jeudi 27 octobre 2011

Back in town!


Comme chaque année à la fin novembre, les amis se dégustent à Paris. Pour cette quatrième édition, changement de lieu, mais pas de rive, ni d'arrondissement: rendez-vous à la Cartonnerie (11ème), un ancien atelier "dans son jus", comme dit Charlotte Senat, c'est à dire comme on les aime pour goûter - précisément - les jus de nos Amis.

Cette année encore, parce qu'on ne change pas une équipe qui gagne, on boira du Senat avec Foillard, de l'Arena avec Valette, du Clairet avec Comor, du Mann avec les Bott, du Gautherot avec les Jousset ou encore du Puzelat avec Palacios. Du Languedoc de Reder à la Loire des Breton, de la Provence du domaine d'Hauvette à la Bourgogne d'un Pico et l'Ardèche du Mas de Libian, tout le monde est là.

Mais coté nouveautés, on est aussi servis. Il faudra sans façon passer par l'Italie avec la dolomitissima Elisabetta Foradori et l'époustouflante Stoppa d'Elena Pantaleoni. On se servira un Whisky alpin du Domaine des Hautes Glaces. On sirotera les "sables fauves" du Bas Armagnac de Laballe ou une liqueur des Pyrenées... Pour terminer sur l'amertume d'un petit noir "de terroir" sélectionné par l'Arbre à café. Le tout pimenté par les petits mets concoctés par les copains de Fulgurances.

Oui, fin novembre, les Amis sont de retour. Qu'on se le dise!


La dégustation du VindemesAmis - de 10 à 19 heures, le lundi 28 novembre 2011 à la Cartonnerie, 12 rue Deguerry, 75011 Paris. Entrée: 5 euros (verre italesse offert).

mardi 25 octobre 2011

Le grand retour des "oubliés"


J'ai dans la cave un magnum que m'a glissé un beau jour l'ami Marcel. Je me souviens que c'était au cul du camion, un de ces jours de livraison où le temps presse, en plein coeur de Paris.
"Tiens, m'a-t-il dit entre deux caisses de Cairanne dûment estampillées. Tu goûteras ça! J'y tiens... C'est trop petit pour en faire une vraie cuvée, mais c'est drôlement chouette, tu verras!"
Depuis, la bouteille est restée là, anonyme ou presque, à se couvrir de poussière au fond d'un râtelier. Pas d'étiquette, pas de cire, juste quelques mots tracés à la va-vite au feutre blanc: "Counoise de chez M.Richaud, 2009".
"C'est un des petits cépages du coin, comme le Terret Noir ou le Piquepoul, explique Marcel Richaud. Un cépage qu'on a volontairement oublié au profit des grands, comme le Grenache ou la Syrah. Trop anecdotique pour tirer son épingle du jeu des Appellations. Trop rare pour peser face à la grosse cavalerie de l'AOC... Alors il disparaît, petit à petit... Mais c'est un tort! Parce que c'est un cépage qui donne de tous petits degrés d'alcool - ce qui nous arrange bien en ce moment - et un coté poivre blanc qui se marie merveilleusement avec le grenache. C'est de la complexité..."
Et il ajoute, mystérieux, qu'"il parait", qu'Henry Bonneau, l'iconoclaste alchimiste de Chateauneuf, ne manque jamais d'en "glisser une pincée dans tous ses vins". Et peut-être un brin de Muscardin ou un soupçon de Camarèse que les anciens connaissaient sur le bout des doigt et qu'il fait bon redécouvrir.

Car comme il y a les "légumes oubliés" en cuisine, il y a désormais coté vin les "cépages oubliés" ou plutôt les "Cépages modestes" comme le disent joliment les organisateurs des premières Rencontres du genre, le week-end prochain en Aveyron. Bien sûr Marcel Richaud y est annoncé. On y croisera les Plageoles venus de Gaillac plaider la cause du Mauzac et autres Verdanol (à gauche Robert, le patriarche). Mais on y parlera aussi Poulsard, Chazan, Oeillade, Persan, Fer Servadou ou encore Chouchillon. On pourrait y ajouter le Colombard cher à Dominique Andiran... La Negrette que Thierry Michon caresse avec ferveur et que le Frontonnais réapprend à travailler... La liste est longue et c'est heureux. Elle prouve qu'à coté des grosses cylindrées et des autoroutes de la viticulture de masse, il existe encore de petits paradis à redécouvrir.


Les premières Rencontres des Cépages Modestes sont organisées le samedi 29 et le dimanche 30 octobre - à Saint-Côme-d'Olt (près d'Espalion, Aveyron), Couvent de Malet. détails des conférences et dégustations sur le site. Prix d’entrée : 20 €

lundi 3 octobre 2011

Anjou et contre tous!


C'est une des fortes têtes de la Loire. Un franc tireur du rouge d'Anjou qui depuis près d'un quart de siècle cultive sa différence sur sept hectares de Cabernet, de Grolleau et de Gamay. Ca fait deux décennies maintenant qu'Olivier Cousin (ci-dessous, photo Rafaele Bonivento) a rayé de sa carte les sucres ajoutés et les pesticides. Vingt ans qu'il participe au renouveau de son appellation à grands sillons et au cul de ses chevaux. Avec un art consommé de la provocation:
"Nous, on est une bande de gueux, proclamait-il ainsi en juillet dernier dans le Monde Magazine. On fait du vin parce qu'on adore ça. Et si on a envie d'en reprendre un deuxième verre, c'est qu'il est bon"
Il y a dix ans, lassé des tracasseries administratives et de la dictature des Commissions d'agrément, il a claqué la porte. Lui qui incarne l'Anjou mieux que personne, a tiré un trait sur l'Appellation d'Origine Controlée (AOC) pour se réfugier - et il n'est pas le premier! - au rayon Vin de Table (devenu Vin de France). Mais on ne se refait pas... Pour faire la nique aux mauvais buveurs de la profession, ce cabochard s'est vengé avec humour en détournant l'acronyme qu'on lui refuse: sur ses cartons, il a inscrit AOC... Pour "Anjou Olivier Cousin"! C'en était trop aux yeux de la profession:
"Ils ont fait très fort!, s'indigne la journaliste vigneronne Sylvie Augereau, sa voisine. Comme il refuse le système et ne se présente pas aux dégustations d'agrément, il n'a droit à aucune mention géographique. Résultat: dans cette région miséreuse ou les cuves débordent, il se retrouve accusé de tromper le consommateur, de se servir d'un grand label pour vendre un vin que, de toute manière, il n'a aucun mal à écouler!"
L'addition risque d'être salée. Parce qu'elles l'accuse de "faire du tort à l'appellation" (sic), les Fraudes menacent Olivier Cousin d'une amende pouvant atteindre 45.000 euros. Un comble pour un vigneron né sur cette terre angevine et qui participe chaque année à faire rayonner sa région des Etats Unis au Japon. Pourtant, les pieds bien campé dans ses vignes de Martigné Briand, le rebelle se dit déterminé à affronter cette nouvelle tempête:
"Je ne veux pas qu'on me plaigne!, répète-t-il bravement. C'est un combat. Moi, je suis un gaulois, un guerrier. J'aime la bagarre. Et je n'ai pas fini de me battre!".
Aujourd'hui pourtant, Olivier est écoeuré par ces vexations. Fatigué aussi des contrôles à répétition auxquels il est, comme par hasard, soumis plus souvent qu'à son tour. Mais de là à baisser les bras, il y a un monde, assure-t-il. Et tant mieux. Parce que ça, pour le coup, ça ferait - vraiment! - "du tort à l'appellation".


Pour soutenir Olivier Cousin, vous pouvez ajouter votre nom à la lettre collective au Procureur de la République que vous trouverez ici, sous la plume de Sylvie Augereau.

A part ça, à propos de rebelles et de "retoqués", on peut aussi lire, entre autres: "La grosse colère de Marcel", "Vin de table toi-même" ou encore "Les caves se rebiffent".