samedi 26 septembre 2009

Vendanges sucrées


Le cliquetis des sécateurs. Les doigts qui collent sur le raisin. Le sourire gourmand des amis. Le soulagement, aussi: en bio, rien n'est jamais gagné... Mais cette fois encore, Thomas Pico et ses copains vendangeurs peuvent avoir la "banane". En Bourgogne, les Chardonnays ont rarement été aussi fruités:
"A Chablis, on a eu un beau printemps et surtout un été très chaud et très sec, raconte le jeune vigneron. Le résultat est là: quand on les écrase dans la main, les baies sont poisseuses. On a de beaux raisins très sains. Très sucrés. Avec une acidité inférieure à celle 2008. C 'est une belle récompense..."
Déjà, les peaux éclatent au pressoir. Premiers jus. Les cuves attendent les "Villages", les Premiers crus, eux, iront s'arrondir une quinzaine de mois dans de vieilles barriques. Thomas a les yeux qui brillent: après trois années de conversion, 2009 sera son premier millésime certifié "bio". Un millésime prometteur, à marquer d'une pierre blanche.

mercredi 16 septembre 2009

Tout nus dans les vignes ?!!


Une amie m'adresse cette petite annonce virale: un "appel de Greenpeace en faveur des vins français", aux allures de Woodstock viticole:
"Tout nus dans les vignes contre le réchauffement! Au sein d'une immense sculpture vivante, incarnez la vulnérabilité de l'homme face aux changements climatiques!"
D'abord, comme vous, j'ai ri... Je me suis dit qu'il fallait être très vert ou drôlement réchauffé pour aller se faire photographier en Bourgogne dés potron-minet dans le plus simple appareil. Et puis je n'ai plus ri du tout... C'est que dans les vignes aussi, le réchauffement - ou plus exactement le dérèglement climatique - c'est du sérieux! Les experts de l'ONU évoquent un glissement de Bordeaux vers l'Anjou et de la Bourgogne vers Londres... Grêle, vendanges précoces et autres, une cinquantaine de producteurs confirmaient cet été dans le Monde l'ampleur du phénomène.
"Vous voyez bien que tout ça n'est pas une fiction! Insistent les écolos. Le réchauffement augmente la teneur en alcool et perturbe la complexité aromatique des vins. Si rien n’est fait aujourd’hui, les vignes se déplaceront de 1000 kilomètres au Nord d’ici à la fin du siècle.»
D'où l'idée de cette "performance", qui aura donc lieu les 2 et 3 octobre dans une vigne proche de Chaintré (Bourgogne). Là, le fameux photographe Spencer Tunick invite à coup de slogans les volontaires à se déshabiller pour la planète:
"La Nature est sur le point de rendre les armes, plaide-t-il. À travers mon art, j’espère attirer l’attention (...) sur ce lien singulier qui relie les êtres humains aux aliments qu’ils consomment, pour leur plaisir ou pour leur survie. »
L'homme n'est pas un néophyte. Ça fait 15 ans qu'il fait poser des foules d'inconnus au coeur des jungles urbaines ou au beau milieu de la nature. En 2007, son dernier "coup" l'avait emmené avec plus de six cent personnes en Suisse sur le plus grand glacier d'Europe pour protester contre la fonte et le réchauffement. Givré? Non, pas cette fois. Mais un peu Chaintré, c'est sûr...

dimanche 6 septembre 2009

Le retour de Torquemada


Il n'y va pas de main morte, Michel Bettane. Cette semaine dans l'Express, un verre à la main entre deux pubs pour les foires au vin, il assène que "le vin bio n'existe pas". Ni le "bio", ni le "nature", ni - pratiquement - le "sans soufre", qu'il accuse d'être le cache-sexe organique d'"une petite bande de prescripteurs sincères mais illuminés". Plus "authentiques", "plus digestes", moins truffés de pesticides, les vins natures? Que nenni, affirme le dégustateur. Rien ne le prouve... Tout ne serait que "fantasmes et mauvaise foi". D'ailleurs, ajoute-t-il:
"les vins reconnus par tous comme exprimant de manière remarquable leurs origines ne sont-ils pas régulièrement produits à partir de raisins non-bio?"
On espérait qu'avec l'âge Saint Michel, pourfendeur des "bio-cons" mais amateur sincère de Richaud - et il comme il l'avoue lui-même des Breton, de Lapierre et de Gramenon - fasse un jour sa révolution copernicienne et reconnaisse le bien-fondé d'une démarche qui revendique le terroir et son respect comme source de plaisir. Las: 2009 ne sera pas l'année de la Révélation, seulement celle du grand retour de Torquemada.

P.S. : L'express a visiblement trouvé la charge tellement lourde, qu'il a assorti l'interview d'un petit encadré pied-de-nez. On peut y découvrir cinq bonnes adresses parisiennes pour "Acheter et déguster des vins "natures"". Histoire de faire mentir Maître Bettane ?