuir. Mais il a ce regard bienveillant que n'a jamais eu l'enfant terrible du jazz.
"Janot c'est notre guide, résume Marcel. Le premier d'entre nous à avoir emprunté les voies du bio, il y a plus de trente ans. C'est un pur. Notre aiguillon. Celui qui nous a tanné pour ne pas nous arrêter en route. Pour aller au bout de la démarche."
En ce début de soirée, le pionnier de Séguret se contente de sourire et de laisser les autres raconter sa vie. Une gorgée d'un rouge de Loire inattendu, trouvaille de Xavier le maître des lieux, et Jean lâche enfin de sa voix grave et ensoleillée:
"Je crois juste qu'on ne peut pas faire le chemin à moitié..."
Et de la route, il en a fait. Fils de vigneron mais adepte de Kerouac, il a commencé par les chemins de traverse. Sans doute Séguret est-elle alors trop petite pour ses rêves. Il largue les amarres sans prévenir et prend la route de l'Egypte. Mi-Chet mi-Ché, il fait sa révolution à lui. C'est un rebelle comme 68 les a aimé.
"Janot ça a été un terrible, résume Marcel Richaud. Mais, comme je dis toujours, c'est un homme Bon".
Lorsque de longues années plus tard il finit par retrouver le chemin de la vigne, son père, ancien dirigeant de la coopérative locale, a vendu une partie des terres familiales. Il s'installe donc en fermage sur les terres de sa tante. Là, c'est dit, il fera du bio et rien d'autre. Pour ce qui touche au raisin, le pur est aussi un dur.
"A quoi bon faire des concessions? dit-il encore aujourd'hui. C'est comme ça que je veux faire. C'est comme ça que je veux vivre. Pourtant je m'améliore. Longtemps j'ai été têtu... Compliqué parfois. J'ai fait mes expériences. Maintenant j'épure : je veux retrouver mon fruit, me rapprocher de mon terroir."
Trente ans plus tard, tout découle encore de cette force devenue tranquille, de cette philosophie qui coule comme son vin. Bon an mal an, vaches maigres ou grasses (c'est rare), Jean a continué de travailler la plaine de Séguret à sa manière. Pas pour le profit mais pour l'amour de son terroir. Les galets de Montmirail et les limons des terrasses de l'Ouvèze font le reste.
"Je suis de là. C'est mon pays. De la vigne, je n'ai rien connu d'autre", dit-il désormais avec bonheur.
Avec passion, souvent à la main, il décline ses 17 hectares en sept cépages méridionaux et autant de cuvées dominées par les Grenaches. Du Beau nez, simple et rond à un Couchant plus complexe, son vin est comme lui : sans concession, mais sans aucune autre prétention que de donner du plaisir.
"Mais assez parlé de moi, dit-il soudain. Et toi comment tu es venu au vin?"
Les rôles s'inversent. A son tour "Janot" veut tout savoir, tout connaître. Le journalisme, Paris, la politique... Tout l'intéresse. Il écoute patiemment, sans a priori. Sans jugement préconçu. Il a son idée, sans doute, mais laisse parler l'autre avec une attention infinie. C'est rare.

Sur la table une nouvelle carafe mystère vient d'arriver. La soirée sera longue.

mercredi 4 février 2009

Pousse au Crime ?


C'est une bonne nouvelle pour tout ceux qui combattent les désherbants chimiques. A partir du 18 mars, un an avant son retrait total de la vente, l'Unisol ne sera plus fabriqué en France. L'info est confirmée par un joli mailing de la Coopérative du Syndicat Général des Vignerons Champenois (CSGV, à ne pas confondre avec le Syndicat lui-même). Mais, stupeur, la lettre ajoute aussitôt:
"Pour tous les professionnels qui veulent pouvoir bénéficier des atouts de l'Unisol, nous conseillons vivement de PASSER COMMANDE très vite."
Résumé des courses: un désherbant particulièrement efficace est retiré du marché, après avoir vu son usage limité en Belgique, entre autres. Et la réaction du distributeur est de conseiller à ses troupes de se dépêcher de faire le plein! Inutile de dire que dans l'un des vignobles les plus "chargés" de France le courrier du Syndicat est passé... Comme une lettre à la poste. 

Décidément, il y a des Grenelles de l'environnement qui se perdent.