vendredi 22 janvier 2010

Délicieusement "Frenchie"!


Les guides les plus branchés appellent ça de la "popote néo-rosbiff", l'Express Style en a des vapeurs et le Fooding en a déjà fait son cuisinier de l'année 2009. Sur le papier, tout aurait donc dû nous tenir éloigné du Frenchie. Trop parisien, trop branché, trop encensé pour être honnête. Comme quoi, il ne faut jamais se fier à ses a-prioris...

Le Frenchie, en vérité se mérite. Et pas seulement parce qu'il faut s'y prendre trois semaines à l'avance pour y réserver une table le soir. Non. Mais parce qu'il faut accepter de se perdre en plein Sentier, entre Aboukir et Poissonnière. Slalomer entre les livreurs de tissus de la rue des Forges, dans des ruelles embarrassées de camions insensibles à vos urgences culinaires, pour enfin déboucher face au fameux "bistrot-dont-tout-le-monde-parle...".

Et parce qu'enfin arrivé la porte refuse obstinément de s'ouvrir...

Mais une fois entré, que du bon: la salle est cosy, on vous accueille sourire aux lèvres (si!) et - divine surprise - sur un grand miroir s'étale une sélection de vins très sud qui ne trompe pas: rue du Nil, Richaud et Senat tiennent le haut du pavé. On trouve même le très confidentiel "C comme Ça" de Palacios... Au verre! Il a beau jouer les modestes, l'iconoclaste maître des lieux a bon goût...
"Le vin j'aurais pas su en faire!" affirme Greg Marchand (photo, avec son trophée du Fooding 2009), en peaufinant son "shepperd's pie". "Alors je le sers... Et pour choisir, je me suis laissé guider. Conseiller. Tout ceux-là, ce sont des rencontres..."
Et de belles rencontres... Dans les verres, un Rasteau signé Elodie Balme aiguise les papilles. Le Grenache et la Syrah glissent tout seuls sur la "Salade de Betterave à l'orange et jus d'hibiscus" et la "Soupe au Choux de Pontoise au chutney de pomme kimchi". Étrange dialogue entre le nord de Londres et la banlieue de Paris, les Indes coloniales et le Sud de la vallée du Rhône.

Entre deux bouchées, on jette un oeil par la fenêtre de la cuisine où le "Frenchie" s'active en solitaire. Deux "dorades aux carottes et olives pourpres" glissent déjà par le passe-plat...
"Ne ratez pas le pot au chocolat... Une crème toute simple avec des litchis frais. Un délice!", nous glisse Sophie, la serveuse-bloggeuse que l'on a connu dans une autre vie chez Omnivore.
Une merveille, on confirme. Du coup, en quittant le restaurant, une heure plus tard, on se promet de revenir au plus vite. Peut-être un soir cette fois... Et puis, on se sent un peu perdu. On met même quelques secondes à réaliser que l'on n'est pas au bord de la Tamise, mais bien en plein Sentier. Au coeur de Paris. Oui, décidément, chez ce français-là, c'est dépaysant un déjeuner en ville.

Le Frenchie, 5 rue du Nil, 75002 Paris. Menu unique 21/25 euros le midi, 31/35 le soir.

jeudi 21 janvier 2010

Une si jolie petite vigne...


C'est un coteau de Grenache et de Cinsault, adossé aux derniers contreforts des Pyrénées. Plantés en 69, ces ceps vénérables ont survécu à la folie "bordelaise" qui a saisi la Malepère il y a vingt ans. Et à la crise qui pousse chaque année des dizaines de vignerons à l'arrachage... Mais il s'en est fallu de peu au printemps dernier. Cette fois, ils n'ont dû leur salut qu'à la détermination de l'inévitable Palacios.
"Ça me fait plaisir que ce soit toi!", a dit l'ancien propriétaire à Frédéric, en topant-là. "En fait, je t'attendais. De toute façon, c'était ça où la vendre à un voisin qui voulait en faire une piste de moto-cross pour son fiston... Alors..."
Alors, il a vendu... Pour le prix de la terre et celui de la prime d'arrachage. Quelques milliers d'euros avec en bonus de vieux figuiers-fleur, une poignée de cerisiers, quelques chênes verts et un bout de talus enlacé de ronces.

Oui, c'est une jolie petite vigne... Et le fait qu'elle soit exposée au Nord ne gâche rien à l'affaire. Ici, lorsqu'il neige, le sol reste blanc un peu plus longtemps que chez le voisin. Et l'été, la terre est fraîche - parait-il - plus souvent qu'à son tour. Mais elle a du mal à tenir, cette terre, érodée par quatre décennies de désherbage chimique. Le sol a glissé. Les ravines se sont creusées. Ici ou là les ceps branlent. Ils ne tiennent plus qu'à un fil. Ténu. Un vrai casse-tête.
"Il faudrait ramener de la terre, grimace Frédéric en se grattant le crâne. Mais c'est un travail de titan. Il faudra ramener de l'herbe. Ramener de la vie en fait... C'est ça! On va la laisser vivre un peu... Laisser le sol retrouver des forces. Ne pas stresser la bête. Tant pis si la prochaine vendange est maigre. Elle a besoin de respirer un peu cette vigne. Il ne faut pas la stresser...".
Sitôt signé, Frédéric a donc été remplir les papiers de la conversion en bio. Et puis il s'est mis à l'oeuvre. Tout doucement. Mi-janvier, le vigneron d'Arzens a taillé ses vieux ceps. En gobelet, comme il se doit. Et après? "on verra", comme il dit... A chaque mois suffit sa peine. Une vigne ne renaît pas en un jour.

On peut aussi lire "l'incontournable de la Malepère" et se souvenir d'un petit quizz où vous aviez déjà entrevu cette fameuse vigne...

PS : Frédéric cherche un nom pour sa future cuvée Grenache/Cinsault... A votre bon coeur, m'sieurs-dames!

mercredi 20 janvier 2010

Le VdmA nominé...


J'ai oublié de vous dire... Le VindemesAmis a été sélectionné pour concourir au Wine blog Trophy. Vous pouvez participer au bal en votant là, d'un clic. Plus qu'une semaine... Je dis ça, je dis rien!

samedi 16 janvier 2010

Un "bon vin", c'est combien?


Au moment où les amis sont tiraillés entre la taille et les salons et où la Crise aiguise la tentation de faire valser les étiquettes, il n'est pas inutile de revenir sur les résultats du petit sondage qui a accompagné ce blog depuis deux ans:
"Quel est le prix d'un bon vin?"
Intitulé vicieux, s'il en est, dans un monde où se confondent volontiers le goût et le prix, la valeur et l'étiquette. C'était une question piège. Ca n'empêche pas la réponse d'être éclairante...

Résultat sans appel: un "bon vin", pour 77% des visiteurs du blog, ça vaut moins de 15 euros... Pas radins, cependant, 67% des 700 votants estiment qu'il faut savoir ouvrir sa bourse (payer plus de 10 euros). Mais à peine 19% pensent qu'il n'y a point de salut en dessous de 15 euros (moins de 3% en dessous de 30 euros). En fait la majorité (48%) se retrouve dans ce triangle des Bermudes commercial qu'on appellera désormais le "dix-quinze".

Remarque 1 (pour les amis qui grimacent devant leur ordinateur...) : 15 euros, c'est pas mince. C'est le prix du Château "vieilli en fût de chêne" qu'on met sur la table une fois par an lors des repas de fêtes (et qui généralement n'a goût à rien). C'est 4 à 5 fois le prix moyen d'une bouteille achetée en supermarché.

Remarque 2 : ce score sans appel contredit radicalement le principe (avancé par une étude américaine) du "plus c'est cher plus c'est bon". Et ça, c'est de votre faute à vous, Auteurs de vins... C'est vous qui nous avez fait découvrir que l'argent ne fait pas forcément le bonheur des papilles. Qu'au coté des autoroutes vinicoles, il existe des chemins de traverse, des maquis odorants où la main de l'homme est redevenue maitresse du Vin. Vous nous avez éduqué. Nous y avons pris goût.

Alors de grâce, ne regardez pas de travers les petits nouveaux qui trouvent vos "vins un peu chers, non?". Racontez plutôt votre histoire. Expliquez le temps passé sous le cagnard, l'incertitude, le risque, l'aventure... La volonté de retrouver le terroir, les petites mains qui ont remplacé les machines et la chimie pour produire mieux, plus fin, plus juste. Faites de la pédagogie. Encore et encore. Parce que votre vin c'est vous, votre amour de la terre et des raisins. Et que ça n'a pas de prix.

On peut lire aussi les épisodes précédents : "Osons parler d'argent", Douloureuse et tête de pioche et "Le juste Prix". Ainsi que la fameuse étude américaine mentionnée plus haut: "comment le marketing joue sur la perception du plaisir" (en Vo, sorry).

mercredi 13 janvier 2010

Vive le Quebec libre!


On a déjà vanté ici les mérites d'un décapant web-caviste ukraino-américain. Il fallait démarrer l'année par une trouvaille. Un scoop. Du solide, du qui "ventile et qu'éparpille". Contrat rempli: voilà Aurelia la québéquoise. Attention, ne ratez pas le coche... Cet ange blond est déjà un phénomène! Débarquée sur le net le 15 décembre avec son "bu sur le web", elle a déjà conquis un millier de fan. L'accent, sans doute...


Et voilà le travail! Quand d'autres craquent devant Rothko, une robe de Saint Laurent ou une paire de Jimmy Choo, elle s'emballe pour un gorgée de Jura de chez Tissot, une bouteille Pinot gris de Deiss ou une caisse de Cerdon made in Bartucci. Rien que du vrai. De l'authentique, jure-t-elle:
"J’aime les vins qui parlent de leur millésime, de leur terroir, de leur créateur. Ceux qui donnent des émotions. J’aime bien davantage les vins bourrés de défauts qui bouleversent et qui font crier de joie, que les vins «clean» qui donnent envie de boire tout sauf du vin."
Évidemment, nous on souscrit, on s'enthousiasme, on s'extasie! Aux quatre coins de Québec qu'on irait la retrouver, la belle Aurelia... On l'aime déjà, elle et sa façon-sans-façon de parler du vin de nos amis, de ses "to do list", ses "vins d'après ski", de ses gorgées "glam" et ses Sancerre "qui goûtent la roche". On l'aime même lorsqu'elle nous vante, un peu partie, l'improbable "vin de piscine" qui serait - à ce qu'on lui a dit - "le drink le plus hot de Paris en ce moment"...



Personnellement, je préfère le Drappier dans un grand verre à vin et sans glaçon. Mais comme elle dit:
"On n'est pas obligés d'être d'accord. Vous pouvez aimer ou détester, ça demeurera entre vous et moi... Tant que vous m’aidez, à travers mon univers, à changer le monde du vin!".
Comment résister?