vendredi 19 novembre 2010

LES INCONTOURNABLES DU VDMA

En cette semaine de bruit et de fureur autour du "Beaujolais Nouveau", il est bon de retrouver le chemin de ceux qui savent attendre. Et dont les vins se passent des cymbales assourdissantes du marketing. Jean Foillard est de ceux-là. Du Beaujolais aussi. Mais de celui qu'on aime...


Jean Foillard, l'apôtre du Py

Au début, était Lapierre. Et Jean était son disciple... Et puis la famille s'agrandît. Et Jean devint le second pilier du Temple. Celui qui, assis sur le banc, regardait passer à coté de son ami Marcel les tracteurs des autres vignerons de Morgon.
"C'était en 85, raconte Jean Foillard. On était là, plantés, à attendre que les raisins soient prêts. Et on voyait les vendangeuses passer sous notre nez... Et une et encore une... Tout le village ramassait avant nous: un vrai défilé! Et ça pendant parfois deux, trois semaines! On se regardait avec Marcel avec une boule au ventre. On se disait: "et si on se gourait? Si c'est eux qui avaient raison?"... On ne pouvait pas s'empêcher d'être taraudés par le doute. Mais on tenait bon."
A cette époque rares était ceux qui osaient attendre que le raisin soit mûr. Ne pas traiter les vignes à la chimie. Oublier les levures aromatisées et ne pas filtrer les jus. Vinifier nature était alors une hérésie dans le Beaujolais industriel et coopératif des années 80.
"J'étais parti pour être mécano, raconte-t-il. J'ai commencé et puis franchement ça collait pas. Mon père m'a demandé de revenir l'aider à la vigne. Je m'y suis collé. J'ai repris l'exploitation et j'y suis resté... Mais la fameuse boule au ventre je l'ai gardée longtemps, ajoute-t-il après une pause. Parfois, je l'ai encore..."
Aujourd'hui pourtant, le temps semble loin où le fils Foillard guettait dans l'oeil du dégustateur une lueur d'approbation et l'espoir d'une commande. Le pari est gagné. Mais le vigneron n'est pas rassuré pour autant. Comme si il pouvait tout perdre en un claquement de doigt, le voilà qui s'inquiète d'un traitement tardif ou d'une feuille brunie trop tôt. Éternel inquiet, il ne semble heureux que lorsque tout est là, devant lui dans ces bouteilles cirées qui sont la marque du cru.

Ce jour-là, rassuré, Jean le taiseux serait presque volubile. C'est sans doute la bouteille de Py 2004 qui fait effet. Sous la patte de ce vinificateur de génie, le gamay s'est fait matière, sans perdre de sa souplesse. Foillard, le discret, semble aux anges. Cette côte de Py, c'est son joyau: un terroir que Jean caresse comme une femme depuis 25 ans... La prunelle de ses yeux. Une roche de Solutré dont il ne se lasse pas faire de l'ascension.
"Allez viens, on va y faire un saut, dit-il soudain. Faut que tu vois comme c'est beau là haut!"
"Là-haut"... En haut de Py, ce mamelon de schiste qui pointe au dessus du clocher du village. Ici, les vignes grimpent fièrement sur un amas de morgon, ces roches décomposées qui font la spécificité du terroir. Du sommet - à 260 mètres, n'exagérons rien... - on aperçoit les autres appellations du Beaujolais: à gauche Fleurie (dont il vinifie une parcelle avec le même talent), puis Chiroubles, Moulin-à-vent, Brouilly... En face, contre le soleil de cette fin d'après midi: Régnié, la petite dernière. Désormais les adeptes du vin nature comptent des disciples sur chacun de ces terroirs.

Mais Jean, déjà, n'a plus la tête à jouer les guides touristiques. Muet à nouveau, sans égard pour son pantalon et ses chaussures de ville, il s'enfonce dans la terre détrempée et remonte son Py. Un oeil sur chaque pied, il arpente, fouille, évalue. Puis jette un coup d'oeil au ciel:
"Demain, murmure-t-il, pour lui-même. Demain, si tout va bien on pourra traiter..."
Le lendemain, il sera debout à 5 heures pour "poudrer". C'est que là où d'autres jouent les joyeux dilettantes, Jean lui ne triche pas. Et c'est sans doute cette incurable anxiété alliée à une obstination sans limite qui ont fait de lui, année après année, l'autre grand nom de Morgon.


Comme chaque année, Jean et Agnès Foillard seront de la dégustation du Vin de mes Amis, le 29 novembre à Paris.

2 commentaires:

Jean-Charles a dit…

Un bien bel article sur Jean Foillard... J'ai bu un "3.14" 2007 avant hier et le vin était superbe malgré un élevage encore bien perseptiple tout de même...

Jean-Baptiste a dit…

Ca donne envie de boire une Côte de Py.

http://levindescopains.wordpress.com/